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L’ÉVANGILE  DE  LA  JOIE

 

 

[Jésus source de joie jaillissant dans la vallée des larmes]

 

 

André Gibert

Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

ME 1953 p. 229

Table des matières :

1     Les sujets tristes ne manquent pas

2     Une joie profonde et sûre

3     Se réjouir DANS le Seigneur

 

C’est l’évangile de Luc qu’on a appelé ainsi, bien qu’il soit tout autant celui des situations douloureuses. Il est l’évangile humain par excellence, l’évangile du Fils de l’homme, un homme comme nous à part le péché, et qui sympathise à tout ce qui afflige les hommes, s’adapte à tous leurs besoins. Celui que «l’Esprit du Seigneur a oint» annonce «de bonnes nouvelles aux pauvres» (Luc 4:18). Il dit à ceux qui pleurent : «Vous rirez» (Luc 6:21). Jésus parmi les hommes, c’est la source de joie jaillissant dans la vallée des larmes. On pense à l’apôtre Paul disant aux Philippiens : «Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur. Encore une fois je vous le dirai : Réjouissez-vous» (Phil. 4:4).

 

1                    Les sujets tristes ne manquent pas

Et certainement il n’est pas sans signification que l’écrivain inspiré de cet évangile soit Luc, le compagnon de Paul au long des voyages et des travaux du grand apôtre, celui qui l’a suivi jour après jour, témoin des tribulations de toutes sortes par lesquelles le Seigneur a fait passer son serviteur afin de lui apprendre à être content en lui-même dans les circonstances où il se trouvait (Phil. 4:11). Il était auprès de lui dans ses captivités (Col. 4:14), et au terme de la dernière, Paul, abandonné de tous, peut rendre ce témoignage : «Luc seul est avec moi» (2 Tim. 4:10). Luc savait plus qu’aucun autre, pour l’avoir vu, comment un chrétien peut toujours se réjouir dans le Seigneur, au coeur d’un naufrage comme au fond d’un cachot. L’Esprit Saint s’est servi de lui pour écrire un évangile, comment nous étonnerions-nous d’y retrouver quelque chose de Paul et de «son» évangile ?

Dans le récit de Luc les sujets tristes ne manquent pas. Les misères corporelles et morales liées à notre condition pécheresse y sont évoquées avec un accent particulier. Des foules de malades et d’infirmes s’y rencontrent, comme dans les autres narrations mais avec, çà et là, des touches propres à Luc, qui font ressortir le caractère poignant ou désespéré des souffrances humaines. La femme qui avait une perte de sang depuis douze ans avait dépensé tout son bien en médecins sans être guérie par aucun ; le jeune lunatique était le fils unique d’un père affligé ; unique aussi la fille de Jaïrus ; et unique le fils de la veuve de Naïn... L’esclave malade du centurion était «fort cher» à son maître. Luc seul présente aussi la grande multitude du peuple et de femmes qui lors de la crucifixion de Jésus se frappent la poitrine et pleurent, tout espoir perdu. Et Jésus lui-même est «le pauvre» de façon plus accusée que dans les autres évangiles (8:3 ; 9:58). C’est Luc encore qui seul le montre pleurant sur Jérusalem. Et de quelle façon, par quels traits qui ne se retrouvent pas ailleurs, sont dépeints les terribles effets de l’agonie sur son corps humain, — la sueur de sang en Gethsémané !

On peut remarquer, d’autre part, que c’est dans les paraboles de cet évangile que l’on voit des hommes essayant de se prémunir contre le chagrin, en amassant des biens, en faisant bonne chère, en dupant les autres, mais tout cela sans autre résultat que de rendre leur fin plus terrible encore.

 

2                    Une joie profonde et sûre

N’y a-t-il donc que peines et pleurs ici-bas ?

Non, certes. «Voici, je vous annonce un grand sujet de joie». Tel est le thème nouveau, apporté du ciel. Cette magnifique déclaration des anges remplit tout l’évangile de Luc et lui donne son cachet le plus marqué. Le monde ne veut pas recevoir cette bonne nouvelle, mais ceux qui s’approchent de Jésus avec foi ont part à la joie qui faisait exulter les anges.

De fait c’est une vingtaine de fois que revient dans ce livre le terme «joie», ou «se réjouir», et à plus d’une reprise il emploie celui de «grande joie».

La naissance du précurseur, Jean, sera, dit l’ange à Zacharie, «un sujet de joie et d’allégresse», et plusieurs s’en réjouiront» (1:14). Encore dans le sein de sa mère, Jean tressaille de joie à la salutation de celle qui sera la mère de son Seigneur (v. 44), tandis que l’esprit de celle-ci «se réjouit» (v. 47). Le «grand sujet de joie» proclamé lors de la naissance de Jésus soulève les bergers, Siméon, Anne, tous ceux qui attendaient la délivrance. Sans doute, «une épée transpercera ta propre âme», est-il dit à Marie ; sans doute, Jésus annoncera à ses disciples que les hommes les battraient et les retrancheraient de leur société, mais à travers toutes ces choses, leur dit-Il, «réjouissez-vous et tressaillez de joie» (6:23). «Bienheureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez» (6:21). Il s’agit d’une joie profonde et sûre, celle de la récompense céleste plus tard, et dès maintenant celle de la faveur de Dieu. Les exercices profonds qui accompagnent l’entrée dans ce royaume divin (cf. Actes 14:22) sont bien différents de la joie superficielle, mais éphémère, éveillée par la prédication de la Parole dans des coeurs légers (8:13). La joie même d’un service actif peut être décevante (10:17), mais pour qui sait son nom écrit dans les cieux, quelle joie ! (v. 20). Jésus lui-même, «en cette même heure, se réjouit en esprit», et loua le Père parce que ces choses étaient cachées aux sages et aux intelligents et révélées aux petits enfants (v. 21). C’est la joie même du ciel, celle de Dieu et de sa maison, évoquée de façon incomparable dans les paraboles de Luc 15. Celle du pécheur sauvé lui fait écho sur la terre, et c’est la joie de Zachée recevant dans sa maison, où le salut entre avec Lui, le Fils de l’homme venu chercher et sauver ce qui était perdu (19:10), alors que celui qui avait préféré ses biens terrestres à Jésus était devenu «fort triste» (18:23). Un peu plus tard, la multitude des disciples est transportée de joie quand Jésus entre à Jérusalem (19:37).

Quelle joie enfin quand, la Passion accomplie, la résurrection dissipe toutes les ombres ! «De joie» les disciples osent à peine croire lorsqu’ils voient le Seigneur (24:41). Il lève tous leurs doutes, Il les instruit, de sorte que, lorsque le moment est venu de les quitter pour être élevé dans le ciel, et qu’Il le fait en les bénissant, c’est dans une «grande joie» qu’ils s’en retournent à Jérusalem, pour être «continuellement dans le temple, louant et bénissant Dieu» (24:53).

 

3                    Se réjouir DANS le Seigneur

«Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur». Avec Lui sans doute, mais en Lui. Parce qu’Il a été ici-bas. Parce qu’Il est dans le ciel. Parce qu’Il reviendra. Il y a joie dans le ciel et joie sur la terre. La joie du ciel est placée dans le coeur de ceux qui sont encore sur la terre où les tribulations elles-mêmes, qui ne manquent pas, deviennent sujet de joie (Jacques 1:2). «Comme attristés, mais toujours joyeux», dit l’apôtre de lui-même et de ses imitateurs (2 Cor. 6:10). Tel l’a vu son «bien-aimé» compagnon, l’évangéliste de la joie.