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SCHISMES

 

«C’est de par moi que cette chose a eu lieu» 1 Rois 12:24

 

André Gibert

 

Table des matières :

1     Imposés par Dieu

2     Dispensation de grâce pour éviter une unité factice

3     Tristes mais nécessaires

4     Les causes

4.1      Causes immédiates

4.2      Causes remontant à la génération précédente

4.3      Jeunes chefs et vieux conseillers

4.4      Laisser faire du peuple — Révolte latente dans l’oubli de l’Éternel

4.5      Absence d’humiliation

4.6      Faire encore l’expérience de l’incapacité de l’homme

5     Ce que Dieu maintien en attendant

6     Merveille des plans divins

7     Pour notre instruction présente

 

 

Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest ; ME 1963 p. 113

 

1                    Imposés par Dieu

À Dieu ne plaise que nous puissions prendre légèrement notre parti des déchirements de la chrétienté et du témoignage, en disant : Cela est bien, puisque Dieu l’a voulu ainsi ! Dieu tire la conclusion de nos manquements répétés, hélas, et il l’impose d’une façon humiliante et douloureuse ; mais c’est un effet de sa grâce, afin de nous amener à nous tourner vers Lui seul, en toute soumission et en toute confiance.

 

Il était profondément humiliant pour le peuple d’Israël que le royaume naguère unifié dans la victoire par David, glorieux sous le sceptre pacifique de Salomon, fût si promptement divisé sous Roboam. Tout Israélite pieux, dès cette génération et dans la suite, devait en souffrir, bien qu’il eût en tout temps le réconfort de considérer que selon le propos de Dieu l’unité demeurait (1 Rois 18:31 ; Actes 26:6 ; Jacques 1:1), et de penser que cette unité serait ouvertement restaurée un jour sous la domination du Messie (Ézéchiel 37:15-28).

 

2                    Dispensation de grâce pour éviter une unité factice

Mais il fallait accepter, comme une dispensation de grâce de la part de Celui qui aurait eu des motifs pour tout détruire, la honte et la douleur de cette sécession. Vouloir rétablir une unité factice soit par force soit par compromis aurait été une révolte contre l’Éternel. Quand les hommes de Juda et de Benjamin eurent la pensée de faire la guerre pour contraindre la maison d’Israël à reconnaître Roboam, la«parole de Dieu» les arrêta, non point en déclarant rompue la fraternité mais en disant au contraire : «Ne montez pas et ne faites pas la guerre à vos frères, les fils d’Israël». Ils restent vos frères, mais : «retournez chacun à sa maison, car c’est de par moi que cette chose a eu lieu» (v. 24).

 

3                    Tristes mais nécessaires

«Cette chose» était-elle réjouissante aux yeux de l’Éternel ? Bien loin de là. Mais elle était nécessaire, et Juda n’avait pas à se prévaloir du fait pourtant incontestable d’avoir Jérusalem, et le temple, et la maison de David, vis-à-vis de ceux qui reprenaient l’appel à l’indépendance : «À tes tentes, Israël...» La rébellion qui s’était autrefois élevée à ce cri contre un David souffrant et humilié, sous la discipline de Dieu, avait été alors justement domptée (2 Sam. 20). Maintenant le peuple des dix tribus, sous l’Éphraïmite Jéroboam, le fait entendre contre un roi orgueilleux, fils de celui qui, averti par l’Éternel pour ses désordres séniles, ne s’était pas humilié mais avait au contraire cherché à faire mourir ce Jéroboam désigné par l’Éternel pour déchirer le royaume. Salomon avait préparé la voie à ce fils présomptueux qui se prétend plus puissant que lui. L’existence même de Roboam, fils d’une Ammonite (1 Rois 14:21) témoignait des erreurs de son père et l’on peut imaginer l’éducation qu’il avait pu recevoir d’une telle mère.

 

4                    Les causes

4.1   Causes immédiates

La cause immédiate de la rupture est bien l’obstination de Roboam, laissant le conseil des vieillards pour celui des jeunes gens qui avaient grandi avec lui et gardé comme lui l’irréflexion prétentieuse de leur jeunesse jusque dans l’âge mûr (Roboam avait plus de 40 ans ; 1 Rois 14:21).

4.2   Causes remontant à la génération précédente

La dureté de son attitude et de ses paroles, en violation ouverte de la loi (Deut. 17:20), devait exciter la colère (Prov. 15:1) et provoquer le schisme. Mais la détermination de Dieu était bien antérieure, et l’origine en avait été l’infidélité de Salomon. Le coeur de celui-ci «s’était détourné de l’Éternel, le Dieu d’Israël», de sorte qu’Il lui avait dit : «Je t’arracherai certainement le royaume, et je le donnerai à ton serviteur ; seulement, je ne le ferai pas dans tes jours, à cause de David ton père ; mais je l’arracherai de la main de ton fils» (1 Rois 11:12). La prophétie en est faite ensuite à Jéroboam lui-même contre qui l’irritation de Salomon, qui est rébellion contre Dieu, ne peut rien (id. 40). Et enfin Roboam, qui pourtant ne pouvait guère ignorer la menace faite à Salomon mais n’en tenait pas compte, et qui s’aveuglait sur l’état d’esprit d’Israël, «n’écouta pas le peuple, car cela était amené par l’Éternel, afin d’accomplir sa parole, que l’Éternel avait dite par Akhija» (1 Rois 12:15).

 

4.3   Jeunes chefs et vieux conseillers

Salomon avait les paroles de la sagesse, mais il ne les avait pas pratiquées en vieillissant. Ils connaissaient aussi la sagesse, ceux qui avaient vieilli avec lui, ces conseillers qui s’étaient «tenus devant lui», et le conseil qu’ils donnent à Roboam est sage et prudent, digne de Salomon (Cf. Prov. 20:28) ; mais ils avaient eu part aux dérèglements de ce roi, et aussi à la rigueur dont il avait certainement usé envers le peuple auquel il demandait beaucoup. Leur conseil était bon, mais l’exemple qu’ils avaient donné ne l’était pas. Étaient-ils qualifiés pour conseiller, les anciens appuis d’un roi qui avait fait «ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel» ? Les dents des fils sont agacées quand les pères ont mangé du raisin vert.

Ainsi, jeunes chefs et vieux conseillers se rencontrent dans une affligeante culpabilité. Nous avons besoin de penser à cette solidarité des générations quand nous les voyons se heurter aujourd’hui comme hier, comme il y a trois mille ans. Sans doute la façon dont les vieillards parlent à Roboam traduit, nous n’en doutons pas, un certain jugement de leurs erreurs passées, et nous aimons à penser que l’expérience dont leur conseil témoigne ne se borne pas à faire cas de cet art de flatter le peuple pour le mieux dominer qui constitue le fond de tant de politiques humaines. L’arrogance des jeunes gens, elle, est d’autant plus grave qu’elle transgresse sans retenue la loi qui prescrivait de respecter les cheveux blancs. Mais ni les vieillards n’auraient eu le droit de reprocher aux jeunes, ni les jeunes de dire aux vieillards, en parlant de la sécession : C’est votre faute !

 

4.4   Laisser faire du peuple — Révolte latente dans l’oubli de l’Éternel

Et que penser du peuple ? Il semble bien, d’après le «ils» de 1 Rois 11:33, qu’il se soit aisément associé aux désordres de Salomon. La rapidité avec laquelle Jéroboam établira et fera accepter son faux culte en dit long sur l’état moral des dix tribus dans leur ensemble. La révolte était latente chez elles, puisque «tout Israël envoie et appelle Jéroboam pour l’établir roi (12:2, 3, 20), répudiant délibérément tout lien avec la maison de David : «Quelle part avons-nous en David ? Et nous n’avons pas d’héritage dans le fils d’Isaï» (v. 16). Les délivrances opérées autrefois par David, les bienfaits et la gloire du règne de paix de Salomon, tout cela est oublié ; et remarquons-le bien, ce n’est pas l’idolâtrie de Salomon vieilli qui les soulève, mais seulement le joug, les impôts et les charges. S’il nous est dit ensuite que Jéroboam détourna «violemment Israël de suivre l’Éternel» (2 Rois 17:21), cette violence fut sans réaction. L’homme de Dieu de 1 Rois 13 vient de Juda.

