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UNITÉ VIVANTE, UNITÉ VISIBLE

 

 

Quelques pensées sur Éphésiens 4 :1-16

 

 

André Gibert

Plan et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest ; ME 1962 p. 141, 169

 

 

Table des matières :

1     L’unité chrétienne — Pourquoi les chrétiens sont sur terre

2     Marcher d’une manière digne de notre appel

3     Le corps de Christ

4     Unité de la vie spirituelle du corps de Christ

4.1      Les sept liens de l’unité — Éph. 4:4-6

4.2      Le don et les dons de Christ — Éph. 4:7-11

4.3      Les effets du don de Christ — Éph. 4:12-16

4.3.1      Le perfectionnement des saints — Éph. 4:13, 14

4.3.2      Le corps s’édifiant lui-même — Éph. 4:15, 16

5     Unité visible et responsabilité

5.1      Les moyens de rendre l’unité visible sont toujours offerts

5.2      La carence des croyants — prendre conscience de notre responsabilité

5.3      Revenir aux exhortations de Éph. 4:1-3

5.4      L’unité du corps n’est pas à faire

5.5      Garder l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix

5.6      Un domaine étranger à la chair et au monde

5.7          Rechercher les points d’accord avec la pensée de l’Esprit

5.8      Non pas une union ecclésiastique

5.9      Jean 17:20-21 et l’unité

5.10    Église visible ou invisible ? Témoignage en un temps de ruine

 

 

1                    L’unité chrétienne — Pourquoi les chrétiens sont sur terre

En un temps où il est plus que jamais nécessaire de rappeler les vérités fondamentales du christianisme, en voici deux très simples mais très importantes, relatives à l’unité chrétienne dont on parle de tant de côtés.

La première est que l’unité chrétienne existe, dès l’instant qu’il y a des croyants, possesseurs par grâce de la vie de Dieu : tous composent le corps de Christ ici-bas (1 Cor. 12:13 ; 10:17 ; Éph. 3:6).

La seconde est que ce corps de Christ existe parce que Christ glorifié en est la Tête : il n’existe pas et il ne peut exister indépendamment de cette Tête glorifiée à laquelle l’unit le Saint Esprit (Éph. 1:23 ; Col. 1:18).

Nous voudrions insister dans les pages qui suivent sur le fait que les chrétiens sont sur la terre pour manifester chacun et ensemble la vie de Christ glorifié, et non pour organiser le monde suivant des principes chrétiens ni pour organiser la chrétienté suivant les principes du monde, c’est-à-dire en tenant compte d’autre chose que de la Parole de Dieu. Leur appel les place en effet hors du monde, avec comme espérance un Christ céleste auquel ils sont déjà unis.

 

2                    Marcher d’une manière digne de notre appel

Aussi l’exhortation capitale de l’épître aux Éphésiens qui traite de cet appel et de cette position est-elle celle qui ouvre le chapitre 4 : «Je vous exhorte donc, moi, le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de l’appel dont vous avez été appelés ; avec toute humilité et douceur, avec longanimité, vous supportant l’un l’autre dans l’amour ; vous appliquant à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix» (v. 1-3). Il s’agit de témoigner de notre appel en montrant, bien visible, une unité vivante.

L’apôtre détaillera plus loin, seulement à partir du v. 17, tout ce que comporte une telle marche. Mais auparavant il expose par l’Esprit ce qui la rend possible, savoir ce grand fait de l’unité des croyants en Christ et la plénitude des moyens qu’Il met à leur disposition pour en rendre témoignage comme étant l’unité de son corps.

