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SUR LE NAZARÉAT

 

 

Les nazaréens selon la loi de Nombres 6

 

André Gibert

ME 1970 p. 169

Table des matières :

1     Le nazaréat et les exemples de nazaréens dans l’Écriture

2     Le vrai Nazaréen

3     Le nazaréat chrétien

 

 

1                    Le nazaréat et les exemples de nazaréens dans l’Écriture

Le chapitre 6 des Nombres donne «la loi du nazaréat». Il s’agissait d’une «consécration» à Dieu, en une séparation volontaire, faite à titre individuel, selon un voeu tout personnel, pour un temps limité.

C’est au «consacré» à en prendre de lui-même l’initiative : il «fait voeu de nazaréat» (v. 2), il «se sera voué» (v. 21), et agira «selon le voeu qu’il aura fait» (id.). Il exprimait sa consécration en observant trois ordres de prescriptions : — ne prendre ni vin ni boisson forte ni raisin — laisser croître sa chevelure — ne toucher aucun cadavre.

L’Écriture nous fournit-elle des exemples de nazaréens ainsi séparés, pour un temps, et de par leur propre volonté ?

Il ne le semble pas.

Samson, Samuel et Jean le baptiseur, les seuls nazaréens bien discernables, quoique incomplets à des degrés différents, que nous y trouvions, ont été voués à Dieu par leurs parents, dès avant leur naissance, et pour leur vie. Ils l’ont été selon une intention divine expressément formulée au moins pour Samson et pour Jean, aux parents desquels des instructions spéciales avaient été données à l’avance (Juges 13:14 ; Luc 1:15).

Il est bien dit d’un certain Amasia, fils de Zicri (2 Chron. 17:16), qu’il «s’était volontairement donné à l’Éternel», mais il n’est nullement certain que cet engagement fût celui du nazaréat : n’avoir aucun contact avec un mort semble difficilement conciliable avec la qualité de chef militaire (cette remarque vaut aussi, du reste, pour Samson). Quant à la maison des Récabites, de Jérémie 35, elle obéissait au commandement de leur ancêtre Récab en ne buvant pas de vin, mais on ne saurait en conclure que ce fût une famille de nazaréens. En Amos 2:11, 12, il est parlé de nazaréens que l’Éternel avait suscités et que les conducteurs dévoyés du peuple avaient amenés à se déshonorer. Jérémie dans ses Lamentations (4:7) rappelle combien étaient beaux les nazaréens de Jérusalem, mais pour déplorer d’autant plus leur profonde déchéance physique et morale. Dans l’un et l’autre de ces passages la personnalité de ces nazaréens n’apparaît pas. Enfin, nous ne nous occupons pas du cas de Paul en Actes 18:18 ni de celui des Juifs chrétiens de Jérusalem auxquels il s’associe en Actes 21:23-26 : la parenté de ces «voeux» avec le nazaréat n’est pas établie, et au surplus le système mosaïque était déjà mis de côté.

On est donc fondé à dire que le nazaréat n’a pu être réalisé en Israël selon la pensée de Dieu. La raison en est claire : il était impossible à l’homme dans la chair de garder quelque partie que ce fût de la loi de Sinaï.

La signification typique de l’ordonnance de Nombres 6 n’en demeure pas moins importante et pleine de précieux enseignements pour nous. Notre propos n’est pas de les développer ici ; d’autres l’ont fait bien mieux que nous ne saurions le faire (*). Nous nous contenterons aussi de rappeler que l’Ancien Testament nous présente, bien avant la loi, un exemple remarquable de consécration morale, en Joseph, «celui qui a été mis à part de ses frères» (Genèse 49:26). II est un beau type de Christ, le vrai Nazaréen.

 

(*) Références recommandées au lecteur :

C.H.M. Notes sur le livre des Nombres.

J. N. D. Méditation sur Nombres 6:1-12. ME 1895, p. 35

J.N.D. Méditation sur Nombres 6:1-12. ME 1911, p. 96

G.V.W. La puissance du nazaréat (Luc 2:49). ME 1916, p. 119

Le Nazaréen. ME 1872, p. 161

Le Nazaréen. ME 1883, p. 231

H.R. Méditations sur le livre des Juges, p. 107-117

 

 

2                    Le vrai Nazaréen

Jésus a été en effet le vrai Nazaréen. Il a été entièrement consacré à Dieu. Cette consécration n’avait pas besoin des signes extérieurs requis par la loi. «Le fils de l’homme est venu mangeant et buvant», mais «l’ami des publicains et des pécheurs» apportait partout la sainteté d’une humanité parfaite. C’est «dans ses entrailles» qu’était cette loi sous laquelle il était né (Gal. 4:4) afin de l’accomplir bien au-delà de sa lettre.

II l’accomplissait, en particulier, sur ce point essentiel auquel nul n’avait pu satisfaire : une consécration volontaire dans l’obéissance. Rien n’a été prescrit pour l’enfant Jésus à ses parents, à la différence de Jean (comp. Luc 1:15 avec v. 35). Il «est venu» pour obéir, mais il est venu de lui-même («Voici, je viens...») aussi bien qu’envoyé par Dieu ; il s’est anéanti lui-même, et s’est abaissé lui-même. Une sainte volonté d’obéissance et de renoncement répondait chez lui à la volonté de Dieu son Père. Ses délices étaient de faire cette volonté divine, dans un monde qui s’y opposait. Aussi a-t-il «appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes», non qu’il eût à apprendre à obéir, mais il a appris ce que comporte l’obéissance là où tout est en contradiction avec Dieu.

