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UNIS ENSEMBLE

 

André Gibert

ME 1947 p. 10

L’une des dernières recommandations de Paul aux Corinthiens est celle-ci : «Ayez un même sentiment», et le dernier souhait qu’il leur adresse est le suivant : «Que la communion du Saint Esprit soit avec vous tous» (2 Cor. 13:11, 13).

Dans les jours actuels, au milieu d’un monde toujours plus égoïste et plus dur, une des plus précieuses bénédictions que Dieu mette à notre disposition se trouve dans la réalisation pratique de l’amour fraternel. Ne laissons pas échapper cette inestimable ressource. Le réveil que le Seigneur a produit dans son Église avant son retour, et des bienfaisants effets duquel nous profitons encore, s’appelle Philadelphie, l’amour des frères. Le souhait le plus vif que nous puissions former est que nous ayons davantage ce caractère philadelphien.

Nous parlons beaucoup de «communion». Craignons d’en faire quelque chose de tout extérieur, qui aboutirait vite à la pire forme, et qui serait profanation d’une chose sacrée entre toutes. Au lieu d’abuser du mot jusqu’à en faire un Shiboleth redoutable, connaissons mi~eux la réalité de la communion fraternelle. On n’en jouit qu’au prix d’une vigilance continuelle, et dans la mesure où chacun se tient près du Seigneur. Il est nécessaire de nous laisser sonder par la Parole sur ce point, car nous ne sommes jamais plus portés à déplorer le manque d’amour de nos frères que lorsque nous en sommes nous-mêmes le plus dépourvus.

«Voici, qu’il est bon et qu’il est agréable que des frères habitent unis ensemble». Les expressions de ce beau psaume 133, célébrant la joie dont déborde un peuple longtemps dispersé et enfin rassemblé, nous sont familières, nous les lisons fréquemment au culte, mais elles nous apparaissent d’autant plus admirables qu’elles traduisent quelque chose de trop rare parmi nous.

L’Esprit de Dieu emploie dans ce psaume une double image pour parler de cette unité des frères en leur habitation.

C’est d’abord l’huile précieuse de l’onction sacerdotale (Exode 30:30). Elle était répandue sur la tête d’Aaron seul (Exode 29:7) au jour de sa consécration ; il en était bien fait aspersion ensuite, en même temps que du sang, «sur Aaron et ses vêtements, et sur ses fils et leurs vêtements» (v. 21), mais elle n’était «répandue» et ne coulait que sur le chef de la famille des sacrificateurs. Mis à part d’abord en lui-même, il l’était ensuite de façon officielle par ses vêtements de gloire et de beauté, et enfin l’onction, étendue de sa personne à ses vêtements, le rendait propre pour l’exercice de ses fonctions uniques. Tout son extérieur plein de majesté, depuis le sommet du saint diadème et le visage jusqu’aux extrémités de ces vêtements magnifiques frangés de grenades et de clochettes, participait à la même huile, au même parfum dont on oignait la tente, l’arche, la table, le chandelier, l’autel des parfums, l’autel des holocaustes, la cuve. L’huile excellente attestait que tout répondait à la sainteté de l’Éternel, et qu’il agréerait la sacrificature parce qu’il agréait le sacrificateur. Ainsi, bien-aimés, que des frères habitent unis ensemble est à la fois le résultat et l’expression de cette mise à part, faite par Dieu même, en vue de la sacrificature, d’un ensemble déjà préparé par le travail du Saint Esprit, mais que seule l’onction descendant de la Tête qualifie pour ce service. Christ est glorifié dans le ciel, les siens possédant la vie nouvelle en Lui sont un, et le Saint Esprit répandu à la suite de son exaltation fait descendre sur tous le même parfum de la parfaite satisfaction trouvée par Dieu lui-même en Christ : Il leur ouvre ainsi le saint service de la sacrificature. En attendant d’être la part du vrai Israël, c’est la part actuelle de l’Église, dont à la vérité la position est plus haute encore, puisqu’elle est unie avec Christ pour être un seul corps. «Il y a un seul corps, un seul Esprit». Il ne peut être question d’une autre unité. Les conditions et les services sont de la plus grande diversité, mais l’onction est la même et consacre l’unité du tout.

En second lieu, «c’est comme la rosée de l’Hermon, qui descend sur les montagnes de Sion». Ici c’est la bénédiction qui descend. La fraîcheur de la montagne la plus élevée devient le partage des hauteurs subordonnées, qui seraient arides sans ce bienfaisant contact. La grâce de Dieu a commandé, là, la bénédiction, la vie pour l’éternité, mais c’est de la plénitude de Christ glorifié que descendent grâce sur grâce. Sans la rosée des bénédictions célestes que son oeuvre nous vaut, ce ne serait que «notre montagne», sèche et infertile.

Service des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus Christ, bénédictions enrichissantes propres à produire des fruits à la gloire de Dieu, ces deux aspects de la vie chrétienne marchent donc de pair avec la communion des frères entre eux, communion fondée sur leur relation avec Christ glorifié.

Mais prenons garde qu’il s’agit là moins de la relation elle-même, relation cachée, que de cette communion qui en découle, et de la réalité visible de celle-ci : les croyants, possesseurs de la même vie, la tirant de la même source, en jouissent, et ils manifestent qu’ils ont même onction du Saint Esprit.

«Il est bon et il est agréable que des frères habitent unis ensemble». Tous les chrétiens sont frères en Christ, ils sont tous membres de son corps. Mais des frères peuvent être dispersés. Les Israélites le sont présentement, et les chrétiens le sont devenus à ce point que seul le Seigneur connaît ceux qui sont siens.

Eh bien, Dieu nous a fait la grâce de connaître, d’après sa Parole, le vrai centre de rassemblement, et, nous appelant l’un après l’autre, Il nous a rassemblés, quelques-uns, comme Il rassemblera le résidu d’Israël un jour. Rachetés et rassemblés, c’est le thème du Psaume 107. Il a voulu que des frères habitent ensemble.

Hélas, des frères peuvent habiter ensemble et ne point s’entendre. Nous baissons la tête : que de fois cette humiliante tristesse nous est survenue ! Aussi est-il dit : «habitent unis ensemble». C’est là réaliser l’unité fraternelle vitale, et, pour employer le langage de l’épître aux Éphésiens, «garder l’unité de l’Esprit». L’«unité du corps» ne dépend point de nous, heureusement, c’est pourquoi elle est indestructible, des frères sont toujours des frères ; mais des frères peuvent être unis ou désunis, on en a vus d’ennemis ! Aussi «appliquez-vous à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix».

Il y faut du support, du renoncement, de l’humilité, il y faut la pensée de Christ. Méditons beaucoup Philippiens 2:1-11. «S’il y a quelque communion de l’Esprit...», lisons-nous.

Ne laissons pas la mesquinerie de nos coeurs nous ravir une joie excellente associée à l’honneur du nom du Seigneur, et ravir cette gloire à Celui qui est mort pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés.