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Afin que … Parce que …

 

 

Quelques vues simples sur

 

 

la première épître de Jean

 

par André GIBERT

ME 1980 p. 169

 

 

1                    «AFIN  QUE...» «PARCE  QUE...»    Quelques  vues  simples  sur  la  PREMIÈRE  ÉPÎTRE  DE  JEAN

Jean parle comme l’un des apôtres qui, ayant été témoins de la manifestation de la vie éternelle ici-bas dans la personne de Jésus, étaient les porteurs de la Parole de cette vie. Il ne se nomme pas, et si, au cours de l’épître il parle à titre individuel, c’est plutôt comme un père à ses enfants. Tandis que le «nous vous écrivons» le fait un avec les douze, qui pouvaient dire : nous étions ensemble «pendant tout le temps que le Seigneur Jésus entrait et sortait au milieu de nous, en commençant depuis le baptême de Jean, jusqu’au jour auquel Il a été élevé au ciel d’avec nous» (Actes 1:21, 22 ; 10:41 ; Jean 15:27). Jean écrit afin que ceux qui ont reçu la parole avec foi et à qui la vie éternelle a été par là communiquée, aient communion avec eux — et «notre communion», dit-il, «est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ». Et il écrit afin que leur joie soit ainsi accomplie.

Peut-il y avoir en effet une joie plus grande que de partager les pensées et les affections du Père qui trouve son délice dans son Fils bien-aimé, et celles du Fils qui, homme ici-bas, trouvait son délice à faire la volonté de son Dieu et Père ? Que d’avoir non seulement connaissance de notre position devant Dieu comme rachetés en Christ, mais de posséder une vie par laquelle nous sommes rendus capables de participer au lot des saints dans la lumière ? Que de marcher dans la pleine clarté du Dieu qui est lumière ? Que d’avoir communion les uns avec les autres, multipliant ainsi le bonheur d’être aimés du même amour ? Que d’avoir été amenés là en vertu du sang de Jésus Christ, le Fils de Dieu, du sang qui «nous purifie de tout péché» ?

Or qu’est-ce qui empêche pratiquement qu’une telle joie soit «accomplie» chez le chrétien dans sa marche sur la terre, et qu’il goûte pleinement cette communion ? Qu’est-ce qui interrompt celle-ci, sans pourtant que la relation qui la rend possible soit jamais abolie ?

Le péché.

Il est parfaitement vrai que «le sang de Jésus Christ nous purifie de tout péché», vrai d’une vérité générale, absolue, fondamentale, et vrai que Dieu, qui ne saurait admettre à marcher dans sa lumière que des êtres purs, nous a ainsi purifiés. C’est la base d’une paix indestructible. Mais il est tout aussi vrai que le péché demeure en nous tant que nous sommes ici-bas et que nous sommes exposés à pécher, alors que la communion avec Dieu, savoir la jouissance de son amour, implique la sainteté dans la marche, et ne peut être goûtée en dehors de la lumière.

C’est pourquoi, dit Jean, «je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas». Il est anormal, contraire à votre position, à votre qualité d’enfants de Dieu, de pécher. Il y a bien, sans doute, une ressource «si quelqu’un a péché» : Jésus Christ le juste est notre avocat auprès du Père, et il est la propitiation pour nos péchés ; il est toujours à l’oeuvre pour nous maintenir et pour, quand il le faut, nous rétablir dans la communion avec le Père, moyennant de notre part la confession de notre péché, dans la lumière. Quoi qu’il en soit, l’épître est écrite afin que nous ne péchions pas. Elle ne sera plus nécessaire quand nous aurons été délivrés de nos corps d’infirmité.

