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LE SAIN ENSEIGNEMENT

 

André Gibert

ME 1947 p. 92

Note Bibliquest : Comme il ressort du texte ci-après, il ne s’agit pas d’un exposé général sur le sain enseignement, mais d’une exhortation donnée à une audience particulière en rapport avec la lecture de certains auteurs (notamment ceux diffusés par Bibliquest). L’intérêt de ce document est de souligner : a) ce qui fait la valeur de tel ou tel auteur ; b) en quoi chacun est concerné par de tels auteurs.

La plupart d’entre nous ont été mis de bonne heure en contact avec les vérités de la Bible relatives à la Personne et à l’oeuvre de Christ, à l’Assemblée de Dieu, à la venue du Seigneur.

Par là Dieu nous a favorisés plus que nous ne pouvons le reconnaître. Dans la période difficile de l’histoire de l’Église que nous sommes appelés à vivre, les croyants ont à leur disposition plus de lumières qu’on n’en a jamais eues depuis le temps des apôtres, lumières non point nouvelles, mais remises en évidence. Sans méconnaître aucunement ce que Dieu a donné ailleurs, disons que l’ensemble des «écrits des frères» constitue une inestimable richesse mise libéralement à notre portée. Ils nous conservent intact le ministère d’ouvriers qualifiés qui ont exposé, non point des vues ou des doctrines personnelles, mais la Parole de Dieu à laquelle ils nous ramènent sans cesse pour nous y faire trouver Christ (*). Ce trésor, qui n’a pas été acquis ni préservé sans travail, luttes et peines, nous a été fidèlement transmis.

(*) C’est l’enseignement des ouvriers essentiels du puissant travail opéré il y a plus d’un siècle. Il faut citer, entre bien d’autres ouvrages écrits ou traduits en français, ceux de J. N. DARBY, spécialement ses Études sur la Parole, sa précieuse Introduction à la Bible, ses Notes sur les Évangiles, ses divers traités pour l’affranchissement et l’édification, — ceux de H. ROSSIER, de W. KELLY, de J. G. BELLETT, puis tant d’articles et études contenus dans la collection si riche du Messager Évangélique. Il est bon de dire ici que le présent article avait d’abord été écrit en vue de jeunes gens, et qu’il a été publié dans un autre périodique il y a quelques années à leur intention. Il a paru utile de le reprendre pour un cercle plus étendu de lecteurs.

Qu’en faisons-nous ?

Il est assurément déplorable que souvent, nous glorifiant de ce que nous avons reçu comme si nous ne l’avions pas reçu, nous glissions vers un esprit traditionaliste et routinier plein de suffisance. À l’action vivante du Livre de Dieu on substitue l’adoption passive de pensées et d’expressions empruntées à d’autres. Il est facile d’être théologien avec les écrits dont je parle, et de discuter sur maint et maint passages sans que le coeur et la conscience soient vraiment touchés, et sans même comprendre toujours bien ce qu’on a lu. On crée ainsi une autorité humaine que l’on place sans y penser au-dessus de la Parole : «Les frères ont dit... J.N.D. a dit...». C’est exactement le contraire de ce qu’ont voulu ces chers serviteurs de Dieu, qui visaient à amener les âmes au contact direct de la Parole divine, en les aidant, non point en les régentant.

Mais plus déplorable encore est, à l’opposé, la tendance trop répandue aujourd’hui à refuser ce «sain enseignement» de nos conducteurs. «Oh ! dit-on, je lis ma Bible, je n’ai pas besoin de guide, ces hommes ont pu se tromper...». Prenons garde de ne pas mépriser le ministère de ceux que le Seigneur a donnés pour «exposer justement la parole de vérité» (2 Tim. 2:15), «hommes fidèles capables d’instruire aussi les autres», parce qu’ils étaient nourris eux-mêmes des saintes lettres. Si vous rejetez ce que le Seigneur vous présente par leur moyen, Il ne le donnera pas deux fois. Un tel ministère se recommande précisément en ce qu’il ne se fait pas valoir lui-même, mais seulement la Parole, et Christ dans la Parole. Ces conducteurs n’ont pas dit : «Suivez-nous», mais : «Voici ce que dit la Parole de Dieu». Ils n’imposent pas leur manière de voir, ils renvoient à l’autorité divine. Les négliger volontairement, c’est souvent présomption, c’est estimer sa propre pensée supérieure à la leur, et c’est s’exposer à errer par ignorance, tordant les Écritures (2 Pierre 3:16). La pensée d’un J.N. Darby, non inspirée, il n’est pas besoin de dire, mais enseignée de Dieu, ne peut jamais être indifférente, et elle s’offre toujours au contrôle de cette Parole dont elle est imprégnée et à laquelle elle est invariablement soumise. Ne nous privons pas d’une aide de cette valeur.

Quelqu’un dira : «Je n’ai pas le temps». Si tel est réellement le cas, aucun doute : lisez d’abord et avant tout la Bible. Mais de nos jours les loisirs sont plus répandus qu’au temps de nos pères, qui se sont pourtant avidement nourris des écrits dont ils disposaient. On trouve du temps pour la détente, pour le sport, exercice corporel utile, mais à peu de chose, on en trouve pour lire des journaux, des revues, des livres de toutes sortes. N’en trouverait-on point pour l’exercice spirituel ?

