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LE FILS DE L’HOMME, SEIGNEUR DU SABBAT

 

 

André Gibert

 

 

Car le fils de l’homme est seigneur du sabbat — Matthieu 12:8

Le sabbat a été fait pour l’homme, non pas l’homme pour le sabbat ; de sorte que le fils de l’homme est seigneur aussi du sabbat — Marc 2:27, 28 (*)

(*) Notre objet n’est pas de traiter toute la question du sabbat. Nous recommandons vivement là-dessus : J. L. Le sabbat et le premier jour de la semaine ; Le Sabbat et le jour du Seigneur (3° éd. 1908). Le sujet est envisagé de façon plus large dans : J. N. D. Le Sabbat, ou : Qui est mort, la loi ou moi ? (3° éd. 1908)

Les titres et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest ; ME 1966 p. 169

Table des matières :

1     Le titre de Fils de l’homme

2     Le privilège de participer au repos de Dieu : le sabbat

3     Les meilleurs commandements se tournent en condamnation pour l’homme

4     Le repos et les droits du Fils de l’homme, Seigneur du sabbat

5     Usage du sabbat par le Seigneur et par les hommes religieux

6     Une nouvelle position de l’homme vis-à-vis du sabbat

6.1      Un repos en dehors de la première création

6.2      Repos pendant le règne de Christ et l’état éternel

6.3      Le sabbat présentement

 

1                    Le titre de Fils de l’homme

Le titre de Fils de l’homme, que Jésus, et lui seul, emploie ordinairement dans les évangiles pour se désigner, a une double portée. Il évoque l’abaissement de Celui qui sans jamais cesser d’être Dieu a «été fait à la ressemblance des hommes». Il atteste d’autre part la réelle aussi bien que parfaite humanité de Christ, l’homme tel que Dieu le voulait. Il est «l’héritier des destinées de l’homme selon l’intention et les conseils de Dieu» (J.N.D.) ; il détient tous les droits qui dans ces conseils appartiennent à l’homme, tout ce dont Adam pécheur a été dépossédé mais que sa déchéance ne pouvait annuler, car le propos de Dieu date d’avant la fondation du monde.

 

2                    Le privilège de participer au repos de Dieu : le sabbat

De toutes les prérogatives dont l’homme devait jouir, aucune n’est plus élevée que celle de participer au repos de Dieu. Dieu «se reposa le septième jour de toute son oeuvre» (Gen. 2:2), et Il «bénit et sanctifia» (Gen. 2:3 ; Ex. 20:11) ce jour, à l’intention de l’homme. «Le sabbat a été fait pour l’homme». Adam eût goûté ce repos s’il était resté innocent ; sa chute a entraîné pour lui, pour sa race, et pour la création dont il était le chef, le désordre, les souffrances, les soupirs, la mort. Il n’y a pas de repos ici-bas.

Ce n’est pas que dans cette création souillée et troublée Dieu n’ait pas convié l’homme à jouir de la bénédiction attachée au septième jour. Il l’a fait d’une manière spéciale quand, après les temps où l’homme avait été mis à l’épreuve sans loi, Il s’est choisi un peuple. Il le tire d’esclavage, le prend à ses soins, le nourrit de la manne, et c’est alors qu’il lui enseigne «le repos, le sabbat consacré à l’Éternel», mais comme un don de grâce : «L’Éternel vous a donné le sabbat» (Ex. 16:29). Quel privilège d’être associé au repos sabbatique (Héb. 4:9) de Dieu ! garder le sabbat ne devrait donc pas être pénible. Hélas, cela implique l’obéissance à Dieu, et d’emblée le coeur humain regimbe (Ex. 16:23-30). Peu après, ce commandement donné par grâce prend place dans la loi de Sinaï comme signe à la fois du repos de Dieu dans la création, et de l’alliance entre l’Éternel et Israël (Ex. 31:16, 17). C’est un commandement saint, juste et bon comme tous les autres, mais comme eux contraignant : il fallait l’observer pour que la relation dans laquelle Dieu plaçait son peuple fût maintenue et qu’Il pût le bénir.

 

3                    Les meilleurs commandements se tournent en condamnation pour l’homme

Le sabbat était comme à nouveau «fait pour l’homme», pour son bien, son bonheur. Mais qu’est-ce que l’homme allait faire du sabbat ?

Nul enfant d’Adam, fût-il Israélite, n’est capable de garder la loi ; la chair ne peut garder l’alliance que Dieu fait avec elle. Le sabbat est un bienfait dont la jouissance dépend de relations morales avec Dieu, auxquelles la nature pécheresse est réfractaire. Elle secoue ce joug importun, parce qu’elle «ne recherche pas Dieu» mais le fuit. Dès le désert, et toujours davantage ensuite, «le saint jour de l’Éternel» a été «profané», malgré les avertissements et les reproches des prophètes, et le commandement le plus propre à faire vivre se tourne contre le peuple infidèle et le condamne (lire entre autres Ézéchiel 20).