 

3                    Le corps de Christ

Chaque chrétien, objet d’un appel individuel (ch. 1:3-14), est en effet partie intégrante d’un ensemble qui est l’objet d’un appel collectif, pour être le corps de Christ (1:23) et l’habitation de Dieu par l’Esprit (2:20-22). Sans que le côté de l’habitation de Dieu soit perdu de vue, c’est surtout du corps de Christ que s’occupent les versets que nous considérons ici (4:1-16). La «seule espérance», liée à l’appel, se rapporte à l’association avec Christ dans la gloire, quand chacun des siens Lui sera rendu semblable et que Lui «se présentera l’Assemblée à Lui-même, glorieuse». Mais la relation est déjà formée. Elle l’est depuis qu’il y a une Assemblée sur la terre, c’est-à-dire depuis que Christ a été glorifié dans le ciel et a envoyé le Saint Esprit, lors de la Pentecôte. Elle est «son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous». La Tête seule est glorifiée, le corps attend de l’être, mais l’union de Christ là-haut et des siens ici-bas est effective : la première révélation qu’ait eue Saul de Tarse est qu’en persécutant les chrétiens il persécutait Jésus (Actes 9:5). Il n’y a pas seulement pour les croyants une vie nouvelle qui est cachée avec le Christ en Dieu, comme l’enseigne l’épître aux Colossiens (3:3), mais une position établie en Christ dans les lieux célestes (Éph. 2:5, 6), avec les bénédictions spirituelles qui s’y rattachent. Les croyants vivent ici-bas parce que la Tête glorifiée vit ; le Saint Esprit, sceau quant à la promesse et arrhes de l’héritage, fait couler cette vie en eux, et le corps agit ensuite lui-même selon l’énergie de cette vie de Christ. C’est Lui-même qui nourrit son propre corps (5:29). Il veut que chacun jouisse de son amour et que tous en jouissent ensemble et le fassent connaître.

En vain voudrions-nous vivre d’une vie indépendante. Nous ne le pouvons pas plus qu’un de nos doigts ne peut vivre hors de notre corps. Prétendre être un chrétien marchant tout seul équivaudrait à renier Christ à qui tous sont unis ; du moment qu’on est chrétien on est un avec tous les chrétiens, membre de son corps avec les autres membres. Dès que nous perdons cela de vue, c’est à notre détriment et à celui du corps tout entier, nous n’en faisons que trop souvent la triste expérience ; mais le fait n’en demeure pas moins. L’exhortation qui nous est donnée de marcher d’une manière digne de l’appel dont nous avons été appelés n’a donc pas pour but de nous faire travailler nous-mêmes à constituer ce corps, mais de nous amener à montrer par notre conduite que nous avons été constitués ce corps. Notre moi disparaît avec tout ce qu’il comporte, dans l’unité des membres du seul corps, non seulement membres les uns des autres mais membres du corps de Christ, membres de Christ (1 Cor. 12:27).

 

4                    Unité de la vie spirituelle du corps de Christ

Les versets 4 à 16 développent le sujet de cette unité de la vie spirituelle du corps de Jésus glorifié. Les chapitres précédents avaient donné les assises doctrinales de sa formation. Ici nous avons ce qui tient au fait qu’il est formé. Les grands points suivants nous sont successivement montrés.

 

4.1   Les sept liens de l’unité — Éph. 4:4-6

Ces liens se rangent sous trois chefs. Tous les vrais croyants dépendent des trois.

Ils sont seuls, il est vrai, à avoir part au premier groupe (v. 4) : ceux-là seuls qui ont la vie par la foi constituent le «seul corps», parce qu’ils possèdent seuls le «seul Esprit», et ont seuls la «seule espérance», alors que, formant le second groupe (v. 5), tous les professants, régénérés ou non, se réclament du «seul Seigneur», de la «seule foi», du «seul baptême» ; et c’est une grave responsabilité pour ceux qui n’ont pas la vie, mais un sujet de reconnaissance pour les vrais croyants, d’appartenir à un ordre de choses placé ici-bas sous la seigneurie de Christ ; enfin, au troisième groupe (v. 6), nous trouverions tous les hommes en ce qu’ils tirent leur existence du Créateur, «seul Dieu et Père de tous», mais c’est le privilège de ceux qu’Il a voulu «adopter pour Lui par Jésus Christ» de reconnaître avec adoration cette paternité universelle et cette omniprésence, et de pouvoir dire comme étant sa famille : «Il est en nous tous».

