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Baruch, fils de Nérija

 

par André Gibert

 

1                    BARUC,  FILS  DE  NÉRIJA    Jérémie 45

ME 1962 p. 207

«En la quatrième année de Jéhoïakim, fils de Josias», l’Éternel venait de porter à Juda les premiers coups de la verge dont il l’avait menacé après bien des avertissements sans résultat ; c’était la première année de Nébucadnetsar, roi de Babylone, et celui-ci, après avoir vaincu le roi d’Égypte dont Jéhoïakim était tributaire, était venu à Jérusalem, l’avait assiégée, avait pillé le temple et transporté des captifs en Chaldée (*). Le roi et son peuple, sous ces coups, reviendraient-ils de leurs mauvaises voies ? Tout montrait que non. Aussi l’Éternel confirme-t-il, en les faisant fixer par écrit afin de les faire lire solennellement un peu plus tard, les prophéties qu’avait prononcées Jérémie jusqu’alors (2*). L’homme appelé à les écrire, Baruc, scribe de famille influente, confident et secrétaire de Jérémie (3*), est à ce moment l’objet d’un message particulier de l’Éternel, pour l’avertir et l’encourager : tant il est difficile à quelqu’un dont les affections pour le peuple de Dieu sont vives, d’accepter que le déclin de ce peuple en soit au point de ne comporter d’autre issue que le jugement. La foi a besoin alors d’être enseignée et fortifiée pour témoigner qu’elle compte sur la seule fidélité de Dieu qui glorifiera sa grâce et accomplira ses promesses, quand tout a tristement manqué de la part de l’homme.

(*) Cf. Jér. 25:1 ; 2 Rois 24:1 ; Daniel 1:1, 2.

(2*) Jér. 45:1 ; 36:9-32.

(3*) Jér. 51:59 ; 32:12 ; 36:4.

Jérémie lui-même n’avait compris cela que peu auparavant. Les vingt premiers chapitres de son livre, où nous trouvons ces prophéties antérieures à la quatrième année de Jéhoïakim, montrent par quels exercices le prophète avait dû passer. Il y avait 23 ans qu’il prophétisait (*), en des accents tour à tour véhéments et touchants, pour appeler le peuple à retourner à l’Éternel. Il avait vu, il est vrai, un réveil sous Josias : il avait commencé son service moins d’un an après que ce roi fidèle avait entrepris de purifier Juda et Jérusalem, (2*) et cinq ans après le temple était réparé, la loi retrouvée, une Pâque célébrée. Hélas ! la chute avait repris, accélérée, et Jérémie doit parler du «péché de Juda écrit avec un style de fer, une pointe de diamant, gravé sur la table de leur coeur» (3*). Mais il continue de plaider en faveur de ce peuple, bien que Dieu, dont la patience est lassée, lui ait dit à trois reprises de ne plus le faire (4*). Jusqu’à ce qu’enfin il s’incline : «Tu m’as entraîné, ô Éternel,... tu m’as saisi, et tu as été le plus fort» (5*). Faisant taire son âme comme un enfant sevré, (6*) pleurant sur sa nation mais soumis et confiant, il est désormais le témoin que Dieu soutient dans sa faiblesse et rend inébranlable comme «une muraille d’airain bien forte» (7*). Il pressera le peuple et ses chefs de se repentir et de reconnaître qu’ils méritent le châtiment tombé sur eux. Lui courbe la tête, accepte la terrible affliction. Se soumettre à Babylone, c’est se soumettre à Dieu, dont Nébucadnetsar est alors le «serviteur» (8*). Résister, chercher des alliés contre les Chaldéens, se tourner vers l’Égypte, c’est provoquer l’Éternel, rompre avec toute vraie bénédiction et toute espérance. Jérémie ne cesse de témoigner ainsi depuis le début du règne de Jéhoïakim (9*) jusqu’à la catastrophe finale sous Sédécias, vingt ans plus tard. Sa fidélité dresse tout le monde contre lui, roi, princes, peuple, malgré quelques sympathies providentielles. Il est tenu pour traître. En fait, son ministère n’est que l’occasion pour Juda d’aggraver sa rébellion, dans une idolâtrie persistante. Jérémie aurait été mis à mort si, à plusieurs reprises, Dieu ne l’avait délivré comme Il le lui avait promis (10*).

(*) Jér. 25:3.

(2*) Cp. Jér. 1:1 et 2 Chr. 34:3.

(3*) Jér. 17:1.

(4*) Jér. 7:16 ; 11:14 ; 14:11.

(5*) 20:7.