En apparence les choses étaient autres au temps de Jésus. Ce n’était plus la désobéissance ouverte. La maison avait été balayée et ornée (Matt. 12:44). On professait un grand respect pour les commandements et surtout pour celui du sabbat, par quoi les Juifs s’opposaient aux nations comme le peuple de l’Alliance. Mais la lettre tue : attachés à elle, ces hommes religieux n’avaient pas de lien réel avec Dieu, ils l’honoraient des lèvres tandis que leurs coeurs en étaient éloignés. Ils faisaient servir le sabbat à leur propre satisfaction, s’honorant eux-mêmes en prétendant l’honorer, alors qu’ils le réduisaient au rôle de pivot de leur religion de la chair. Ils insistaient sur le signe d’un repos qui n’existait aucunement «à cause de la souillure qui amène la ruine» (Michée 2:10). Les conséquences du péché, maladie, infirmités, cécité, en témoignaient, le sabbat comme les six autres jours. L’épreuve de l’homme par la loi était faite : il avait bien perdu tout droit à jouir du repos de Dieu.

C’est ce que la présence de Jésus met en lumière.

 

4                    Le repos et les droits du Fils de l’homme, Seigneur du sabbat

Le Messie est présenté à Israël. Si ce peuple se trouve dans une bonne condition morale, disposé à garder l’alliance dont le sabbat est le signe, qu’il reçoive son Roi ! Sous son autorité salutaire, délivré de toute autre sujétion, il obéira avec joie à la loi sainte de Dieu.

Mais on ne veut pas de Lui. Rejeté, il n’insiste pas sur ses droits royaux, et il émerge, pour ainsi dire, dans son caractère de Fils de l’homme, avec des droits bien supérieurs à ceux du Messie. Seulement, l’état de ce monde ne lui permet pas d’en jouir. «Le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête» : ce premier emploi du titre, en Matt. 8:20, est significatif, car c’était dire que l’homme pour qui a été fait le sabbat, le seul qui eût le droit de jouir d’un repos de Dieu, n’avait pas de repos. ni de lieu de repos ici-bas. Et Il est bien plus encore, il est «Seigneur du sabbat». Il l’est comme l’héritier, selon les conseils divins, de tout ce qui est pour la bénédiction de l’homme, il en dispose à son gré, et, en tant que Dieu manifesté en chair, il est Celui qui a donné le sabbat et en est le maître.

 

5                    Usage du sabbat par le Seigneur et par les hommes religieux

Qu’est-ce donc que ce Fils de l’homme, Seigneur du sabbat, va faire du sabbat ? Ce qu’Adam et sa race n’avaient pu faire : en user selon la pensée de Dieu.

Toute sa perfection brille là, dans l’exercice d’une autorité souveraine, mais inséparable de la volonté de Dieu. Qu’il soit vu comme Emmanuel, Dieu avec nous, ou comme le serviteur et prophète de l’Éternel, ou comme un «homme approuvé de Dieu» au milieu des hommes, ou qu’enfin transparaisse sa gloire de Fils unique de la part du Père, il est toujours l’homme dépendant. Il ne cherche pas sa volonté mais la volonté de Celui qui l’a envoyé. Il est descendu du ciel pour cela.

L’homme pécheur avait perdu le sabbat, il n’y avait pas de repos ; Jésus est là parce que Dieu ne peut jouir de son repos dans sa création ruinée, et qu’Il est à l’oeuvre en grâce. Son amour aurait-il pu laisser sa créature dans sa condition misérable, et se reposer ? «Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille» (Jean 5:17), dit le Fils de l’homme qui, travaillant ainsi comme Fils de Dieu, guérissait un jour de sabbat, mais qui chaque jour, sans repos pour lui-même, appelait les fatigués et les chargés, pour leur donner le repos, et les exhortait à prendre sur eux son joug pour trouver «le repos de leurs âmes».

Sa présence mettait en évidence les conséquences du péché, et par sa parole et ses actes il en dévoilait la triste cause. Il produisait au grand jour la preuve que les plus zélés observateurs du sabbat avaient le coeur éloigné de Dieu. En effet, lorsque du bien était fait ce jour-là, ou simplement que des disciples satisfaisaient légitimement leur faim, ils s’opposaient au bien, ignorants qu’ils étaient du Dieu qui veut miséricorde et non pas sacrifice. Jésus souligne ce que cette ignorance a de coupable : «N’avez-vous pas lu ?...» Et au lieu de s’incliner devant la puissance de Dieu «qui est là pour les guérir» et de reconnaître sa bonté, ils repoussent Jésus. «Il y a ici quelque chose de plus grand que le temple», que le sabbat, que la loi, il y a Dieu révélé dans un homme, avec tous les signes de sa sagesse, de sa sainteté, de sa grâce, mais on ne veut pas de Lui.

