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CHRIST  ET  SES  COMPAGNONS

 

 

«Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile de joie au-dessus de tes compagnons» (Hébreux 1:9).

«Nous sommes devenus les compagnons du Christ, si du moins nous retenons ferme jusqu’au bout le commencement de notre assurance» (Héb. 3:14).

 

 

André Gibert

ME 1972 p. 309

Table des matières :

1     Hébreux 1:9

2     Hébreux 3:14

 

Compagnons. Le terme français a une saveur d’intimité : étymologiquement le compagnon de quelqu’un est celui qui mange son pain avec lui, donc qui partage, en une large mesure sinon totalement, ses occupations et son existence même. Notre version emploie ce mot avec justesse dans les passages cités ci-dessus, pour rendre le mot original qui signifie proprement «participants» (de, ou à), et qui est ainsi traduit en Héb. 3:1 et 6:4. Qu’un lien tel que celui de «compagnons» puisse exister entre le Seigneur Jésus et les siens est à la gloire de Dieu ; il témoigne de l’efficacité de l’oeuvre de Christ et de la valeur qu’a pour Lui sa personne. «Ils sont tous d’un» (Héb. 2:11). Sur le plan des relations de famille, il n’a pas honte de les appeler frères (2:11). En rapport avec une position officielle, ils sont ses compagnons.

 

1                    Hébreux 1:9

Des deux passages de l’épître aux Hébreux où se trouve ce mot, le premier est une citation du Psaume 45, verset 7. Il met en évidence la primauté unique de Celui qui, Dieu et homme, est glorifié au-dessus de tous, et singulièrement au-dessus de ceux qui ont eux-mêmes l’honneur d’être appelés ses compagnons. Ils sont reconnus comme les compagnons de l’homme dont l’Éternel a dit : Il «est mon compagnon» (Zach. 13:7) ; mais Il est élevé au-dessus d’eux.

Dans le Psaume 45 il est le Roi, le Messie victorieux. Il sera manifesté tel un jour. Parce qu’il a aimé la justice et haï l’iniquité, il est «oint d’une huile de joie au-dessus de ses compagnons». Il régnera sur la terre, et les fidèles qui auront cru en lui et l’auront servi régneront avec lui, mais au-dessous de lui. Il a été ici-bas oint par Dieu de l’Esprit saint et de puissance (Actes 10:38), et comme tel est allé de lieu en lieu en faisant du bien, pour ne recevoir des hommes qu’outrages, mépris, souffrances, et trouver la croix au terme de son chemin d’homme de douleurs. Il sera oint de l’huile d’une allégresse triomphale, fait souverain d’un royaume qu’il remettra ensuite à son Père, après la félicité milléniale — pour lui un des aspects de cette «joie qui était devant lui» lorsqu’il «méprisait la honte et endurait la croix» (Hébreux 12:2).

Dans Hébreux 1:9, il s’agit de la même personne, mais vue comme elle est maintenant, cachée à la terre, glorifiée dans le ciel. Le Messie, certes (Actes 2:36), mais qui ne règne pas encore (Héb. 2:9). C’est le Fils de Dieu devenu Fils de l’homme, un Homme en qui Dieu «nous a parlé» et qu’il a exalté à sa droite, l’oeuvre accomplie. Cet Homme glorifié dans le ciel, les cieux ouverts à la foi pour qu’elle l’y contemple, tel est le grand sujet de l’épître aux Hébreux, et le caractère de l’«aujourd’hui» dans lequel nous sommes. Ses compagnons possèdent sa vie, sont destinés à sa gloire future, et ils L’attendent, car Il apparaîtra à salut pour eux, préalablement à la manifestation de cette gloire.