Mais quant à Juda lui-même, dans le même temps il «fit ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel... et ils bâtirent eux aussi, pour eux-mêmes, des hauts lieux, et des statues, et des ashères», faisant «selon toutes les abominations des nations que l’Éternel avait dépossédées devant les fils d’Israël» (14:22-24). Les deux royaumes devaient, hélas, rivaliser dans la course à l’idolâtrie, et Jérusalem, prolongée plus d’un siècle après Samarie, devait se corrompre plus qu’elle encore (Ézéch. 23:11).

 

4.5   Absence d’humiliation

Ni Salomon ni Roboam ne s’étaient humiliés devant la menace faite par l’Éternel, afin d’en détourner l’exécution ; combien différente avait été l’attitude d’un David si douloureusement éprouvé, en conséquence de sa faute, par la rébellion d’Absalom (2 Sam. 12:11, 12 ; 15:30 ; 16:10-12), et délivré par Celui auquel il s’était remis en disant : «Guéris-moi, Éternel, car mes os sont troublés» (Ps. 6:2 ; cf. l’ensemble des psaumes 3 à 7) ! Et quand vint le moment du schisme, nous pouvons bien penser que si Roboam et ses conseillers, Jéroboam et ses partisans, le peuple de Juda et celui d’Israël, tous, prenant conscience de leurs fautes et saisis de crainte, s’étaient jetés repentants sur leurs faces, avaient confessé leurs manquements dans une humiliation vraie, l’unité du royaume eût été préservée. Mais leurs coeurs sont insensibles aux avertissements, comme si Dieu parlait en vain ; n’en est-il pas ainsi de nos propres coeurs ?

 

4.6   Faire encore l’expérience de l’incapacité de l’homme

Le moment n’était pas venu, et il ne l’est pas encore, où «Celui qui domine parmi les hommes sera juste, dominant en la crainte de Dieu» (2 Sam. 23:3). Il fallait que fût faite l’expérience successive de David, de Salomon et de Roboam pour démontrer l’incapacité de l’homme à se maintenir par lui-même dans quelque situation privilégiée que ce soit. Lors du rétablissement de toutes choses, la perfection de l’Oint de l’Éternel, comme la fidélité de celui-ci à une alliance que les hommes n’ont pu garder mais que Lui a établie «éternelle, à tous égards bien ordonnée et assurée» ( 2 Sam. 23:4, 5), éclateront en un saisissant contraste avec cette faillite de l’homme. Une telle alliance ne peut «germer» (id.) jusqu’à ce que Dieu lui-même «fasse venir son serviteur, le Germe» (Zach. 3:8).

 

5                    Ce que Dieu maintien en attendant

Dieu cependant ne détruit pas le royaume, alors que Roboam et son peuple ne méritaient rien d’autre. «À cause de David, mon serviteur, que j’ai choisi», en réalité à cause de Celui dont David n’est qu’un type, «je donnerai, avait dit l’Éternel, une tribu à son fils (celui de Salomon) afin qu’il y ait toujours une lampe pour David, mon serviteur, devant moi à Jérusalem, la ville que je me suis choisie pour y placer mon nom» (1 Rois 11:36). Jéroboam, établi sur les dix tribus, et après lui d’autres dynasties essayées successivement, seront placés sous leur responsabilité propre (id. v. 37, 38) et disparaîtront (2 Rois 17:21-23), mais la grâce de Dieu maintiendra avec puissance et une grande patience la maison de David et Jérusalem par delà le moment où le royaume d’Israël aura été «ôté de devant sa face». Bien que toujours plus obscure d’une génération à l’autre, la lignée royale ne s’interrompra point, jusqu’à ce que, de l’humble fiancée du charpentier de Nazareth, naisse enfin le Messie, Emmanuel, celui qui s’appellera «Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés».