Ces hommes religieux avaient la loi de Dieu mais n’y trouvaient pas Dieu : ils en avaient fait leur loi (Jean 15:25 ; 19:7), et elle leur cachait Dieu. Quand ils ont devant eux Dieu manifesté en chair, les formes de leur religion le leur cachent. Sans cela ils auraient compris que puisque l’homme peine et souffre le jour du sabbat c’est que les choses ne sont pas en ordre, ils auraient avoué leur impuissance à y apporter remède, et béni Dieu d’en avoir préparé un. Mais non. Ils prétendent se reposer quand Dieu ne le peut pas, et, «Dieu étant en Christ, réconciliant le monde avec lui-même» (2 Cor. 5:19), ils ne veulent pas de Christ. «Les Juifs cherchaient d’autant plus à le faire mourir, parce que non seulement il violait le sabbat mais aussi parce qu’il disait que Dieu était son propre Père» (Jean 5:18). Aveugles, les chefs de ce siècle se cramponnent au sabbat, qui les condamne, parce qu’ils en usent pour eux, et ils refusent le Seigneur du sabbat, qui veut les délivrer.

Ils le poursuivront de leur haine, ils le mettront à mort : au nom de «leur loi» (Jean 19:7), ils feront verser «le sang de ce juste» en disant : «Qu’il soit sur nous et sur nos enfants» (Matt. 27:24, 25). L’alliance est rompue, et son signe même, qui est celui du repos de la première création, est englouti dans la mort : le corps du Fils de l’homme, Seigneur du sabbat, passe le jour du sabbat dans le tombeau.

 

6                    Une nouvelle position de l’homme vis-à-vis du sabbat

6.1   Un repos en dehors de la première création

Mais cette mort même fonde de toutes nouvelles relations avec Dieu, et change totalement la position de l’homme vis-à-vis du sabbat. Christ, le Fils de l’homme Seigneur du sabbat, introduira des hommes, nés enfants d’Adam mais nés de nouveau, dans le vrai repos de Dieu. Le premier jour de la semaine, ressuscité, il apporte aux siens la paix et la joie, dans un domaine entièrement nouveau, en dehors des relations terrestres et de la première création. «Ne me touche pas... Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu». Ils appartiennent, par delà la mort, par la vie de résurrection, à une création nouvelle.

 

6.2   Repos pendant le règne de Christ et l’état éternel

Il est bien vrai qu’un jour le sabbat de l’Éternel aura de nouveau sa place sur la terre, quand la création présente elle-même sera «affranchie de la servitude de la corruption, pour jouir de la liberté de la gloire des enfants de Dieu», et que Dieu, donnant ses lois, les aura écrites sur le coeur aussi bien que mises dans l’entendement d’un Israël nouveau (Rom. 8:21 ; Héb. 8:10). Le Fils de l’homme venu en gloire instaurera ici-bas son règne de justice et de paix pour que la créature en jouisse et que Dieu se repose dans son amour (Soph. 3:17). Ce ne sera pourtant que le prélude au repos éternel, quand Christ «aura remis le royaume à Dieu le Père» (1 Cor. 15:24). Alors s’établira l’éternel repos sabbatique dont le sabbat terrestre n’aura été qu’une figure. Fondé sur la rédemption, toutes choses étant par Christ réconciliées avec la plénitude (Col. 1:20), rien, à jamais, ne troublera ce repos.

 

6.3   Le sabbat présentement

Présentement, le Fils de l’homme, glorifié dans le ciel, est encore rejeté par la terre, et il attend le moment de sa manifestation en gloire. «Nous qui avons cru, nous entrons dans le repos» (Héb. 4:3), mais sa possession est encore à venir, et nous sommes ici-bas dans la peine et le labeur pour y vivre de cette foi qui est l’assurance des choses qu’on espère (Héb. 10:36 ; 11:1). Vouloir observer maintenant le sabbat, ou en transférer le caractère au premier jour de la semaine (le jour du Seigneur), c’est méconnaître la seigneurie de Christ : ainsi les Juifs prétendaient-ils assujettir à leur sabbat le seigneur du sabbat. C’est en quelque mesure Le méconnaître Lui-même, Fils de l’homme élevé dans le ciel, chef du salut amenant plusieurs fils à la gloire, introducteur de la nouvelle création, «premier-né de la création de Dieu».

Qu’il nous soit précieux, si faiblement que nous Le connaissions, de considérer ce Fils de l’homme quand il était ici-bas, rejeté mais maître du sabbat et en disposant pour guérir, et de le voir glorifié, ayant acquis par ses souffrances et sa mort le droit d’en disposer désormais comme l’héritier et le donateur du «repos sabbatique qui reste pour le peuple de Dieu». Il «est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père» !