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DISCERNER  LES  ESPRITS    1 Cor. 12 :10

 

 

André Gibert

ME 1979 p. 69

 

Le chapitre 12 de la première épître aux Corinthiens énumère un certain nombre de «dons de grâce», ou charismes (charismata), distribués par l’Esprit de Dieu pour sa «manifestation en vue de l’utilité» (v. 7 à 10). Parmi eux les «discernements d’esprits» seraient d’un besoin particulier aujourd’hui.

Nous arrivons au terme de cette «dernière heure» que l’apôtre Jean déclarait déjà commencée et qu’il caractérisait par «beaucoup de faux prophètes» et d’«antichrists» sortis dans le monde, contrefaisant, pour la contrecarrer, l’action du Saint Esprit (1 Jean 2:18 ; 4:1). Le temps de «notre confession», celui de l’Église chrétienne (ou Assemblée), est en effet le temps de la présence ici-bas du Saint Esprit descendu le jour de la Pentecôte pour y demeurer dans l’Assemblée tandis que Jésus est glorifié en haut. Les esprits malfaisants se multiplient à la veille de l’enlèvement de cette Assemblée, le mystère d’iniquité opère plus activement, en attendant d’être pleinement révélé, comme il le sera après l’enlèvement, car «celui qui retient», l’Esprit saint, sera désormais «loin» (2 Thess. 2:7). Les croyants ont plus que jamais à lutter contre ces esprits, dont la diversité et la subtilité nous mettent à une épreuve redoutable. Ils agissent de toutes parts. La faiblesse de notre foi, notre manque de maturité spirituelle et notre paresse à écouter alors que tant d’enseignements précieux sont mis à notre portée, se font péniblement ressentir. Il en est ainsi, entre autres, lorsqu’il s’agit de démêler entre la vérité et l’erreur dans tout ce qui escorte et déborde le «mouvement charismatique» actuel.

Ce mouvement plonge ses racines dans le courant des «réveils» qui se sont succédé depuis le puissant «cri de minuit» du début du 19° siècle. Au travail indéniable de l’Esprit de Dieu pour convertir les âmes et rassembler les croyants autour de Christ, sont venues se juxtaposer des manifestations extérieures plus ou moins spectaculaires, prophéties, extases, mais surtout des guérisons et le «parler en langues», manifestations accueillies avec enthousiasme par les uns, regardées avec scepticisme et suspicion par d’autres. Elles se sont multipliées au 20° siècle, et un enseignement s’est développé, avançant que l’on se trouve devant une nouvelle effusion de l’Esprit saint, une nouvelle Pentecôte. Des assemblées pentecôtistes naquirent en Amérique du Nord au début de ce siècle, se donnant le nom d’assemblées de Dieu ; elles se propagèrent en Amérique latine, en Grande-Bretagne à la suite du réveil du pays de Galles, puis sur le continent européen, et, sous des appellations et des formes diverses, dans le monde entier. On a vu dans les vingt dernières années le mouvement dépasser le cadre de ces assemblées et prendre une extension telle qu’il pénètre peu à peu toutes les catégories religieuses se réclamant du christianisme, systèmes, dénominations, églises fermées, églises de multitude, y compris l’Église romaine avec son «renouveau charismatique». Partout on met en avant des phénomènes surnaturels affirmés comme des opérations de l’Esprit de Dieu.

Reconnaissons — et nous en bénissons Dieu — que les églises particulières fondées sur le principe, pourtant non scripturaire, d’un renouveau de la Pentecôte professent un grand respect pour les Écritures et leur inspiration, et que des chrétiens sincères et zélés y prêchent l’Évangile du salut en Jésus Christ, la justification par la foi, le retour du Seigneur. Mais, en mettant l’accent sur les charismes, faisant d’eux des témoignages obligatoires d’un «baptême du Saint Esprit», et exigeant des «expériences», comme le parler en langues, sans lesquelles une personne ne serait pas réellement chrétienne, d’un côté elles contribuent activement à la désagrégation de la chrétienté, et de l’autre elles fournissent, malgré elles, une assise au développement déplorable des «sectes» (*).

(*) Le mot est employé ici dans le sens général qu’il a pris de groupe fermé de caractère religieux, fortement organisé autour dune personne, ou d’après une doctrine particulière, le plus souvent étrange. Sur la signification du terme traduit par «secte» dans nos Bibles, voir : «Qu’est-ce qu’une secte ?», Mess. évang. 1972, p. 313 (de J.N.D., Coll. Wr. 4, p. 361-365).

Tout un ensemble confus de sectes d’origine récente gravite en effet autour des mouvements charismatiques, encore qu’il soit injustifié de confondre ceux-ci avec elles. La plupart prétendent s’appuyer sur la Bible, mais elle est tordue de mille manières, mutilée, ou mêlée des produits de l’imagination humaine ; les manifestations spirituelles passent à des formes mélangées d’occultisme, de spiritisme, et de là à des pratiques consternantes rivalisant d’aberration ; quant aux déviations doctrinales, elles s’écartent de l’évangélisme initial jusqu’à rejoindre les fables des religions non chrétiennes.