 

Or, comment l’apôtre inspiré va-t-il procéder ? En plaçant devant nous les caractéristiques de la vie éternelle dans un Homme parfait. Christ seul a été tel, mais sa vie nous a été communiquée pour que nous la manifestions. Si nous ne la manifestons que bien imparfaitement, cela ne tiendra pas à quelque imperfection en elle, elle est toujours et partout la même vie, celle qu’Il a vécue ici-bas, nous laissant un modèle ; mais cela tiendra à l’imperfection du vase, à ses faiblesses, à ses manquements, qui nécessitent l’intercession constante de Christ comme sacrificateur et comme avocat. Mais «ce qui est vrai en Lui», l’homme parfait, l’est «en nous», savoir la vie qui nous a été donnée par la foi en Lui. Pour la vivre, il n’est pas d’autre secret que de «demeurer en Lui», et cela se prouve en marchant comme Lui a marché, dans l’obéissance à ses commandements, qui se résument dans l’amour. Voilà le niveau qui ne saurait être abaissé, la norme à laquelle il faut nous référer sans cesse : l’obéissance qui a brillé en Christ ; elle donne à Dieu la place qui lui revient, et elle se traduit par la justice dans les voies, la pratique des commandements de la grâce et non de la loi, car la vraie lumière luit, on n’a plus affaire à un Dieu caché.

Dès que la vie est en quelqu’un, elle le place dans cette lumière avec laquelle elle ne fait qu’un (Jean 1). Tout y apparaît : le fruit de la vie divine dans l’homme, tel que Christ n’en a jamais porté d’autre, et, en contrepartie, les tristes fruits de la chair qui sont à juger sur-le-champ. En vain nous écrions-nous que personne ne peut dire qu’il marche selon cette lumière comme Christ y a marché. Il n’est pas question de dire, mais d’accepter que la grâce de Dieu nous a placés là, et que la capacité d’y demeurer ne vient pas de nous, mais de Celui en qui nous avons à demeurer.

Aussi l’apôtre, avant de reprendre pour les développer ces grands tests de la vie chrétienne qui sont définis dans la première partie du chapitre 2:3-11, s’interrompt pour s’adresser à des gens qui, possédant cette vie, en manifestent quelque chose ici-bas, dans des corps d’infirmité. S’il leur écrit afin qu’ils ne pèchent pas, c’est parce qu’ils ont reçu par grâce et par la foi une nouvelle nature ; ils gardent encore, il est vrai, en eux quelque chose d’autre, cette vieille nature toujours prête à pécher, mais la nouvelle nature est aussi inaltérable que la vieille est incorrigible. La distinction des deux natures n’est pas faite par Jean comme elle l’est par Paul dans ses écrits ; la personne en qui elles se trouvent et où se combattent l’Esprit et la chair n’est considérée ici que dans son élément vivant, mis en garde et muni de ressources et d’armes à l’égard de l’autre, lequel est définitivement mort pour Dieu.

Jean écrit à des enfants de Dieu, nés de nouveau, nés de Lui (v. 12), il leur écrit non pas pour qu’ils le deviennent, mais parce qu’ils sont tels : leurs péchés ont été pardonnés, et cela se sait, se voit. Ils constituent la famille de Dieu. Il est manifeste que des gens qui, après avoir professé le christianisme, ont renié l’enseignement apostolique vital (v. 19), «n’étaient pas des nôtres». Mais pour des chrétiens authentiques, il est impossible que leur foi au nom de Jésus ne montre pas qu’ils sont enfants de Dieu, ayant la vie par ce nom.

La famille de Dieu est alors décrite, en ses trois âges de développement, du v. 13 du ch. 2 jusqu’au v. 3 du ch. 3 (bien que les v. 28 et 29 aussi bien que les trois premiers versets du ch. 3 fassent transition avec les enseignements qui suivent). Il y a en effet parmi ces croyants des degrés différents d’expérience et de témoignage. Toutefois, quel que soit leur âge spirituel, ils ont tous la même vie, depuis le petit enfant qui crie «Abba Père» par l’Esprit d’adoption, jusqu’au père arrivé à n’avoir d’autre objet que Celui qui est dès le commencement, en passant par les jeunes gens engagés dans le combat contre le méchant et triomphant par la Parole qui habite en eux, mais qui ont besoin d’être mis en garde contre le monde et ses convoitises. L’apôtre insiste tout particulièrement auprès des petits enfants (paidia), le premier âge de tout chrétien, capital pour toute la suite de leur existence ; ils sont prévenus contre les mensonges des antichrists. Mais il suffit qu’ils connaissent le Père pour qu’il leur soit dit : Ce n’est pas parce que vous ne connaissez pas la vérité que je vous écris, mais parce que vous la connaissez.