Rappelons qu’on a comparé ces trois groupes, de plus en plus étendus, à trois cercles concentriques : le plus vaste (v. 6) renferme toute l’humanité, on y entre par la naissance naturelle ; le moyen (v. 5) tous les chrétiens de nom, on y entre formellement par le baptême ; le cercle intérieur (v. 4), où l’on entre par la nouvelle naissance, correspond au corps de Christ.

 

4.2   Le don et les dons de Christ — Éph. 4:7-11

Justement parce que l’unité des croyants n’est pas un assemblage inerte ni une union factice, mais un corps vivant, sa vie s’exprime, comme toute vie, dans la diversité d’activités et de fonctions complémentaires. Unité n’est point uniformité, mais harmonie d’éléments nombreux, dont aucun n’est identique à un autre, et qui sont associés pour former un tout. Le fonctionnement selon Dieu et l’accroissement de cet organisme demandent une nourriture spirituelle, contrastant avec les «éléments du monde» (Col. 2:20) dont se nourrit la chair, et supposent une action d’ensemble pour que cette nourriture soit distribuée. Tout est donné par Christ.

Il le fait en grâce, et quelle grâce ! Lui qui, parce qu’Il «a aimé l’Assemblée, s’est livré Lui-même pour elle», et qui lui a été «donné comme Chef sur toutes choses», prend vis-à-vis d’elle la position de Celui qui donne : Il fournit à cette Assemblée qui est son corps et qu’Il chérit, autant qu’il lui est nécessaire.

Il le fait selon une mesure sans défaut, la «mesure du don de Christ». Il a une connaissance parfaite des besoins, et Il y répond avec cette sagesse divine dont l’admirable diversité est présentement donnée à connaître par l’Assemblée (Éph. 3:10).

Il le fait enfin selon la puissance qui lui appartient comme étant Celui qui est descendu dans le domaine de Satan pour le vaincre, et qui, ressuscité et exalté, est revêtu d’une autorité souveraine à cause de la rédemption qu’Il a opérée (v. 8-10). C’est dans cette souveraineté que Lui, qui «remplit toutes choses», confère à «chacun» son propre don de grâce (v. 7), et que, pour le ministère spécial de la Parole, Il «a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs» (v. 11).

Tout provient de Lui, et de Lui seul. Rien n’est agréé de ce qui provient de l’homme et de ses pensées, mais durant tout le cours de l’histoire de l’Église sur la terre et en dépit de tout ce que les hommes auront mêlé au bon grain, rien n’aura manqué de la part de Christ, qu’il s’agisse d’appeler les âmes ou, une fois placées sur la base solide des apôtres et des prophètes, de les instruire, de les soigner, de les alimenter. Les saints auront toujours eu à leur disposition la plénitude de moyens renfermés dans l’immense, l’incomparable «don de Christ».

 

4.3   Les effets du don de Christ — Éph. 4:12-16

Tout ce qui est ainsi donné, mais particulièrement les ministères spéciaux du v. 11, l’est «en vue de la perfection (ou : du perfectionnement) des saints», afin que ceux-ci accomplissent «l’oeuvre du service» et que soit ainsi assurée «l’édification du corps de Christ».

 

4.3.1       Le perfectionnement des saints — Éph. 4:13, 14

Ce perfectionnement des saints est, en soi, chose individuelle, mais il se fait dans et pour la croissance commune : le bien du corps tout entier suppose le perfectionnement de chacun de ceux qui le composent. Ainsi dans un corps matériel la vie de l’ensemble dépend de la santé de chaque organe et de chaque cellule, mais tout autant la vie de chaque élément dépend de la condition générale du corps.

Il est évident que ce perfectionnement se poursuit ici-bas seulement, et il s’y poursuivra tant qu’il y aura des saints sur la terre investis du privilège de vaquer à «l’oeuvre du service» et de concourir à l’accroissement du corps de Christ. La perfection absolue et définitive ne sera obtenue que dans la gloire, mais l’objet vers lequel tend le ministère ici-bas est «l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, l’état d’homme fait, la mesure de la stature de la plénitude du Christ», savoir un degré de développement spirituel où les croyants ne sont occupés que de Christ ; chacun est appelé à y parvenir pour lui-même afin de s’y trouver en communion avec les autres. Jusque-là, c’est un état infantile, et ces «petits enfants» sont menacés par les fausses doctrines dues à la tromperie des hommes ; il faut les faire sortir de cet état et les établir dans la vérité, «l’unité de la foi».

 

4.3.2       Le corps s’édifiant lui-même — Éph. 4:15, 16

Cette croissance des individus a un but commun, elle se fait «jusqu’à Lui qui est le Chef, le Christ», Lui qui est assis dans les lieux célestes après avoir été mort et ressuscité ; mais en même temps c’est de Lui, révélé à l’âme, connu comme modèle et comme puissance, que procède l’édification du corps, dans l’amour. Et le corps lui-même, du fait de cette union avec la Tête, et par le Saint Esprit qui opère en Lui, possède son activité propre : il «produit, selon l’opération de chaque partie dans sa mesure, l’accroissement du corps pour l’édification de lui-même en amour».

L’amour de Dieu, si merveilleusement déployé en Christ, se reflète dans cette activité normale du corps ; la direction et l’énergie proviennent de la Tête, mais si chaque partie se tient à la place qui lui est assignée et joue le rôle qui lui est imparti par Celui qui sait comment «tout le corps» doit être «bien ajusté et lié ensemble», si chaque «jointure du fournissement» (les dons) assure sa fonction, la vie circule, l’activité se déroule dans la coordination voulue de Dieu, et l’accroissement se produit «selon l’opération de chaque partie dans sa mesure», — «la mesure du don de Christ».

 

5                    Unité visible et responsabilité

Tel est le tableau que le Saint Esprit nous trace du fonctionnement du corps de Christ. Ah ! direz-vous, c’est un beau programme, mais il est tout idéal. Détrompez-vous. Rien n’est moins théorique. Seulement nous avons à nous demander pourquoi la vie de cet admirable organisme n’est actuellement pas plus visible, et voilà toute la question de notre responsabilité mise en jeu.

 

5.1   Les moyens de rendre l’unité visible sont toujours offerts

La partie essentielle, la partie motrice si l’on peut parler ainsi, n’a subi ni ne peut subir aucune atteinte. «Le don de Christ» est toujours parfaitement assuré, et le Saint Esprit est toujours parfaitement suffisant pour le répartir selon toutes les nécessités du «fournissement». Il y a tout ce qu’il faut pour pourvoir partout à tout. Il est réconfortant de nous le redire, Christ ne laisse pas, n’aura jamais laissé l’Église démunie de ce qui lui est nécessaire pour vivre et croître, de même qu’Il travaille inlassablement à la purifier. Quand son travail sera terminé et qu’Il se la présentera glorieuse et sainte à Lui-même, nous connaîtrons pleinement ce que nous voyons mal maintenant, savoir la perfection des soins d’amour dont Il l’aura entourée ici-bas. Quelle gloire pour Lui de démontrer que rien, ni les efforts de Satan, ni la tromperie de nos coeurs et toutes nos défaillances, ne l’aura empêché d’amener à l’état accompli celle qu’Il a aimée et pour laquelle Il s’est livré ! Qui aura donné sa pureté au fin lin éclatant et pur dont l’Épouse sera vêtue, qui aura modelé ses traits, façonné ses caractères de sainteté et d’irréprochabilité, sinon Lui-même ? Il est fidèle dans son amour, tel aujourd’hui qu’au commencement ; ses ressources sont aussi complètes qu’au temps des apôtres, et Il les met à la disposition de notre foi comme à celle des Éphésiens de jadis. L’unité du corps, découlant de l’Esprit et assurée par Lui, n’a été altérée en rien, et les moyens de la rendre visible sont toujours offerts.

