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L’INFIRME GUÉRI — Jean 5:1-15

 

 

André Gibert

 

Table des matières :

1     Différence entre une religion d’oeuvres et la foi qui sauve

1.1          Impuissance de l’homme

1.2          Puissance de Dieu et de Sa Parole

1.3          L’obéissance de la foi

2     Effets de la Parole de Dieu / de Jésus

3     La Parole de Dieu est opérante

4     Ne pèche plus

5     Le racheté ne peut marcher à sa guise

 

 

Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest ; ME 1954 p. 113

 

1                    Différence entre une religion d’oeuvres et la foi qui sauve

La guérison de l’infirme du réservoir de Béthesda illustre un aspect remarquable de la puissance divine s’exerçant en grâce.

Dieu est le Même dans tous les temps. La puissance qui agitait l’eau par le moyen d’un ange à de certaines saisons et la rendait propre à guérir était exactement la même qui opérait par les paroles de Jésus. C’était aussi, dans l’un et l’autre cas, la même bonté qui s’occupait de misérables pour les guérir. Et c’était pareillement la même vérité éclairant leur état, n’en voilant rien, jusqu’à mettre en évidence chez ce pauvre infirme une incapacité totale. La foi a pu, à toutes les époques, discerner la souveraineté de Dieu agissant en grâce. Elle le pouvait, en particulier, à travers les ombres du système juif, dans les jours d’autrefois. Comment répondre à cette grâce et en profiter, c’était autre chose, et là se montre l’infirmité morale de tout homme, Juif ou non.

Jusqu’à l’arrivée de Jésus, l’état de l’infirme était sans espoir, image de notre incapacité à nous approprier tout moyen de guérison demandant de nous une force quelconque. Jésus vient. Dès lors le contraste éclate entre un procédé de salut qui demande à l’homme de faire quelque chose et la délivrance entièrement gratuite, entre une religion d’oeuvres et la foi qui sauve, entre la loi et l’Évangile. Ce qui change absolument, c’est le moment où l’homme est appelé à faire quelque chose.

 

1.1   Impuissance de l’homme

Considérons en effet l’infirme de Béthesda. La guérison lui était assurée pourvu qu’il arrivât à temps dans l’eau après que celle-ci avait été agitée. De même, la loi, la loi écrite de Moïse, mais aussi bien la loi naturelle, à laquelle se lie le témoignage de la conscience (Rom. 2:12-14), est propre à assurer la vie éternelle «à ceux qui, en persévérant dans les bonnes oeuvres, cherchent la gloire et l’honneur et l’incorruptibilité» (vers. 7). Dieu ne peut mentir, et il est juste.

Or trente-huit ans avaient passé — le temps même de l’épreuve d’Israël dans le désert (Deut. 2:14) — sans que l’infirme eût pu arriver à temps. Il lui fallait accomplir les quelques pas nécessaires pour se plonger dans l’eau, ou ramper jusqu’à elle. Et ce sont ces quelques mouvements qu’il ne pouvait pas faire, précisément parce qu’il était infirme. Il pouvait parler, appeler, supplier, se lamenter, cela ne servait à rien. Les autres, préoccupés d’eux-mêmes, ne se souciaient pas de lui. Il en va de même lorsqu’il s’agit de s’emparer de la vie éternelle : faire de bonnes oeuvres, chacun s’y efforce, et chacun pour soi ; il faut être plus saint que les autres, les dépasser, en tout cas présenter à Dieu des mérites personnels ; la pratique religieuse est une émulation incessante. Hélas, tout est vain, tous sont vaincus d’avance dans cette course à la sainteté, car tous sont infirmes !

L’insuffisance n’est en aucune manière du côté du moyen divin. Sans doute l’eau n’était agitée que de temps à autre. La grâce, dans les jours d’autrefois, n’était qu’incomplètement manifestée, mais elle était aussi réelle qu’aujourd’hui. Les prophètes cherchaient quel temps ou quelle sorte de temps l’Esprit qui était en eux indiquait, mais c’était l’Esprit de Christ (1 Pierre 1:11). L’eau de Béthesda, agitée, avait toute puissance pour guérir «de quelque maladie» que l’on fût pris. Mais il fallait s’y jeter sur-le-champ, et l’infirme retrouvait chaque fois la terrible réalité de son état : il lui aurait fallu être guéri pour se mouvoir, et on lui demandait de se mouvoir pour être guéri.