Les «compagnons» dont il est question dans le Ps. 45 sont, prophétiquement, le Résidu juif de la fin. Les hommes forts de David en fournissaient un type. Il a été représenté au temps où le Seigneur était ici-bas, par les disciples, à qui Jésus pouvait dire : «Vous avez persévéré avec moi dans mes tentations. Et moi, je vous confère un royaume, comme mon Père m’en a conféré un, afin que... vous soyez assis sur des trônes, jugeant les douze tribus d’Israël» (Luc 22:28-30). Les fidèles de ce Résidu à venir auront traversé la grande tribulation (cf. Ps. 42 à 44). Une fois Christ manifesté en gloire, ils seront au bénéfice de l’huile de joie dont il sera oint ; autour d’eux, sur la terre libérée, tout l’Israël nouveau s’en réjouira, et avec lui les nations pacifiées, et toute la création, d’une joie qui fera écho à celle du ciel où seront les saints ressuscités !

Mais dans l’épître aux Hébreux les «compagnons» sont vus sur la terre actuelle, celle où Jésus a souffert et est mort, une terre non encore délivrée de la servitude de la corruption, une scène de soupirs et de gémissements pour la création, et pour eux de combats et de peines. Mais ils sont associés à un Christ glorifié dans le ciel. Ils vont vers lui, et lui vient les chercher. Ils l’attendent. Dieu a en vue «de meilleures choses pour eux» que pour le peuple terrestre (Héb. 11:40). Ils sont considérés ailleurs comme constituant l’Épouse de Christ, l’Église qui régnera avec son Époux, alors que le Résidu terrestre formera «l’ami de l’époux» (Jean 3:29), ses compagnons de l’ère millénaire. Eux sont ses compagnons dès maintenant.

 

2                    Hébreux 3:14

C’est à ces compagnons actuels que s’adresse le second passage. Ils ont, dans le temps présent qui est celui de la grâce, le privilège d’être «devenus les compagnons du Christ». Il les manifestera tels, plus tard, dans la gloire.

C’est en effet d’un appel céleste et non terrestre qu’ils ont été faits «participants» (même mot, rappelons-le, que «compagnons»). C’est comme ayant été appelés ainsi, qu’ils sont invités à considérer l’apôtre et le souverain sacrificateur de leur confession (Héb. 3:1). Ce n’est plus Jésus crucifié, ce n’est pas encore Jésus manifesté, c’est Jésus glorifié, attendant jusqu’à ce que toutes choses lui soient effectivement assujetties. Ils le voient, lui, dans le ciel, et sa gloire leur rappelle ses souffrances, par lesquelles il a été «consommé» comme le chef de leur salut, et rendu propre pour tous les offices qui se rattachent à ce salut. Tout est assuré à leur foi, sur ce fondement de la rédemption éternelle obtenue à la croix (9:12), et ils peuvent aller dans «la confiance et la gloire de l’espérance» (3:6).

«Vous êtes devenus les compagnons du Christ», leur est-il dit. Quel sujet de méditation pour nous que l’énoncé d’une si extraordinaire prérogative ! Nous étions tous, Juifs et nations, des ennemis, ennemis de Dieu, ennemis de Christ, et nous voilà «devenus» les compagnons de ce dernier. Nous possédons par la foi la vie même de Celui dont la gloire nous est promise. Cela ne vient pas de nous. Il a fallu que lui «goûtât la mort» pour cela comme pour tout. Ces hommes autrefois si loin, sans force, impies, pécheurs, ennemis, ont été tirés de leur état de perdition parce que le «compagnon de l’Éternel» ici-bas a vu se réveiller contre lui l’épée du jugement qui devait nous atteindre, et a été «blessé dans la maison de ses amis». Pourrons-nous jamais assez «considérer» une telle Personne ? C’est ainsi qu’il a acquis des compagnons. Leur part présente est d’être méconnus comme lui l’a été : être compagnons du Christ ne peut signifier présentement qu’opprobre et tribulation. Mais «encore très peu de temps et celui qui vient viendra» (10:37). En attendant, c’est la marche par la foi à la suite du «chef et consommateur de la foi», vers le ciel à travers ce monde, comme Israël vers Canaan à travers le désert. Dans cette marche les siens sont identifiés avec lui, pour louer Dieu comme Père, dépendre de lui, et rendre témoignage (Héb. 2:11, 12, 13).