 

5.2   La carence des croyants — prendre conscience de notre responsabilité

Mais il est tout aussi vrai, hélas, que, mis à l’épreuve quant à l’emploi de ces moyens, les croyants ont manqué, et toujours davantage, à manifester cette unité, et ainsi faisons-nous encore. Le témoignage rendu est infidèle alors que ni son but ni ce qui permet d’y parvenir n’ont changé. Détournés par les choses de ce monde, nous perdons le but de vue et nous laissons inutilisées les immenses ressources de Christ et de l’Esprit. L’organisme est là, la vie est là, par la grâce fidèle de Dieu, mais les possesseurs de cette vie (nous-mêmes, hélas), la laissent languir ; au lieu qu’elle soit libre et vigoureuse, ils la laissent enserrer et étouffer par une profession sans vie et par l’activité charnelle. Au lieu de croître les petits enfants restent de petits enfants, ballottés ça et là par tout vent de doctrine, et l’accroissement du corps est contrarié parce que les différents organes fonctionnent mal, et spécialement les «jointures du fournissement». Ces «jointures» représentent tous ceux que le Seigneur a qualifiés pour que nulle partie du corps ne soit privée des sucs nourriciers de la Parole ; toutes les fonctions de docteur et de pasteur, toutes les précieuses charges de surveillants (ou d’anciens) et de serviteurs, sont incluses dans ce terme. Que de dons de grâce de la sorte se sont perdus et se perdent, au détriment grave de l’assemblée par suite de l’indifférence et de la mondanité de leurs détenteurs ! Que de capacités employées pour le présent siècle faute d’obéissance, alors qu’il y a à appeler les âmes, à «donner la ration de blé», à «paître le troupeau», à veiller aux portes, à servir de tant de manières les intérêts des saints ! Mais où est «la sollicitude pour toutes les assemblées» qui tenait Paul «assiégé tous les jours» (2 Cor. 11:28) ?

Oui, l’enseignement de ces versets est aussi actuel qu’au temps où l’apôtre prisonnier les écrivait. Les soins de Christ glorifié pour son corps sont tels que ceux que l’Éternel avait prodigués à sa vigne : «Qu’y avait-il encore à faire pour ma vigne, que je n’aie pas fait pour elle ?» (És. 5:4). Mais nous, quel souci prenons-nous de cette Église chère à son coeur ? Ah ! que chacun de nous considère bien qu’aucun membre du corps n’a la moindre excuse à être indifférent, ou à s’estimer inutile, et cela parce que Christ et le corps de Christ ne font qu’un. Frères et soeurs, nous aurons à rendre compte de notre administration. Dans quelle mesure ai-je contribué à l’accroissement du corps de Christ ? Ou au contraire, de quoi mon infidélité a-t-elle frustré le corps de Christ ? Ce sont là des questions solennelles. Aucun croyant n’a le droit de les éluder, mais combien moins ceux qui ont été enseignés dans ces choses et appelés par la grâce de Dieu à prendre part au témoignage suscité par Lui pour les derniers jours. Pensons à tant de privilèges que nous méconnaissons. Le temps d’en user pour la gloire de Dieu va passer pour toujours.

 

5.3   Revenir aux exhortations de Éph. 4:1-3

C’est après avoir ainsi pris conscience de notre responsabilité qu’il nous faut revenir aux exhortations des trois premiers versets de notre chapitre. Rien ne peut nous pousser davantage à y répondre que la claire notion de l’unité du corps de Christ, avec le sentiment que nous ne pouvons nous en abstraire, et avec celui de la fidélité de Christ à son amour. Nous nous sentons repris et humiliés, mais aussi étreints par cet amour de Christ. Nous comprenons un peu que si cette réalité de l’«unité du corps» nous est présente, nous n’aurons aucune peine à marcher dans l’humilité, la douceur, la longanimité, le support mutuel dans l’amour. Cela ira de soi.

Mais prenons garde qu’il nous est dit aussi, et aussitôt : «Appliquez-vous»... ce qui suppose un esprit vigilant devant le danger continuel d’être détourné du plus précieux devoir qui puisse nous incomber : «garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix» (v. 2). Une telle «application» nous fait défaut parce que nous apprécions bien peu une prérogative si haute. Garder l’unité de l’Esprit nous permettra en effet de jouir ensemble des «bénédictions spirituelles» dont nous sommes bénis dans les lieux célestes en Christ et qui sont offertes aux enfants de Dieu ici-bas comme leur commune part. Les goûter ensemble, dans la paix, n’est-ce pas multiplier la valeur de ce trésor ?

 

5.4   L’unité du corps n’est pas à faire

On l’a dit souvent, l’unité du corps ne nous est pas donnée à garder. Encore moins à faire. Elle est faite, elle est immuable et inaltérable, que nous en ayons conscience ou non. C’est une tout autre chose qu’une institution humaine, s’appelât-elle église. En effet, ou une telle institution se considère comme la seule église, et elle rejette hors du corps les croyants qui ne se rattachent pas à elle. Ou elle s’estime une église entre d’autres, comme s’il pouvait y avoir plusieurs corps de Christ. L’effort pour lier entre elles de telles églises peut bien aboutir à une unité illusoire, en fait c’est la simple union d’éléments disparates, une expression de la profession chrétienne, non du «seul corps». Ce n’est pas parce qu’ils tombent plus ou moins d’accord sur certaines doctrines et adoptent une confession de foi commune, plus ou moins large, que les croyants sont un même et seul corps, mais parce qu’ils ont la même vie, qui est celle de Christ glorifié. Cette unité non simplement des chrétiens, mais de Christ («le Christ est-il divisé ?» disait l’apôtre) est à l’opposé d’une association que nous resserrons ou étendons à notre gré.

 

5.5   Garder l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix

Il ne nous est pas davantage prescrit de faire «l’unité de l’Esprit». Elle existe pareillement, que nous la réalisions ou non. «Il y a un seul corps et un seul Esprit». Mais il nous est enjoint de la «garder», ce qui implique qu’elle est déjà établie.

Garder l’unité de l’Esprit revient à nous comporter, dans nos relations entre croyants, comme étant membres du corps de Christ, possédant ce seul et même Esprit. Ce n’est pas seulement nous aimer et nous honorer mutuellement, mais le faire en nous considérant comme un en Christ. On a dit, dans ce sens, que garder l’unité de l’Esprit, c’est réaliser pratiquement l’unité du corps. C’est rendre visible ici-bas ce que l’Esprit a opéré en unissant chaque croyant à Christ dans la gloire, car cette union à Christ dans la gloire, c’est là l’unité du corps. Comment cela se manifesterait-il autrement que «dans le lien de la paix»? «Que la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés en un seul corps, préside dans vos cœurs» (Col. 3:15). Lui «est notre paix», qui des deux pires ennemis, Juifs et nations, «n’en a fait qu’un» (Éph. 2:14). L’Esprit n’est-il pas l’Esprit de sagesse et de paix, sa pensée n’est-elle pas vie et paix (Rom. 8:6), et un de ses premiers fruits n’est-il pas la paix (Gal. 5:22) ?

Cette unité de l’Esprit ne sera gardée que dans la mesure où nous marcherons par l’Esprit (Gal. 5:25). Ce sont les actions de la chair qui empêchent la manifestation de l’unité du corps : les Corinthiens la démentaient par leurs divisions, aussi l’apôtre les qualifie-t-il de charnels (1 Cor. 3:1-3). L’accroissement en nombre s’est accompagné du développement de l’action charnelle dans l’Église, et, partant, de la mondanisation, comme l’ivraie montant et multipliant avec le blé. Mais il est toujours possible et il nous est toujours demandé, de montrer devant le monde, christianisé ou non, la vie de Christ glorifié unissant les membres de son corps.

 