Les croyants que la grâce miséricordieuse de Dieu rassemble encore sur la base de l’unité du corps de Christ, dans la séparation du mal et autour du Seigneur Jésus, à sa Table, laisseront-ils le flot montant faire sentir son influence parmi eux, comme cela se montre, hélas, en plus d’un endroit ? Nous posons la question dans tout son sérieux, en regardant au Seigneur pour qu’Il les en préserve.

Dieu nous garde de nier le pouvoir de son Esprit pour produire à quelque époque que ce soit des miracles et des signes propres à parler aux incrédules ou à encourager des croyants ! De tels signes accompagnaient la prédication de la Parole au temps des apôtres, et cela, expressément, pour la confirmer (Marc 16:20 ; Héb. 2:4). Ils n’ont plus été nécessaires une fois la Parole complétée, fixée, et répandue sous forme écrite. Il ne nous appartient pas pour autant d’affirmer que Dieu n’agit plus miraculeusement nulle part. N’oublions pas que l’Esprit «distribue comme il lui plaît». L’exhortation à ne pas éteindre l’Esprit et à ne pas mépriser les prophéties demeure (1 Thess. 5:19, 20). Mais Satan s’est toujours efforcé d’avoir ses prodiges. La Bible mentionne, tout au long de l’histoire de l’homme, les magiciens, les évocateurs d’esprits, les devins, etc., et il n’en manque pas de nos jours, en attendant les grandes manifestations d’Apocalypse 13. L’objet est toujours de détourner les âmes de la vérité et de les faire croire au mensonge. D’où les mises en garde : «Éprouvez toutes choses» ; «ne croyez pas tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu» (1 Jean 4:1). L’avertissement vaut pour les fausses doctrines comme pour les faits par lesquels on prétend les confirmer. Sans parler des nombreuses supercheries, il peut y avoir des explications toutes naturelles de phénomènes étranges présentés comme charismes — résultats d’états nerveux, d’excitations, de suggestions, d’exaltations psychiques relevant de ce domaine du subconscient dont s’occupe la psychothérapie. Mais il n’est que trop vrai que des actions diaboliques sont à l’origine de bien des faits en question.

Un «discernement» est donc indispensable. Il ne s’agit pas seulement de distinguer entre vrais et faux professants, mais entre d’un côté l’enseignement et l’action du Saint Esprit, et de l’autre leur imitation par de mauvais esprits. Ce discernement nous est en effet indispensable pour ne pas être entraînés par des séducteurs, et pour répondre avec sagesse à ceux qui sont séduits, et qui font montre souvent d’un intrépide prosélytisme.

Rien n’empêche de penser que durant tout le cours de l’histoire de l’Assemblée il y a eu des chrétiens possédant comme don spécial en vue du bien de cette Assemblée un «discernement des esprits» selon 1 Cor. 12, et nous pouvons bien demander qu’il y en ait de tels parmi nous. Toutefois, quelle que puisse être leur responsabilité propre, les porteurs de ce charisme ne sauraient détenir à titre exclusif le devoir d’éprouver toutes choses et en particulier les esprits. C’est là l’affaire de tous, de l’assemblée entière et de chacun dans l’assemblée. Plus encore, l’apôtre Jean y appelle spécialement les «petits enfants», dans la simplicité de la foi mais en vertu de «l’onction reçue de la part du Saint» (1 Jean 2:20-27).

 

C’est sur ces points qu’il nous faut insister. L’Esprit de Dieu seul peut nous faire discerner ce qui est de l’Esprit de Dieu et ce qui n’en est pas. Il s’agit donc pour nous :

 

1° d’avoir premièrement reçu cette onction, et ceci est de toute importance. C’est le privilège exclusif de l’enfant de Dieu, scellé après avoir cru. Nous avons à recevoir l’Esprit saint, non à nous tourmenter pour le chercher ou le demander. L’inconverti n’a ni part ni droit dans cette affaire. Lisons bien Jean 1:12, 13, Éphésiens 1:13. Dieu donne, nous croyons, nous recevons, sans autre.

 

2° ensuite, d’être effectivement, pratiquement, spirituels. Dans quelle mesure laissons-nous l’Esprit saint nous «remplir» ? Nous y sommes pourtant tous exhortés (Éph. 5:18). Paul était rempli de l’Esprit saint pour confondre le magicien Élymas (Actes 13:9). «Celui qui est spirituel discerne toutes choses» (1 Cor. 2:15), et les Corinthiens, bien que ne manquant d’aucun charisme (1 Cor. 1:7) encouraient le reproche d’être charnels et non spirituels, et de «marcher à la manière des hommes» (3:1-3).