(6*) Ps. 131.

(7*) Jér. 15:20.

(8*) Jér. 27:6.

(9*) Jér. 26:1.

(10*) Jér. 15:20, 21.

Et pourtant, qui aimait sa nation plus que ce prophète au coeur sensible ? Qui s’est affligé comme lui au fur et à mesure que s’exécutaient les jugements ? Quelles lamentations fera entendre ce Juif pieux sur la ville détruite, ce sacrificateur sur le temple profané et démoli ! Par quelles détresses morales n’a-t-il pas passé avant que luise à ses yeux l’aube d’un espoir de restauration ?

S’il est en tout cela un type de résidu fidèle en quelque temps de ruine que ce soit, et spécialement du Résidu juif de l’avenir, il l’est bien plus encore de Christ lui-même, le grand prophète, le vrai serviteur, le parfait témoin. Quand Jésus est venu ici-bas, parlant les paroles de Dieu et faisant le bien, il a été rejeté, et l’état de péché du peuple (celui de tous les hommes) en a été rendu plus évident et plus coupable. Parce qu’il apportait la grâce et la vérité on lui a rendu la haine pour son amour, la nation l’a traité en ennemi, (*) et il a été l’homme de douleurs. Aussi, une fois son témoignage rendu, il n’y a plus lieu pour lui d’intercéder, il doit dire : «Malheur à vous...» Mais avec quelle tristesse ! «Que de fois», dit-il en pleurant sur Jérusalem, «j’ai voulu rassembler tes enfants... et vous ne l’avez pas voulu». Il pleure devant le terrible asservissement de l’homme à Satan et à la mort, il souffre de tout ce que son peuple rebelle devra souffrir et de la détresse que devra connaître le Résidu futur pour devenir le noyau béni d’un peuple nouveau. Les psaumes sont pleins de l’expression prophétique de ces douleurs dans lesquelles Christ est entré par anticipation.

(*) Ps. 109:4, 5 ; És. 49:7.

Jérémie, lui, ne pouvait qu’imparfaitement réaliser cette position, car il avait part à l’infidélité qui devait être châtiée, alors que Christ, sans péché, s’est placé volontairement sous les conséquences de cette infidélité des autres. Jérémie, d’autre part, ne pouvait aller plus loin que gémir sur ces conséquences et s’humilier, alors que Christ a pris sur lui l’iniquité elle-même afin de l’expier sous le jugement de Dieu. «L’Éternel a fait tomber sur Lui l’iniquité de nous tous». Sans cette oeuvre expiatoire, l’homme n’aurait d’autre perspective que la colère, à jamais (*).

(*) Nous recommandons vivement la lecture des deux opuscules de H. R. : «Sommaire du livre de Jérémie», et «Les Lamentations de Jérémie et leur application au temps présent».

C’est en voyant ainsi dans Jérémie une figure de Christ comme témoin fidèle et véritable que la place tenue auprès de lui par Baruc nous apparaît pleine d’instruction.

Il est son compagnon, il se montre étroitement attaché à lui, à ses intérêts ; il est en contact avec lui dans sa prison (*), il partage ses afflictions, ses périls, et ses délivrances (2*), il sera à ses côtés quand le peuple entraînera Jérémie en Égypte après la chute de Jérusalem (3*).

(*) Jér. 32:2, 12 ; 36:5.

(2*) Jér. 36:26.

(3*) Jér. 43:6.

Il est le dépositaire de la parole prophétique, sans être lui-même prophète. Il l’écrit sous la dictée de Jérémie, en fidèle scribe (*), et il conserve cette sainte Écriture.

(*) Jér. 36:4, 32 ; 45:1.

Il en est le héraut au moment prescrit par Dieu : il la lit exactement au peuple rassemblé, puis aux princes, et elle sera portée ensuite sous les yeux du roi (*). Celui-ci, dans son impiété, veut-il la détruire en jetant au feu le rouleau qui la contient, Baruc se retrouve pour écrire sous la dictée de Jérémie et pour conserver un nouveau rouleau, où «il fut ajouté plusieurs paroles semblables» données par le même Esprit (2*).

(*) Jér. 36:9-26.

(2*) Jér. 36:32.

Cet attachement au vrai témoin, cette obéissance, cette exactitude à recueillir et à garder la Parole, sont autant de traits d’un résidu pieux au sein de l’apostasie générale. Ils se retrouveront dans «les sages qui enseigneront la multitude» au cours des plus sombres moments de l’histoire du peuple terrestre (*). Ils ont été ceux des disciples dont Jésus s’est entouré ici-bas (2*). Et ce sont ceux que le Seigneur reconnaît à Philadelphie : «Tu as gardé ma parole, et tu n’as pas renié mon nom», — la parole de sa patience, son nom de saint et de véritables (3*) : elle tient la Parole de Lui, et la garde.