5.6   Un domaine étranger à la chair et au monde

Car nous sommes ici sur un terrain totalement étranger à ce monde, lequel ne peut pas recevoir l’Esprit (Jean 14:17). Aussi nous sera-t-il enjoint, dès que reprennent au v. 17 de notre chapitre les exhortations pratiques : «Ne marchez pas comme le reste des nations marche». Nous oublions trop que les relations entre chrétiens ont un tout autre caractère qu’entre inconvertis, ou qu’entre chrétiens et inconvertis. La vie courante oblige le croyant à avoir des rapports avec ce monde (1 Cor. 5:9), mais dans de tels rapports la vie de Dieu n’est que d’un seul côté, chez le croyant ; nous ne sommes pas du monde et la fidélité au Seigneur entraînera la haine de la part du monde, Paul prisonnier en était la preuve. Mais quand la vie de Dieu est des deux côtés, l’unité de l’Esprit peut et doit être gardée. Il faut qu’il en soit ainsi avec le plus faible, avec le moins éclairé sur les vérités se rapportant au corps de Christ, à l’appel, ou autres, — même avec l’égaré et le coupable. Non point, est-il besoin de le dire, en pactisant avec l’erreur et avec le mal : bien loin de garder l’unité de l’Esprit ce serait attrister le Saint Esprit de Dieu par lequel nous avons été scellés pour le jour de la rédemption (Éph. 4:30), poursuivre les choses qui détruisent la paix au lieu d’y tendre, et travailler contre l’édification mutuelle. La chair, on ne le redira jamais trop, n’a rien à voir avec la vie de l’Esprit. Il s’agit au contraire d’établir et de maintenir le contact sur la base de la vérité et de l’obéissance, pour arriver à jouir ensemble, dans toute la mesure du possible, de ce qui nous est commun.

 

5.7   Rechercher les points d’accord avec la pensée de l’Esprit

Quelqu’un a dit : «l’unité de l’Esprit, c’est quand votre pensée et la mienne sont d’accord avec la pensée de l’Esprit». Désirons ardemment un tel accord, et pour cela laissons-nous diriger par l’enseignement du Saint Esprit ; ne nous prêtons pas à des compromis fondés sur nos propres pensées et sur nos sentiments. Recherchons, vous et moi, sur quels points cet accord avec la pensée de l’Esprit peut se faire ; ces points peuvent être peu nombreux, peut-être réduits à un seul, mais partant de là appliquons-nous à étendre cet accord, en demandant au Seigneur de lever Lui-même les barrières, pour que nous «marchions ensemble» selon Lui, tendant vers «l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu». Garder l’unité de l’Esprit revient à être occupés ensemble de Christ. L’Esprit Saint n’a rien de commun avec un esprit de contention, ou avec l’esprit d’erreur, ni avec l’«esprit du monde» (1 Cor. 2:12).

Il n’est pas possible qu’il n’y ait pas entre deux vrais croyants un ou plusieurs de ces points sur lesquels tous deux pourront trouver «quelque communion de l’Esprit» (Phil. 2:1). Même vis-à-vis de quelque chrétien aussi tristement égaré qu’on le suppose, une parole, un geste propres à le toucher, — et, ne l’oublions pas, la façon même dont nous aurions à nous séparer de quelqu’un, dans la douleur et l’humiliation, — peuvent témoigner de cette unité, et cela sans rien sacrifier de la vérité, ni des droits du Seigneur, ni de la sainteté de sa Table. Comprenons bien l’enseignement de Galates 6:1 ; il s’adresse à «vous qui êtes spirituels» ; garder l’unité de l’Esprit avec celui qui «s’est laissé surprendre par une faute» — ne sera pas fermer les yeux sur cette faute et marcher avec lui comme si de rien n’était, mais «redressez un tel homme dans un esprit de douceur, prenant garde à toi-même, de peur que toi aussi tu ne sois tenté». Il faut et il suffit qu’il y ait la vie. Un courant arrive parfois à passer même à travers des fils conducteurs en mauvais état ; s’il est coupé appliquons-nous à remettre en état les fils défaillants : quelle joie quand on peut le sentir passer sans obstacle, ce précieux courant de l’Esprit ! Et quelle bénédiction quand Il peut développer son action libre et puissante dans le rassemblement des saints ! Qu’il est bon et qu’il est agréable que des frères habitent unis ensemble, quand l’huile sainte descend de la Tête, jusqu’au bord des vêtements du divin Aaron (Ps. 133:1) ! Cet Esprit seul peut faire chanter

 

Que l’unité de ton Église est belle,

Seigneur Jésus, qu’elle plaît à tes yeux !

