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Dieu a parlÉ dans le Fils

 

 

Méditation sur l’épître aux Hébreux ch. 1 et 2

 

 

Notes sur les deux premiers chapitres de  l’ÉPÎTRE  AUX  HÉBREUX

 

par André GIBERT

ME 1986 p. 61

Table des matières :

1     Chapitre 1

2     Chapitre 2

 

 

1                    Chapitre 1

Ces Hébreux venus au christianisme étaient en danger parce qu’ils perdaient de vue l’espérance chrétienne. Les choses anciennes avaient gardé ou reprenaient de l’attrait pour eux d’autant plus que le peuple terrestre n’avait pas encore été décisivement dispersé, et que le temple, les sacrifices, les cérémonies, subsistaient. Il y avait parmi eux des personnes qui n’avaient pas saisi la vérité, et d’autres qui revenaient en arrière après avoir été éclairées. Les uns et les autres montraient de l’ignorance à l’égard de la personne de Christ. Ils revenaient aux ordonnances d’«autrefois», dans «ces jours-là», comme si ces jours n’avaient pas pris fin. Ils n’avaient pas saisi qu’un nouvel ordre des choses était introduit, par Christ, l’Apôtre en qui et non pas seulement par qui Dieu avait parlé, et dont la prédication était continuée, après son exaltation dans la gloire, par les apôtres remplis du Saint Esprit. Non que les paroles d’autrefois lues dans les psaumes et les prophètes, fussent sans valeur ; il y sera fait continuellement appel, tout au long de l’épître, mais elles rendaient témoignage de Celui qui devait venir et elles portaient d’avance les preuves que Jésus était bien celui-là.

L’objet de l’épître est d’évangéliser ceux qui n’ont pas saisi la vérité, et de réveiller les autres, mais tous ensemble sont vus comme «le peuple» qui pense à son Messie. L’épître le leur présente dans toute son excellence. La majesté de Celui qui a parlé est telle qu’il est solennel de mépriser sa parole (2:3 ; 10:29 ; 12:25) : c’est fouler aux pieds le Fils de Dieu. Cela donne à cette épître une élévation unique. Ce n’est pas Paul parlant à une assemblée ou à des individus mais Dieu lui-même rappelant qu’Il a parlé dans le Fils et c’est le Saint Esprit parlant de ce Fils.

Aussi tout ce qui est ancien est-il éclipsé par la présentation de Celui qui sur la terre a révélé Dieu parce que lui-même était le Fils de Dieu. Il a été ici-bas Dieu manifesté en chair. Le Messie promis apparaît comme étant le Fils né dans le monde, selon le Psaume 2. L’épreuve des pères avait été faite sous la loi, mais elle avait été un échec complet du fait qu’il s’agissait de l’homme en Adam.

v. 2 — Ce Fils est héritier de toutes choses, établi comme tel, avec des droits qui lui sont donnés sur la création : l’héritage de «toutes choses» ne peut être envisagé qu’en rapport avec cette création, il suppose le temps (cf. Éph. 1:10 ; 1 Cor. 15:28). Le Fils le reçoit non en tant que Créateur mais en tant que devenu Fils de l’homme.

v. 3 — Mais s’il en est ainsi, c’est que cet Homme n’est point une créature. Il ne cesse pas d’être Dieu. Dieu manifesté en chair reste Dieu, le Fils né dans le monde reste le Fils éternel ; le Fils de l’homme «est dans le ciel» (Jean 3:13). Il «vient d’en haut» et parle ici-bas de ce qu’il a vu et entendu. Le ciel contemple et la foi est appelée à contempler dans un homme le Créateur et le Soutien de la création, descendu ici-bas pour être son Rédempteur, puis reprenant, par sa propre puissance, place dans la gloire, devenu l’homme ayant parfaitement accompli tout ce qui concerne la création. «Toutes choses», d’un bout à l’autre sont de Lui, et, ayant tout accompli sur la terre, nous le trouvons maintenant dans le ciel. Il n’est pas dit ici comment la purification des péchés a été faite, mais que Lui l’a faite par Lui-même, selon la puissance qui avait tout créé et qui purifie la création souillée. Deux grands faits : la purification des péchés est faite, et un homme est dans le ciel à la droite de la Majesté.

Si, après ces trois premiers versets qui forment l’introduction et posent la base de toute l’épître, il est si fortement insisté dans le reste du chapitre sur la supériorité de cet homme par rapport aux anges, c’est que ceux-ci n’ont pas d’autre part, pas plus dans la création que dans la rédemption, que celle de serviteurs, de ministres. Dieu en fait ce qu’il veut, des esprits, une flamme de feu. L’oeuvre est celle d’un homme qui est Dieu, le Fils de Dieu, le Même, quoi qu’il puisse être devenu. Et l’homme qu’il est devenu est placé bien au-dessus des anges. Les expressions qui le concernent nous placent devant ce mystère glorieux : la personne de Jésus. Il n’a été dit à aucun ange : «Tu es mon Fils», cela est dit à un homme qui naît dans le monde mais qui est Dieu. Il ne s’agit pas du temps, du moment, mais du fait (v. 5). Dieu lui dit : «Je lui serai pour père et lui me sera pour Fils», et il n’est dit à aucun ange «assieds-toi à ma droite» (v. 13). Il est «devenu» plus excellent que les anges, Lui que le chapitre 2 montrera «ayant été fait moindre qu’eux». C’est qu’il a pour héritage, non seulement toutes les choses sur lesquelles il est établi comme homme, mais «un nom plus excellent qu’eux». Et les anges sont sommés d’obéir au Premier-né prenant place dans le monde habité, au-dessous d’eux mais plus grand qu’eux. Toute la distance entre la place des serviteurs et le trône qui lui appartient (ton trône) est évoquée dans les versets 7-9, plaçant le Messie au-dessus de toutes les créatures ; puis la distance est plus grande encore entre les créatures angéliques et le Créateur, entre tout ce qui est marqué par le temps (v. 10-12) et le Dieu d’éternité ! Cet homme, Jésus, est assis là où aucun ange n’est assis, et les anges ne sont en définitive que des êtres inférieurs à lui appelés non seulement à rendre hommage au Fils incarné, mais à servir des pécheurs devenus bénéficiaires d’une oeuvre qu’eux-mêmes ne pouvaient pas plus accomplir que celle de la création. Ils servent en faveur de ceux qui vont hériter du salut acquis par Christ lui-même.