Nous ne pouvons considérer ce nazaréat de Jésus sans adorer. Quelle «séparation» morale absolue, au sein même du mal ! Quelle abstention de toutes les choses que le monde apprécie et loue, quelle absence de toute recherche de lui-même, de tout désir de se plaire à lui-même, quelle inaltérable pureté alors qu’il se trouvait constamment en contact avec des hommes souillés ! Quelle vérité dans ces paroles : «Vous êtes d’en bas, moi, je suis d’en haut... je ne suis pas de ce monde» (Jean 8:23) !

Vrai Nazaréen, il ne l’a pas été seulement pendant un temps limité, comme la loi se bornait à l’envisager, mais tous «les jours de sa chair» ; et cela sans défaillance, alors que les nazaréens par naissance et consacrés pour leur vie, dont nous avons parlé, ont manqué plus ou moins.

Bien plus, sa mort a été l’expression suprême à la fois de sa parfaite obéissance et de sa séparation d’avec le monde, de telle sorte que son nazaréat se continue par-delà la mort, dans le ciel.

Il a pris de façon significative cette place de nazaréen céleste vis-à-vis de son peuple terrestre au moment où il allait donner sa vie : «Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’à ce jour où je le boirai nouveau avec vous, dit-il à ses disciples, dans le royaume de mon Père» (Matt. 26:29). Le terme de ce nazaréat viendra pour lui dans la joie de ce royaume futur enfin établi ; le vrai résidu d’Israël, représenté par les disciples, y sera associé, après avoir passé par un nazaréat nouveau, quand il aura dû reconnaître et prendre comme sien le péché du peuple, avant de pouvoir se réjouir avec son Messie rédempteur manifesté en gloire (Zach. 12:10 — 13:2 ; És. 53).

Mais Christ a pris cette place aussi pour la famille céleste. «Je me sanctifie moi-même pour eux», a-t-il dit (Jean 17:19). Cette «sanctification» de l’homme Christ Jésus maintenant ressuscité, exalté, et qui, «saint, innocent, sans souillure, séparé des pécheurs, intercède pour les siens laissés sur la terre (Héb. 7:26), place ceux-ci dans la position où lui-même y a vécu. Il les arrache à ce présent siècle, moralement, par sa mort (Rom. 6:4 ; Galates 1:4), et son nazaréat se perpétue en eux. Leur propre nazaréat tire son origine et sa puissance uniquement de cette «séparation» céleste de leur Seigneur.

 

3                    Le nazaréat chrétien

Le nazaréat du chrétien n’est donc pas volontaire dans le sens de Nombres 6, ni temporaire, et il ne se ramène pas à quelques signes extérieurs. Mais il ne lui est pas davantage conféré indépendamment de son acceptation personnelle, à la différence des trois nazaréens par naissance de l’Écriture. Il est, comme dans la parfaite humanité de Christ, la mise à part propre à un homme nouveau, né de l’Esprit et vivant par l’Esprit de Celui qui a été ressuscité. «Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous d’un» (Héb. 2:11). «Comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde» (1 Jean 4:17).

C’est donc comme nés de nouveau, ressuscités pour «marcher par l’Esprit» (Gal. 5:16), que les chrétiens sont appelés à «marcher en nouveauté de vie» (Rom. 6:4) . Ils ont des mobiles, des désirs, un but nouveaux. La puissance du nazaréat, a dit quelqu’un, vient de la conscience de l’union avec Christ. «Celui qui dit demeurer en Lui doit lui-même aussi marcher comme Lui a marché» (1 Jean 2:6) : une chose ne va pas sans l’autre.

Cette marche par la foi se fait dans un monde toujours plus éloigné de Dieu, un monde dont les joies comme les aspirations (son «vin»), ne peuvent plus être les nôtres. Le sentiment de notre propre incapacité se traduira dans une dépendance totale (la longue chevelure) prouvée par notre conduite. Enfin une sainte vigilance doit sans cesse être en éveil pour que nous soyons pratiquement séparés du mal dans lequel «gît le monde entier».

Qu’en est-il, hélas, de nous ? Que nous reflétions si peu le Modèle dit à quel point nous laissons le vieil homme revivre là où la vie de Christ devrait seule être vue. Apprenons de l’apôtre à réaliser comme lui la condition normale du chrétien, de tout chrétien, car tous sont appelés à cette séparation : «Je suis crucifié avec Christ, et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi» (Gal. 2:20).

«Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à présenter vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui est votre service intelligent. Et ne vous conformez pas à ce siècle ; mais soyez transformés par le renouvellement de votre entendement» (Rom. 12:1, 2).

Connaissons mieux cette consécration du nazaréen en croissant dans la connaissance de Celui qui, «passé de ce monde au Père», aime jusqu’à la fin «les siens qui sont dans le monde» sans être du monde. Pour Lui, séparé dans le ciel, comme pour les siens qu’il veut séparés de la terre, le temps du nazaréat va bientôt prendre fin, quand sera exaucée la suprême prière : «Père, je veux, quant à ceux que tu m’as donnés, que là où moi je suis, ils y soient aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire, que tu m’as donnée...» (Jean 17:24) .