 

5.8   Non pas une union ecclésiastique

Est-il besoin de souligner à quel point nous sommes là éloignés d’une union ecclésiastique, une prétendue unité, qui n’aurait pas comme fondement la séparation d’avec le mal ? Nous ne voudrions pas, Dieu le sait, écrire un seul mot qui pût blesser les âmes sincères qui, ressentant douloureusement la dispersion des enfants de Dieu, aspirent à leur réunion et prêtent la main à tout ce qui se fait dans ce sens en acceptant des compromis avec le relâchement moral et l’erreur doctrinale. Mais chercher à unir en mettant au second plan la vérité du Père et du Fils, en amalgamant monde et christianisme, c’est accroître la confusion, et, quelque bonnes que puissent être les intentions, c’est hâter l’apostasie qui sera le terme de l’histoire de la chrétienté professante. Tout nous montre que ce terme est proche.

 

5.9   Jean 17:20-21 et l’unité

On met en avant Jean 17:20-21 pour pousser au rassemblement de tous les chrétiens de nom dans une grande organisation bien visible. Mais, d’abord, prenons bien garde que le point de départ de cette prière de Jésus est : «Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde» (v. 16), alors qu’une telle organisation tend à faire du christianisme une puissance du monde. Ensuite, il n’est nullement question dans ce passage de l’unité du corps de Christ uni à son Chef glorifié, mais de l’unité de la famille de Dieu, unité de communion dans le Père et le Fils, unité de ceux qui possèdent une nature nouvelle, divine. Cette prière du Fils est exaucée : ce n’est pas une prière à nous, c’est la sienne, et c’est par son Père, et non par nous, qu’elle est exaucée. Il ne dépend ni de nos efforts ni de nos moyens qu’elle le soit. Elle l’est, par la bonté et la puissance du Père, du fait que les croyants, de quelque pays, de quelque milieu, de quelque classe sociale, qu’ils proviennent, ont tous cette même nature. Enfin, cette unité de nature se manifestera dans la «sanctification par la vérité» (17:17), l’obéissance à la Parole, ce qui entraîne la séparation morale effective d’avec ce monde. Que nous ayons, chrétiens, manqué à cette manifestation, et que nous soyons par là un obstacle à ce que le monde croie que le Père a envoyé le Fils, ce n’est que trop vrai, à notre honte, mais nous n’aiderons pas le monde à croire en faisant l’union aux dépens de la vérité, et, en fait, de la véritable unité. Nous l’inciterons au contraire à ne pas croire, en mêlant le christianisme aux éléments du monde. C’est ce que Satan a cherché à faire de tous temps, et à quoi il parvient toujours davantage. Montrer les sentiments de la famille de Dieu, l’amour, le support, l’obéissance à la volonté du Père, voilà ce que nous avons à rechercher. Cela n’a rien à voir avec un ordre de choses ecclésiastique qu’il nous soit demandé d’établir.

 

5.10                   Église visible ou invisible ? Témoignage en un temps de ruine

«Appliquons-nous à garder l’unité de l’Esprit». Cela nous tiendra aussi loin du relâchement que de l’étroitesse de coeur et d’esprit. Ne nous laissons pas prendre au piège du rapprochement artificiel d’appartenances chrétiennes différentes, mais ne nous contentons pas non plus d’une connaissance théorique de l’unité du corps, comme si cette unité était présentement intraduisible. Une telle connaissance nous condamne si nous ne la faisons pas passer dans la pratique, autrement dit si la vie ne se montre pas. Tendons à «l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu» (Éph. 4:13) proposée comme but à ceux qui se reconnaissent comme membres du corps de Christ et de rien autre. Dieu fasse que, dans l’Église, chacun, à la place où la grâce l’a mis, considère davantage Celui à qui cette Église est unie dès maintenant et pour l’éternité. L’unité des chrétiens ne peut plus se déployer aux yeux des hommes dans la totalité du corps présent sur la terre, comme il en était au début de l’Église ; dans ce sens l’Église est invisible, et cela par notre faute. Mais elle doit se prouver dans les rapports entre croyants moralement étrangers à ce monde, et dans ce sens elle est visible. Que Dieu nous accorde la grâce de le réaliser tout particulièrement quand nous sommes réunis, ne fût-ce que deux ou trois, au nom du Seigneur Jésus. C’est là le sens du témoignage que nous avons à rendre en ces temps de ruine.