 

2                    Chapitre 2

«C’est pourquoi...» Tout au long de l’épître les avertissements et les exhortations s’entremêlent aux exposés doctrinaux. Ils ne sont ni des digressions ni des parenthèses. Ils se placent au contraire au coeur même des préoccupations de l’écrivain. C’est la parole d’exhortation (cf. 13:22), plus encore que des conclusions d’ordre pratique tirées de la doctrine ; ils représentent la raison d’être des considérations doctrinales. L’état des Hébreux l’exigeait, tant il était critique. Ils risquaient d’aller à la dérive, faute d’une ancre de l’âme sûre et ferme et l’importance des vérités l’exigeait aussi. Il était d’autant plus nécessaire de garder celles-ci qu’elles étaient capitales. Ici, le «c’est pourquoi» est en rapport avec la Personne en qui Dieu avait parlé. L’excellence du messager suffisait à indiquer la valeur du message ; voir en Jésus le Fils de Dieu impliquait qu’on recevait ses paroles comme la Parole de Dieu : Dieu parlait en Fils. De plus ce message est un moyen de salut, en contraste avec la loi qui, demandant à l’homme ce qu’il était incapable d’accomplir, établissait la transgression. Ce n’est pas une promesse de salut, mais l’annonce d’un salut apporté, d’un salut effectué, à recevoir par la foi. Enfin, cette parole de salut a été confirmée par les apôtres, Dieu rendant témoignage avec eux par les opérations de l’Esprit Saint. La responsabilité des Hébreux était particulièrement grande : Comme peuple ils avaient violé la loi, mais rejeter la grâce est pire, et un témoignage spécial de cette grâce avait été rendu devant eux (cf. Héb. 6:5 ; Actes 2:19). Le témoignage du Seigneur était plus grand que celui des anges, et le témoignage du Saint Esprit plus grand encore que celui du Seigneur (Jean 14:12). Il «confirmait» le salut annoncé avec signes et miracles par Christ. Ces confirmations, limitées au ministère des apôtres, ont été consignées dans la Parole et par là sont devenues objet de foi, mais elles étaient alors manifestes, d’où la grave culpabilité de ceux qui négligeaient «un si grand salut». Etienne mourant accusait les Juifs de mettre ainsi le comble à leur iniquité : résister à l’Esprit Saint après avoir mis à mort le Juste, c’est persévérer dans la rébellion qu’avait montrée la désobéissance à la loi, et combien c’était plus grave (Héb. 12:25) !

La mention des anges ici est pleine d’intérêt. Intermédiaires de l’ancienne alliance, témoins de la fidélité de Dieu et de l’infidélité du peuple, ils n’ont plus rien à faire dans le nouveau message puisque Dieu lui-même a parlé dans le Fils venu ici-bas et par le Saint Esprit confirmant ensuite ce salut. Nulle place là pour les anges, le ciel a visité la terre et les croyants sont appelés d’un appel céleste. Dieu s’est fait homme ici-bas et un homme est Dieu. Les anges sont en dehors de cette unité. Mystère même de la personne du Seigneur Jésus ! Celui qui est au-dessus des anges est descendu (ch. 1), Celui qui a été fait moindre qu’eux est mort (2:9). Le rôle des anges est de servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut acquis par Lui ; ces derniers sont «pris» comme semence d’Abraham, c’est-à-dire croyants, puis comme frères, alors que les anges restent serviteurs. Ce n’est pas à eux que Dieu a assujetti le monde habité à venir (v. 5).

Ce monde habité à venir est le monde annoncé par les prophètes, le royaume millénial, il n’a pas pu s’établir à cause du rejet du Messie, mais il reste assuré au Fils de l’homme. «Qu’est-ce que l’homme ?» demandait «quelqu’un» (peu importe que ce soit David, ce n’est pas sur lui que l’attention s’arrête). Matériellement insignifiant, l’homme est, de plus, coupable et assujetti à la mort. Mais Dieu le visite. Comment ? En prenant place parmi les hommes comme le Fils de l’homme. Dieu voit dans cet homme le dominateur sur toutes choses, selon son dessein éternel, mais pour qu’il soit accompli, il a fallu que le second homme devînt un peu moindre que les anges et passât par la mort.

«Nous ne voyons pas encore que toutes choses lui soient assujetties, mais nous voyons Jésus». Ce nom, celui de l’homme attendu par les croyants d’autrefois, apparaît pour la première fois dans l’épître. C’est comme quelqu’un qui vient de recevoir par testament un riche domaine, d’un pays éloigné. Le voyant et connaissant le testament, je dis : voilà le possesseur. Mais les gens du domaine, serviteurs, cultivateurs, peuvent n’en rien savoir encore, il faut attendre que le nouveau propriétaire vienne en prendre personnellement possession. Jéhoïada voyait dans le jeune Joas, le roi d’Israël. Abigaïl le voyait en David. Et Siméon voit le salut en tenant le petit enfant dans ses bras. Le brigand sur la croix reconnaît le Roi en Celui qui meurt supplicié. Et nous contemplons Celui à qui sera bientôt rendu l’hommage universel.