 

6                    Merveille des plans divins

Merveilleuse sûreté des plans divins, en tous temps support de la foi, espérance des âmes pieuses ! Dans l’état de choses qui existait sous Roboam, Dieu employait le seul moyen d’agir sur la conscience et de rapprocher de Lui de telles âmes tout en les forçant à regarder vers l’avenir. Les replâtrages ne sont pas le fait de Dieu. Il détruit au contraire l’enduit trompeur et met à nu les tristes lézardes. Laisser aller les choses sous une royauté sans ressort spirituel eût été non point empêcher mais précipiter la ruine. Du moins, malgré le schisme, le culte de l’Éternel en son temple demeure ; si triste que soit l’histoire de Juda, des rois élevés pieusement et marchant droitement s’y rencontreront, et un résidu fidèle s’y renouvellera jusque pendant et après les temps sombres de la captivité, puis sous la domination des gentils. En Israël, nul roi qui ait marché droitement, mais à travers toutes les époques Dieu se réserve des hommes pieux. Dès Jéroboam on voit les Lévites abandonner leurs possessions et venir à Jérusalem, «et, à leur suite, ceux de toutes les tribus d’Israël qui avaient mis leur coeur à chercher l’Éternel, le Dieu d’Israël, vinrent à Jérusalem, pour sacrifier à l’Éternel, le Dieu de leurs pères» ( 2 Chron. 11:16). Des hommes de Dieu seront manifestés publiquement, comme Élie, Élisée, les fils des prophètes, tandis que sept mille n’auront point fléchi le genou devant Baal ; plus tard encore nous voyons des réchappés de l’Assyrien écouter les messagers d’Ézéchias faisant le tour d’Aser, de Manassé, d’Éphraïm, de Zabulon (id., 30) et après la captivité nous trouvons ceux du temps d’Esdras et de Néhémie. Tous se reconnaissent au culte unique, au seul autel, dans la séparation des idoles. Et assurément, pour eux comme pour leurs frères pieux en Juda, il y eut autant et plus de joie lors des réveils préparés par la grâce de Dieu (2 Chr. 30:26 ; 35:18 ; Néhémie 8:17), quelle que fût leur tristesse en pensant aux gloires d’autrefois, qu’aux plus beaux jours de Salomon. Ces jours ne pouvaient revenir, mais la joie le pouvait ; la fidélité de l’Éternel donnait aux fidèles de jouir de Lui en quelque temps que ce fût, et fortifiait leur espérance dans un avenir où les promesses auraient leur plein accomplissement.

 

7                    Pour notre instruction présente

Toutes ces choses ont été écrites non pas pour nous enseigner stérilement l’histoire d’un peuple, mais pour notre instruction. Nous aussi nous avons à pleurer sur le déclin du peuple de Dieu dont nous faisons partie. Jeunes gens légers ou gens d’âge qui n’avons su ni garder les enseignements reçus ni enseigner convenablement la génération montante, reconnaissons tous nos propres culpabilités. Faut-il dire pour autant : Tout est perdu ? Non, le solide fondement de Dieu demeure, et le glorieux retour du Seigneur est proche. Faut-il dire : Rétablissons ce qui était ? Impossible : «C’est de par moi que cette chose a eu lieu, dit l’Éternel». Revenons au Seigneur de tout notre coeur, attristés, humiliés, comme le résidu dont parle Sophonie, mais confiants et heureux en Lui. Cherchons ensemble sa présence, là où elle se trouve (Matth. 18:20) et non ailleurs. Souvenons-nous qu’il y a, dans les pires jours de l’Église, dans les temps fâcheux des derniers jours, qui précèdent immédiatement la venue du Seigneur, la possibilité du témoignage philadelphien, savoir peu de force, mais l’approbation du Seigneur, dans l’amour des frères, avec la porte ouverte. La fleur de l’âge de Philadelphie est passée, tout nous le montre, mais l’esprit de Philadelphie est à rechercher et à garder. Et si même le témoignage collectif nous paraissait impossible, pensons aux sept mille du temps d’Élie, et goûtons la précieuse et douce communion du fidèle ouvrant à Celui qui se tient à la porte et qui frappe, au sein de la tiédeur de Laodicée.