(*) Dan. 11:33 ; 12:3.

(2*) Luc 22:28.

(3*) Ap. 3:7, 10.

Baruc avait part à l’opprobre du prophète, et comme lui il gémissait sur le sort de ce peuple à qui il signifiait le jugement, ce peuple de Dieu, infidèle et coupable mais auquel il tenait par toutes ses fibres. «Malheur à moi, disait Baruc accablé, car l’Éternel a ajouté le chagrin à ma douleur ; je me suis fatigué dans mon gémissement, et je n’ai pas trouvé de repos». Mais il semble que, tandis que Jérémie avait prié l’Éternel jusqu’à dépasser les limites de la patience divine, Baruc, lui, ne pouvant consentir à l’abaissement de sa nation, eût souhaité agir. Il se résignait d’autant moins, peut-être, que sa naissance le prédisposait à jouer un rôle de premier plan. «Tu chercherais pour toi de grandes choses ?» doit-il lui être dit. Il se peut qu’il ait songé à entraîner des patriotes contre l’envahisseur, à former un parti, à trouver des alliances au dehors. Il n’est pas possible, pensait-il avec amertume, que Jérusalem soit à ce point humiliée ! Ainsi, de nos jours, des coeurs sincèrement affligés de l’état de l’Église chrétienne tentent-ils de grands efforts pour la relever, et recherchent dans le monde tous les concours susceptibles, estiment-ils, de lui redonner de l’éclat.

Non, dit l’Éternel à Baruc. «Ne cherche pas ces grandes choses», pas plus pour toi que pour ton peuple. Renonce-toi, apprête-toi à souffrir incompris, calomnié, en exhortant ce peuple à se courber sous les châtiments divins. Ne prétends pas faire quoi que ce soit, sinon m’obéir. «Tu as peu de force», est-il dit à Philadelphie. Mais comme au Philadelphien «une porte ouverte» est mise devant Baruc. La puissance divine qui châtie Juda gardera le faible témoin face à l’opposition de ceux qui ne veulent pas convenir de la ruine et de son seul remède. «Je te donnerai ta vie pour butin, partout où tu iras». Ta vie, rien de plus ; mais que désirerais-tu d’autre ? Tout ce dont tu pourrais te vanter, tout ce que tu crois posséder, sera consumé. C’est en tant que dépouillé que tu seras invulnérable. De fait l’Éternel l’a caché, avec Jérémie, et il a échappé à ses ennemis. Grande et réconfortante leçon : il y aura toujours un témoignage reconnu de Dieu, si méconnu qu’il soit du monde, et si petit qu’il soit à ses propres yeux. Pour en faire partie il faut dépouiller toute prétention à être quelque chose, estimer avec Paul «comme des ordures» les choses qui étaient un gain, et se détourner de cette considération et de ces honneurs que le monde sait si bien faire miroiter devant le chrétien. Sa force est dans sa faiblesse même qui le rejette entièrement sur Dieu.

«Chercher de grandes choses» est le propre de l’homme naturel, dans son orgueil et son égoïsme. Sa langue «se vante de grandes choses», (*) sa révolte finale s’exprimera par «une bouche proférant de grandes choses» (2*). Mais n’est-ce pas aussi la jactance de Laodicée : «Je suis riche, et je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien» ? N’est-ce pas ce que l’on entend aujourd’hui de bien des côtés, même chez ceux qui devraient être mieux instruits des caractères des «temps fâcheux» ? N’est-ce pas ce que nous sommes continuellement portés à faire, obligeant le Seigneur à étendre sa main sur nous pour que nous baissions la tête, parce qu’Il châtie ceux qu’Il aime, et parce que le jugement commence par sa propre maison ? Ne voit-on pas les croyants qui dénoncent l’apostasie prête à se consommer selon que l’Écriture l’annonce et que l’expérience le montre, passer pour des ennemis de l’Église, des défaitistes, de mauvais chrétiens ? Ainsi accusait-on Baruc de trahison, pour avoir enfin compris ces choses (3*).

(*) Jacq. 3:5.

(2*) Apoc. 13:5 ; Dan. 7:8.

(3*) Jér. 43:3.