Ne nous risquons pas, chers frères et soeurs, et pas seulement ceux qui sont jeunes dans la foi, à discuter hors de propos avec tels ou tels contestataires, sans avoir réalisé pour nous-mêmes, en nous, dans l’homme intérieur, l’action forte mais paisible dans sa sagesse, de l’Esprit de Dieu versant en nous l’amour de Dieu, nous liant à Christ et à Celui à qui nous disons «Abba, Père !» L’Esprit que nous recevons, s’il est un esprit de puissance, l’est aussi d’amour et de conseil, de sobre bon sens, un esprit non de dispute ni de désordre, mais de paix. Ayons l’oeil simple, notre corps tout entier sera illuminé, et la lumière manifestera l’erreur (Éph. 5:7-13). «Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi par l’Esprit». Et qu’Il fructifie, de ces fruits parmi lesquels se place la «tempérance» (Gal. 5:22 ; cf. Éph. 5:18-21). Son action intérieure ne saurait se traduire par de l’ostentation, ni par des extravagances. Même la Parole en mains, souvenons-nous qu’elle est l’épée de l’Esprit, et que nos combats sont des combats spirituels ; sans l’Esprit, a-t-on dit, nous nous exposons à manier la Parole comme le ferait d’une épée, dangereusement, un enfant ou un homme ivre.

On ne soulignera jamais trop que la mission de l’Esprit saint, Esprit de vérité, Consolateur, est, dans sa portée générale, de glorifier Jésus ; il le fait entre autres en communiquant aux siens ce qu’il prend de Lui pour le leur annoncer, et cela pour leur joie et pour leur témoignage (Jean 16:14, 7 ; 15:26, 27). Il ne parle pas de par lui-même, ni de lui-même. De sorte que les preuves auxquelles l’homme spirituel est heureux de reconnaître la présence et l’action de l’Esprit, et par lesquelles il décèle, pour s’en écarter, ce qui n’est pas de la vérité, ces critères sont en rapport étroit avec la Personne du Seigneur Jésus. Tout ce qui porte atteinte au nom de Christ est manifesté par l’Esprit, et chaque fruit de l’action de l’Esprit dans le fidèle met en évidence un caractère de Christ, en contraste avec les oeuvres de la chair (Gal. 5:22).

 

Nous nous bornerons à rappeler ces critères salutaires dans ce qu’ils ont d’essentiel. Nous les trouvons surtout dans les écrits de Jean.

 

1° «Celui-là est l’antichrist, qui nie le Père et le Fils. Quiconque nie le Fils n’a pas non plus le Père ; celui qui confesse le Fils a aussi le Père» (1 Jean 2:23). «Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ?» (v. 22).

 

2° «Par ceci vous connaissez l’Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu en chair est de Dieu, et tout esprit qui ne confesse pas Jésus Christ venu en chair n’est pas de Dieu ; et ceci est l’esprit de l’antichrist» (id. 4:2, 3 ; 2 Jean 9). Tout le christianisme procède de l’incarnation du Fils de Dieu ; l’obéissance de Jésus, l’expiation, la résurrection, la glorification, n’ont de sens que si «Dieu a été manifesté en chair». C’est un point central de la foi chrétienne (Jean 20:31).

 

3° «Nous (les apôtres), nous sommes de Dieu ; celui qui connaît Dieu nous écoute ; celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas ; à cela nous connaissons l’esprit de vérité et l’esprit d’erreur» (1 Jean 4:6). Retenir dans sa pureté du commencement l’enseignement des apôtres, c’est retenir le témoignage de l’Esprit de vérité, qui témoigne de Christ (1 Jean 2:24, 25).

Paul, de son côté, enseigne aux Corinthiens ce test capital : la seigneurie de Jésus ouvertement confessée. «Nul homme parlant par l’Esprit de Dieu ne dit : Anathème à Jésus ; et nul ne peut dire : «Seigneur Jésus», si ce n’est par l’Esprit saint» (1 Cor. 12:3).

 

Est-il besoin d’ajouter que toute manifestation spirituelle ne peut être tenue comme procédant de l’Esprit de Dieu si elle n’est pas d’accord avec les Écritures ? Ni les raisonnements humains ni les traditions n’ont de place devant les déclarations de l’Esprit de Dieu consignées dans le Livre inspiré. Par exemple, une femme priant ou enseignant dans une réunion (en contradiction avec l’enseignement de 1 Cor. 14:34 ou 1 Timothée 2:11) ne le fait certainement pas par l’Esprit saint. L’apôtre ne cessait de prier pour les Colossiens et de demander qu’ils soient «remplis de la connaissance de la volonté de Dieu, en toute sagesse et intelligence spirituelle», et, les voyant en danger de devenir la proie de faux docteurs, il les exhortait à marcher selon qu’ils avaient été enseignés (Colossiens 1:9, 10 ; 2:7).

 

Qu’il en soit ainsi pour nous. Que la voix du Berger nous soit si familière que nous discernions sur-le-champ tout ce qui lui est une dissonance !