Ils n’ont pas à la chercher, bien qu’ils aient à croître dans la connaissance elle-même. L’onction qu’ils ont reçue de la part du Saint les enseigne à demeurer en Lui (à la fois le Fils et le Père), v. 24, ce à quoi sont exhortés ensuite tous les enfants (teknia) qui nous ont été présentés ensemble au v. 12. C’est le propre de quiconque est «né de Dieu», et l’apôtre s’adresse à eux à ce titre. Il les invite à considérer cet amour dont il leur a été fait don, de sorte que, dès maintenant, méconnus du monde parce que Christ dont ils ont la vie est rejeté, ils sont prêts pour lui être faits semblables quand il sera manifesté en gloire et qu’ils le verront tel qu’Il est. Autant de motifs pour les fortifier tous dans la pratique patiente, journalière, de la justice, et dans l’amour. Ils témoignent ainsi qu’ils sont nés de Dieu. Il ne peut en être ainsi qu’en «demeurant en Lui». En dehors de sa communion il n’y a ni joie, ni paix, ni puissance ; ces choses appartiennent à la vie de Christ, et nous y sommes appelés parce que la vie éternelle nous a été communiquée une fois pour toutes.

C’est pourquoi, après cette importante parenthèse, l’apôtre reprend son enseignement «afin que vous ne péchiez pas». Nous n’en suivrons pas le détail, mais nous ne voulons pas nous lasser de répéter que Christ ayant été ici-bas la seule manifestation parfaite de la vie éternelle, nous sommes laissés pour refléter ce qui est en Lui et a été vu en Lui, marcher comme il a marché, dans l’obéissance et l’amour. «Nés de Dieu» notre place est en Lui. «Quiconque demeure en Lui ne pèche pas ; quiconque pèche [et c’est le propre de l’homme naturel] ne l’a pas vu, ni ne l’a pas connu».

Certes, la chose est sérieuse, et elle donne au croyant la mesure de sa responsabilité propre. C’est comme si, péchant, il disait lui-même ce qu’a dit Pierre : «Je ne le connais pas, je ne connais pas cet homme !» Le croyant, tombé dans le péché, ne perd pas sa relation d’enfant de Dieu — cela est impossible, la vie qu’il a reçue ne serait pas la vie éternelle — mais il se renie lui-même en même temps que l’oeuvre de Christ. Pierre reniait son Maître, mais il demeurait comme malgré lui son disciple, au point qu’on le reconnaissait pour être des siens, et que la servante insistait pour l’en accuser ! La grâce amène à confesser le péché commis, et elle restaure, mais qu’en serait-il si nous étions laissés à nous-mêmes ! La rigueur des termes employés dans ce chapitre 3 pour mettre en contraste les deux états ne peut que faire frémir salutairement le croyant. Lui qui a «la semence de Dieu», laquelle ne peut pécher, a péché ! Il a perdu Christ de vue. Mais Christ, lui, ne perd pas de vue son disciple, et opère pour que celui-ci considère son péché tel que Lui le voit. Dieu me veut en accord avec Lui dans le jugement qu’Il porte sur mon péché. Mon jugement à moi est sans valeur. «Le péché — a-t-on écrit — ne nous apparaîtra jamais plus odieux que si nous le considérons comme un désaccord avec la position dans laquelle je suis comme né de Dieu, et avec le coeur et la gloire de Dieu».

C’est pourquoi la famille du diable est placée ici face à la famille de Dieu. L’affaire de cette dernière est de «mortifier nos membres qui sont sur la terre». Nous ressentons douloureusement la présence en nous du péché toujours prêt à se manifester, et nous serions vite portés à dire, quand ses misérables fruits apparaissent : «C’est la chair en moi, ma vieille nature, qui pèche, mais ce n’est pas moi», et par là nous soustraire à notre responsabilité de la tenir dans la mort. Mais quiconque est né de Dieu ne pèche pas (5:18). Jésus qui a donné le coup de mort à cette vieille nature n’en tient pas compte, ne la connaît plus. En Lui il n’y a point de péché. «Demeurez en moi», je suis «venu pour détruire les oeuvres du diable».

Ce côté béni de la ressource, en grâce, s’accompagne de cet autre grand fait que «Dieu demeure en nous», nous ayant donné de son Esprit (3:24 ; 4:13, 15). Non seulement l’onction du Saint (2:20) nous met en état de jouir de ce que Dieu nous a donné, mais la présence divine est là. La foi s’attache à cette déclaration, et elle fait l’expérience de la fidélité de Dieu. Croire au nom de son Fils Jésus Christ fait prendre conscience qu’Il demeure en nous, par cet Esprit qui nous a été donné, et c’est ce qui permet que «nous demeurions en lui». Une telle révélation n’apparaît qu’à la fin de ce chapitre 3 si exerçant pour une conscience purifiée et par là délicate. Il y a en nous ce qui ne peut être altéré, laissons-le opérer, dans une humilité confiante. Tous les esprits mauvais, les antichrists qui pullulent dans ce monde, ne peuvent rien contre Celui qui est en nous (4:4) : il est «plus grand que celui qui est dans le monde». À nous de déceler les faux prophètes, par cette pierre de touche : Jésus Christ venu en chair (v. 1-3). L’incarnation du Fils de Dieu est le fondement initial du christianisme.

Mais s’Il est ainsi venu, c’est que le Père l’a envoyé, Lui son Fils unique, «afin que nous vivions par lui... pour être la propitiation pour nos péchés... pour être le Sauveur du monde» (v. 9, 10, 14) ; et cela parce que «Dieu est amour», ce dont nous avons à témoigner. Nous voici dans le domaine infini de l’amour de Dieu descendu vers nous. C’est toujours Dieu qui donne, c’est son amour qui a toujours l’initiative ; il s’agit de recevoir, et c’est la foi qui le fait. De là ces merveilleuses expressions concernant l’amour de Dieu «pour nous» (4:9), puis «consommé en nous» (4:12), et enfin «consommé avec nous» (4:17).

Vient ensuite (fin du ch. 4 et début du ch. 5) l’application pratique de ces choses, dans nos rapports au sein de la famille de Dieu ; et, pour fortifier et nourrir l’homme nouveau, le triple témoignage que reçoit la foi, savoir : l’eau, le sang, l’Esprit (v. 6 à 9).

Dès lors, et comme reprenant de très haut l’ensemble des vérités qu’il a exposées, l’écrivain inspiré de ces choses qui sont écrites, dont il avait dit à l’avance qu’elles le seraient pour que leur joie soit accomplie et afin que vous ne péchiez pas, déclare aux croyants qu’elles ne l’ont pas été afin de troubler leur âme, mais pour les assurer plus que jamais dans un «savoir» d’une portée éternelle. Nous retrouvons le afin que du commencement : il est au bénéfice de tous ceux qui participent au «parce que» de la foi.

... «Afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu» (v. 13). Ne la cherchez pas ailleurs, elle est en vous, elle ne peut vous être ôtée. Vivez-la, en vivant dans la compagnie incessante de Celui qui est en vous, Lui le Dieu véritable et la vie éternelle. «Enfants, gardez-vous des idoles» — de tout ce qui vous sépare de Lui !

Ne lâchez pas sa main ; elle est toujours tendue vers vous.

 

Note — Parmi les nombreuses études parues sur cette épître, nous croyons devoir signaler tout particulièrement les «Notes prises à une série de Méditations sur la première épître de Jean», prêchées à Londres vers 1848 par J. N. Darby. Une traduction en a été publiée dans le Messager évangélique, années 1890 et 1891.