 

1.2   Puissance de Dieu et de Sa Parole

Mais voici que la puissance de guérison se déplace. Elle n’est plus dans l’eau salutaire mais inaccessible, elle est dans la parole de Jésus. La grâce et la vérité ne sont plus cachées derrière ce qui n’était qu’une figure temporaire et intermittente, elles se manifestent dans Celui qui est venu les apporter. Elles viennent par Lui (Jean 1:17), elles sont là en Lui, avec Lui. Il n’est plus question de marcher avant d’être guéri, mais d’être guéri d’abord, pour marcher ensuite. Il n’est pas demandé un seul pas à celui qui n’a aucune force. Jésus s’approche, car Il est la grâce. Il interroge, car Il est la vérité. «Veux-tu être guéri ?» Pour le pécheur cela signifie : «As-tu le sentiment de ton état, ta conscience parle-t-elle, sens-tu le besoin d’être sauvé ?» Pas de reproche, seulement la lumière accompagnant la compassion. Aussi l’infirme ne répond pas par un simple oui, mais par l’aveu désespéré de sa propre impuissance. «Je n’ai personne, dit-il qui... me jette... et pendant que moi je viens, un autre descend avant moi». Il ne peut rien, et il n’a ni parents ni amis qui puissent faire quoi que ce soit pour lui. Ainsi le pécheur réveillé constate à la fois qu’il est sans force et que le monde est égoïste et impuissant devant la détresse morale. «Je n’ai personne». Que de coeurs peuvent faire écho à cette triste confession !

 

1.3   L’obéissance de la foi

Alors Jésus adresse une injonction à l’homme. Car c’est un ordre qu’Il lui donne, et un commandement proprement inouï, au regard de ceux de la loi. «Lève-toi, prends ton petit lit, et marche». La loi prescrivait à l’homme des choses que celui-ci pouvait estimer possibles, de même que l’infirme avait pu espérer pendant trente-huit ans ramper assez tôt vers l’eau agitée. Mais se lever, prendre son petit lit, marcher, impossible ! Eh bien, précisément, pour obéir à un ordre impossible il faut la foi. Me lever ? en ai-je la force ? Il n’est pas question de savoir si tu as la force, mais de croire et d’obéir, car l’occasion est unique. La puissance est dans la parole de Jésus. Le miracle se produit à l’ouïe de cette parole, à laquelle le malheureux s’abandonne, et qui le guérit.

L’infirme, et cela est bien remarquable, ne savait pas qui était Celui qui le guérissait. Il l’apprend ensuite, et il peut constater la colère suscitée par ce miracle chez ces chefs religieux qui l’avaient laissé infirme tant d’années sans rien pouvoir pour lui. Il ne s’agit pas, pour être sauvé, de connaissance préalable, pas plus que de l’approbation du monde. Le salut, c’est de croire Jésus qui parle.

 

2                    Effets de la Parole de Dieu / de Jésus

Mais peut-il y avoir quelque chose de plus important que d’entendre Jésus parler ? Cette parole, qu’est-elle, sinon l’expression de la volonté divine ? C’est ainsi que par la parole de Dieu ont été formés les mondes, et elle a toujours et partout la même puissance. La Parole sans laquelle «pas une seule chose ne fut faite de ce qui a été fait» était là, devenue chair. «À la fin de ces jours-là Dieu a parlé dans le Fils», et les paroles que Jésus disait étaient «esprit et vie» (Jean 6:63). Dans la dispute qu’il a avec les Juifs à la suite de ce miracle de Béthesda, Jésus identifie ses oeuvres avec l’activité même de son Père (versets 17, 18), et Il peut dire : «Je ne puis rien faire, moi, de moi-même... car je ne cherche pas ma volonté mais la volonté de Celui qui m’a envoyé» (v. 30). Cette volonté trouve son expression dans Sa parole. Dieu parle dans le Fils et Jésus est absolument ce qu’aussi Il dit (8:25), en toute occasion, dans toutes ses paroles. La guérison de l’infirme, par sa parole, est un acte de ce travail du Père et du Fils. Merveilleuse activité ! La même parole donne la vie éternelle à qui l’entend et croit Celui qui a envoyé Jésus (v. 24), elle fait vivre les morts qui l’entendent (v. 25), et un jour elle fera sortir tous ceux qui sont dans les sépulcres (v. 28). «Tu as les paroles de la vie éternelle» dira Pierre, et Jésus déclarera à ses disciples : «Vous êtes nets à cause de la parole que je vous ai dite» (15:3).

 

3                    La Parole de Dieu est opérante

Nous ne nous arrêterons jamais assez pour écouter cette Parole qui agit. Elle est vivante et opérante, quelque forme qu’elle revête. Ce n’est pas seulement qu’elle enseigne, si important que ce soit. Elle opère. On ne la reçoit pas par un acquiescement de l’intelligence, mais par l’obéissance de la foi. «Lève-toi, prends ton petit lit et marche». Et l’homme se leva, et «prit son petit lit et marcha». La parole de guérison, nous l’avons remarqué, est ici un ordre donné à celui que Jésus vient guérir (*). Puissante pour délivrer, elle a toute autorité sur celui qu’elle délivre : «Prends, marche». Voilà comment tu vas employer cette force neuve que je te donne ! L’homme ne raisonne pas, comme le font les Juifs incrédules, en disant : C’est le sabbat, nul ne doit faire aucun travail, même pas porter un petit lit ce jour-là. La parole s’est fait entendre ce jour-là. Elle guérit ce jour-là. Elle ordonne ce jour-là. «Celui qui m’a guéri, celui-là m’a dit : Prends ton petit lit et marche».