Il s’agit premièrement d’avoir reçu, par la foi en son nom, l’«assurance» d’être un des siens ; ensuite, pour chacun, de garder effectivement cette place de compagnon de Christ jusqu’au bout de la course : «si du moins nous retenons ferme jusqu’au bout le commencement de notre assurance». On part d’un pas assuré, heureux d’être ainsi enrôlés, et c’est cette assurance initiale qu’il nous est enjoint de garder. Il y faut de la vigilance, car obstacles et adversaires ne manquent pas, et ils sont redoutables. Satan murmure au coeur son perpétuel «Quoi, Dieu a dit ?» et l’incrédulité s’y glisse pour le faire «abandonner le Dieu vivant» (3:12). Le péché est toujours là avec sa séduction, cherchant à nous amorcer par les convoitises du vieil homme (v. 13). Ce n’est pas en regardant à nous que nous serons préservés, mais en «fixant les yeux sur Jésus» (12:2). La confiance en lui implique la défiance de nous-même. Sans sa fidélité à lui, il n’y aurait ni compagnons du Christ ni fidélité de ces compagnons. Leur assurance n’est ferme qu’en lui.

Nous sommes exhortés ici, non, comme nous le sommes ailleurs, à garder des commandements (et combien sont précieux pour le chrétien les commandements de Jésus et ceux de son Père !), ni l’unité de l’Esprit (si important que ce soit), mais à «retenir ferme jusqu’au bout la confiance et la gloire de l’espérance» (v. 6), «le commencement de notre assurance» (v. 14), et plus loin «notre confession» (4:14), «la pleine assurance de l’espérance jusqu’au bout» (6:11), «la confession de notre espérance» (10:23), «notre confiance» (v. 35). Autrement dit, il s’agit d’aller dans la certitude du salut initial («le commencement de votre assurance») aussi bien que final («il apparaîtra à salut») : un autre s’est chargé de ce salut pour nous, et c’est Lui que nous trouvons à la fin comme au début, comme aussi c’est Lui qui dans le ciel s’occupe des siens, car «il peut sauver entièrement ceux qui s’approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder pour eux» (7:25). Laissés à nous-mêmes, nous n’aurions d’autre certitude que celle de défaillir sans espoir. Mais la certitude de la persévérance de Christ et non point de la nôtre nous est offerte : nous l’avons et ne pouvons la garder que par la foi. Toute la question, pour les compagnons du Christ, est de dépendre de leur chef, le tenant ferme, et de s’attendre à «Celui qui a le pouvoir de vous garder sans que vous bronchiez» (Jude 24).

Être fidèle, qu’est-ce, pour le chrétien, sinon ne jamais douter de la fidélité de Dieu ?

Rien n’exerce davantage la conscience, tout en soutenant le coeur. Il en est ainsi par la grâce de Dieu. Les compagnons du Christ voudraient-ils être autre chose que des étrangers ici-bas ? Les avertissements, les «si du moins» sont donnés pour nous y contraindre en nous prenant par la main. Bien loin qu’ils soient là pour ébranler notre sécurité, nous en avons besoin pour que notre assurance du début demeure, fondée non sur nous mais sur Christ. Ils s’adressent aux vrais croyants, tout en mettant à l’épreuve la réalité de la foi : d’où leur solennité extrême pour les professants sans vie. Ils aiguillonnent le sentiment de notre responsabilité pour que, nous reconnaissant incapables d’y faire face, nous nous attachions fermement à cette main qui nous tient et que nous risquons sans cesse d’oublier.

Qu’il nous soit donné de garder notre rang dans cette bienheureuse compagnie, jusqu’au moment béni où, glorifiés avec Lui, nous verrons la gloire que le Père lui a donnée : «Il l’a oint d’une huile de joie au-dessus de ses compagnons».