Il avait été enseigné à voir dans une soumission douloureuse mais confiante, le chemin de l’obéissance et par conséquent de la bénédiction. Nous le sommes comme lui, et comme le sera ce résidu de l’avenir qui dira : «Je n’ai pas marché dans des choses trop grandes et trop merveilleuses pour moi», afin de pouvoir dire : «Israël, attends-toi à l’Éternel, maintenant et à toujours» (*). Tout semble perdu, et l’est bien quant à l’homme en dépit des illusions et des prétentions à la richesse et à la puissance spirituelles. Les fidèles de ce temps ne peuvent que souffrir en constatant, derrière les plus brillantes apparences de ferveur religieuse et même de respect de la Bible, le mépris effectif de la «parole de la patience» de Jésus et de «la promesse de sa venue».

(*) Ps. 131:1, 3.

Mais ils ont à trouver précisément là le secret pour tenir ferme. Cette même Parole leur enseigne qu’aux derniers jours «des moqueurs viendront» avec leurs sarcasmes contre cette promesse, et celle-ci s’en trouve confirmée, pour la foi. Souffre, ne cherche pas de grandes choses, mais «tiens ferme ce que tu as», et «je te garderai de l’heure de l’épreuve qui va venir...» Tel est l’écho pour nous de ce que Baruc a entendu : «Je fais venir du mal sur toute chair... ; mais je te donnerai ta vie pour butin». Il faut qu’un reste fidèle soit conservé et amené jusqu’à l’accomplissement du propos de Dieu.

Baruc est appelé à entrer dans le sanctuaire pour comprendre ce propos. C’est l’Éternel qui châtie son peuple, mais pourquoi, sinon parce qu’Il tient à lui ? Les nations qu’il emploie agissent avec haine, aussi sa colère les atteindra-t-elle ensuite, mais il frappe d’abord les siens, afin de les purifier et de les bénir plus tard comme un peuple nouveau. Le jugement n’est pas l’objet final de Dieu, mais son oeuvre étrange, son travail inaccoutumé (*). Le résultat sera sa gloire, à laquelle les humbles fidèles seront associés.

(*) És. 28:21.

Les Barucs de toutes les époques de ruine ont à porter témoignage de cette ruine même et de ses conséquences, savoir le renversement et la destruction de ce que Dieu avait établi et que l’homme a gâté. Ils ne sauraient se complaire à proclamer d’aussi tristes choses, ils en gémissent, et quant à eux-mêmes ils disent : «Ce sont les bontés de l’Éternel que nous ne sommes pas consumés» (*), car nous ne méritions rien d’autre. Mais ils entendent la voix de Dieu qui dit : «Ce que j’avais bâti, je le renverse, et ce que j’avais planté, je l’arrache, — tout ce pays». N’est-ce pas aussi touchant que solennel ? Ce n’est pas seulement que dans ce tourbillon dévastateur il n’y a pas de place pour de grandes choses humaines et que n’être pas consumés est l’effet d’une grâce merveilleuse. Mais ce tourbillon emporte ce à quoi Dieu tient plus que nous. Lui qui emploie la verge, est-il insensible ? Comment serait-il insensible aux tribulations de son peuple, si nécessaires soient-elles ? Il suffit de lire les prophètes et les psaumes pour être saisi par tant d’expressions de regret et de douleur. «Oh ! si tu avais voulu m’écouter ! ... Oh ! si mon peuple m’avait écouté !» (2*). «Oh ! si tu avais fait attention à mes commandements !» (3*) ... «Mon peuple, que t’ai-je fait, et en quoi t’ai-je lassé ?» (4*).

(*) Lam. 3:22.

(2*) Ps. 81:8, 13.

(3*) És. 48:18.

(4*) Michée 6:3.

Était-ce peu pour l’Éternel que de renverser le temple qu’il avait fait bâtir en ce lieu dont il avait dit qu’il y mettait son nom, et que ses yeux et son coeur seraient toujours là ? (*) Il avait planté Israël sur la montagne de son héritage, c’était sa vigne dont il disait : «Et moi, je t’avais plantée, un cep exquis, une toute vraie semence» (2*), et il l’arrachait. Était-ce peu pour son coeur ?

(*) 2 Chron. 6:20 ; 7:16.

(2*) Jér. 2:21.