(*) Ailleurs Jésus commande aux démons de sortir de leurs victimes. Il a «toute autorité».

 

4                    Ne pèche plus

Mais il y a plus. Jésus le trouve dans le temple et lui parle à nouveau. Il se fait connaître à ce pauvre ignorant. La même voix qui l’a guéri s’adresse à lui. Cette parole n’a-t-elle pas encore la même puissance et la même autorité ? «Tu es guéri, ne pèche plus, de peur que pis ne t’arrive». Sans doute, nous le comprenons, tout était encore sous le régime du gouvernement visible de Dieu au milieu de son peuple, la bénédiction matérielle dépendait de l’obéissance, et d’autre part il s’agit ici de la vie présente et d’une délivrance corporelle passagère. Toutefois, ce «ne pèche plus» enjoint par Celui qui venait de guérir sans avoir fait de reproche, ne devait-il pas résonner à l’oreille de l’infirme guéri avec un son bien différent de celui des docteurs de la loi ? Celle-ci demeurait la loi, donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité étaient venues par Jésus Christ. Il ne nous est plus rien dit de cet homme, mais n’aimons-nous pas à penser que toute sa vie a été changée, et qu’il n’a pu oublier la voix qui lui avait dit : «Lève-toi» et ensuite : «Ne pèche plus» ? Il n’avait pas besoin d’autre chose. Il n’avait pas été guéri des plus douloureuses conséquences du péché pour vivre ensuite selon les convoitises du péché, mais comme quelqu’un qui avait été guéri, et qui s’en souvenait.

 

5                    Le racheté ne peut marcher à sa guise

Qu’en doit-il être pour nous, chers rachetés de Christ ? Prendrions-nous le prétexte que le gouvernement de Dieu ne s’exerce plus de la même manière qu’en Israël, pour nous laisser détourner de la voix qui dit : «Ne pèche plus...» ? Pécherions-nous impunément parce que nous ne sommes plus sous la loi mais sous la grâce ? «Qu’ainsi n’advienne», dit l’apôtre. Notre responsabilité est au contraire plus grande, à la mesure des lumières reçues. Ceux qui ont l’Esprit de Dieu et qui, fils de Dieu, sont conduits par cet Esprit (Rom. 8:14), ne sauraient avoir la liberté de suivre la chair. Ils ont été affranchis pour ne pas faire ce qu’elle ordonne, mais pour obéir à la Parole. «De peur que pis ne t’arrive», dit Jésus au paralytique guéri. Irions-nous dire légèrement que ce «pis» ne peut nous atteindre ? La condition de quelqu’un qui, ayant professé suivre Christ, le renie, est pire que sa condition précédente. L’épître aux Hébreux l’établit avec force à l’égard des apostats (ch. 6:10, 26-29), c’est-à-dire de gens qui, tout en ayant reçu la connaissance de la vérité, n’avaient pas été régénérés, et se détournaient volontairement. De tels passages ne sauraient troubler quiconque met sa confiance en Jésus, mais peut-on parler de confiance, et d’assurance de son salut, quand on joue avec le péché, qu’on se prête à être enlacé par lui, et qu’on «use de la liberté comme d’une occasion pour la chair» ? La conscience s’émousse, le mal n’étant pas traité comme il doit l’être, et les choses divines perdent leur saveur pour l’âme. Si Dieu nous laisse à nous-même, jusqu’où irons-nous ? La purification des péchés d’autrefois est oubliée, l’espérance paraît morte. À Dieu ne plaise que ces lignes altèrent la sécurité d’un véritable enfant de Dieu, si cette sécurité repose sur Christ ! Il restera toujours vrai que Jésus a dit : «Nul ne les ravira de ma main», et le sort éternel de quiconque est venu à la vie n’est pas en cause. Mais comment pourrait l’affirmer celui qui ne reste pas dans la main du Berger, qui n’écoute pas sa voix ? Entendre sa parole, croire sa parole, enfin garder sa parole, voilà ce qui caractérise le vrai disciple de Jésus. La conversion et la marche chrétiennes, que l’on sépare parfois de façon un peu théorique, ne peuvent se séparer dans la réalité. Quelqu’un qui prétendrait marcher à sa guise tout en se disant converti s’expose non seulement à ce que les autres doutent de sa conversion, mais à en perdre lui-même la certitude. Il n’y a ni joie ni sécurité dans un tel chemin, l’amour pour Christ ne s’y trouve pas et l’on ne peut y jouir de l’amour de Christ. «Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et moi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui» (Jean 14:21). Il ne peut y avoir de promesse plus précieuse, ni plus simple. Mais «prenez garde que vous ne refusiez pas Celui qui parle».  (Hébr. 12:25).