Et n’est-ce rien maintenant que de commencer le jugement par sa maison ? N’est-ce rien pour Christ d’avoir dû déjà ôter tant de lampes de leur lieu et combattre par l’épée de sa bouche dans son Église même, de devoir jeter sur le lit d’une grande tribulation ses esclaves entraînés à la fornication par une Jésabel, de s’apprêter à venir comme un voleur sur celui qui ne veille pas, et à vomir de sa bouche cette Église appelée de son nom, dont il n’a cessé de s’occuper avec tant de patience, tant d’amour, tant de fidélité dans les avertissements les plus solennels ? Ah ! puissent ceux qui se sentent tenus par obéissance de se séparer du mal, accompagner leur témoignage de l’évidence d’une affliction profonde, née de l’amour porté à ce que Christ avertit encore, même mis à la porte et frappant du dehors !

Mais serait-ce tout ? Non certes. La foi qui s’incline sous le jugement présent se tourne vers l’avenir de gloire et de bonheur dont les visions resplendissent d’autant plus. Baruc avait à considérer les grandes choses qui appartiennent à l’Éternel, celles qu’Il fera «pour ceux-ci», «le peuple des réchappés de l’épée» (*), et il a eu le privilège de transcrire dans des termes magnifiques les promesses rappelées et confirmées (chap. 31 à 33).

(*) Ps. 126 ; Jér. 31:2.

Se soumettre à la discipline, bien loin de décourager, donne à la patience clarté et soutien (*). Le joug de Babylone ne devait, selon la parole même de Jérémie, durer qu’un temps limité, 70 ans (2*), après quoi tomberaient sur Babylone des jugements prédits avec l’éloquence la plus forte peut-être de toute la prophétie (3*). Le monde contre les assauts duquel nous nous sentons impuissants sera jugé, lui aussi, et dans une bien autre mesure, à commencer par le monde christianisé rejeté par Christ et devenu la Babylone de l’Apocalypse. Mais la promesse faite à Philadelphie d’être gardée «de cette heure» nous parle d’une chose grande entre toutes les grandes : Christ va enlever les siens, pour que Dieu les «ramène» ensuite en triomphe avec Lui (4*). Ne vaut-il pas la peine de prendre place parmi les affligés et les contrits, les quelques-uns qui se parlent l’un à l’autre, et qui, dans la nuit déjà fort avancée, attendent le lever de l’étoile du matin ? Le livre de souvenir de Dieu est écrit pour de tels.

(*) Héb. 10:35-39 ; 12:5-11.

(2*) Jér. 25:11, 12.

(3*) Jér. 50 à 51.

(4*) 1 Thess. 4:14 ; 2 Thess. 1:10.

Les contemporains de Baruc pouvaient dire de lui : Quelle pauvre vie, quelle vie manquée ! Combien de vies que le monde aura ainsi tenues pour manquées, et dont Dieu en son jour révélera la grandeur, celle d’un témoignage fidèle dans son obscurité ! Envions une telle part. «Garder la parole» est méprisable pour le monde, mais il n’est rien au-dessus aux yeux de Dieu. Baruc a conservé ce qu’il avait reçu, aussi les écrits que, sans être inspiré, il a transmis intacts, ont pu soutenir à Babylone des transportés pieux. Sa fidélité a permis qu’au terme des soixante-dix ans qui ont suivi cette quatrième année de Jéhoïakim, Daniel comprenne que la captivité allait finir, se tienne devant Dieu comme intercesseur, et reçoive à son tour d’autres prophéties. C’est grâce à Baruc que la voix de Jérémie, avec celle des autres prophètes, a encouragé les fidèles de siècle en siècle jusqu’au lever de l’Orient d’en haut (*). C’est grâce à lui que nous profitons aujourd’hui de ces livres de Jérémie qui sont tellement applicables à nos temps. Parce qu’il a transmis fidèlement ce dépôt, son nom et son témoignage prennent place dans le livre qui ne passera point. Ainsi, le faible témoin de Philadelphie sera fait «une colonne dans le temple de mon Dieu», dit Jésus.

(*) Luc 1:78 (et la note).

Ne nous laissons ni abuser ni décourager par l’état du monde, de la chrétienté, du témoignage, et, par-dessus tout, par notre propre état. Gardons-nous de ce qui peut donner l’illusion de grandes choses. La seule grande en ce temps-ci, et combien efficace, est de garder la Parole et de ne pas renier le nom du Seigneur : il faut plus d’énergie pour résister au courant que pour se laisser porter par lui. Ceux-là seuls le pourront qui, conscients de leur peu de force, et de la part qu’ils ont prise à la ruine, écoutent les leçons douloureuses mais nécessaires, par lesquelles Dieu veut leur apprendre comment vaincre. Se refuser à l’humiliation nécessaire équivaut à se désister de la qualité de témoin, et dire que ni cette qualité, ni la grâce qui la confère, n’ont beaucoup de prix pour nos coeurs.