La vraie raison, c’est le manque d’appétit pour cette forte nourriture. Certes elle attire moins que telles publications religieuses où «il y a tant de bonnes choses», nous dit-on, et si agréablement présentées qu’on les lit sans effort. Mais ce qu’on lit sans effort est souvent marqué de faiblesse. L’extraordinaire profusion des productions imprimées actuelles, adaptées à tous les niveaux, risque d’ôter la vigueur à beaucoup d’esprits, ou de paralyser leur croissance. Sans doute, et la Parole nous l’enseigne, il y a des aliments différents selon l’âge et le degré de développement spirituel ; les uns ont besoin de lait, les autres de nourriture solide, et la présentation de la vérité doit être, cela est certain, mise à divers niveaux. Mais le propre d’une nourriture saine, pour un enfant, est d’être stimulante, de lui donner les forces voulues pour en prendre progressivement une plus solide. Or, trop souvent, on s’accoutume à un enseignement dilué ou qui, mêlant de façon attrayante le monde et le christianisme, n’est qu’un enseignement frelaté.

Il faut réagir, et particulièrement les jeunes gens s’ils veulent «être forts». Que de fois n’entendons-nous pas dire : «Oh ! J.N.D. est trop profond pour moi, je n’y entre pas...». Et l’on abandonne ! Il vaut la peine, pourtant, n’en doutons pas, de casser la coque, même si elle est dure, car la noix est exquise. Il vaut la peine de gravir patiemment le sentier ardu, pour découvrir ensuite des perspectives magnifiques. Pour qui s’y est mis résolument, il n’est pas de lectures plus attachantes, ni d’aussi profitables. Seulement, à la différence de beaucoup d’autres, elles exigent que l’on ait sans cesse sa Bible devant soi, et qu’on les accompagne de la prière. Car de tels ouvrages ne remplacent pas la vie chrétienne, ils la nourrissent de Christ.

Les attaques contre le témoignage se multiplient. Il est manifeste que la plupart des gens qui critiquent la personne ou la vie de ces conducteurs, de J.N.D. en particulier, n’ont pas même lu ses ouvrages essentiels. Nous manquons beaucoup dans notre marche, mais ce n’est en aucune manière la faute des enseignements qui nous ont été transmis : bien au contraire, c’est nous qui n’avons pas retenu ces enseignements, quand nous ne les avons pas déformés. Aussi est-il hautement souhaitable que chacun les lise et les étudie lui-même. On sera étonné de voir avec quelle connaissance des hommes et des choses, quelle force et quelle largeur de vues, ces chrétiens de naguère ont parlé de sujets qui paraissent tout neufs à la génération nouvelle : l’évangélisation nécessaire, la place et le rôle du chrétien ici-bas, les rapports pleins de charité avec ceux du dehors, tout en marchant rigoureusement dans le sentier étroit. On verra comment ils dénoncent les deux écueils que nous trouvons sans cesse sur notre route, la mondanité d’une part, l’étroitesse de coeur de l’autre. C’est seulement en les lisant que nous comprendrons quelle distance il existe entre l’enseignement de ces frères de valeur, suscités dans l’Église au siècle dernier, et l’idée qu’on s’en fait souvent. Rien ne nous préservera davantage du danger de constituer une secte de plus dans la confusion de la chrétienté, secte qui serait le «darbysme», que de saisir la vérité scripturaire au sujet du témoignage telle qu’ils l’ont toujours et seulement revendiquée, savoir : le rassemblement autour du Seigneur, dans l’obéissance à sa Parole, sous la direction du Saint Esprit.

Dieu nous fasse la grâce de comprendre toujours plus la valeur et le sens de ce témoignage auquel Il nous appelle. Nous n’avons pas choisi, c’est Lui qui nous a placés là. Évitons à la fois l’indifférence coupable et l’esprit de parti qui parfois tient lieu de zèle, et pour cela pesons le chemin de nos pieds (Prov. 4:26), ce qui veut dire étudions. La connaissance enfle, oui, mais jamais la connaissance du Seigneur, apprise humblement à ses pieds. Lisez à cet égard la deuxième épître de Pierre, toute remplie de cette expression : la connaissance. Nourrissons-nous de ce qui a nourri les témoins auxquels nous succédons. Dieu nous montrera comment adapter à des besoins nouveaux «ce qui est dès le commencement». Mais «que ce qui est dès le commencement demeure en vous» (1 Jean 2:24).

Nous trouvons en Genèse 26:8-33 une illustration bien utile à méditer. Abraham et ses serviteurs avaient creusé des puits. Lui mort, les Philistins les avaient bouchés. Isaac, béni extraordinairement par l’Éternel après la mort de son père, aurait péri avec toutes ses richesses, faute d’eau, s’il n’avait débouché les puits d’Abraham. Chers amis, nos pères ont creusé, et ils ont trouvé l’eau vive, Christ. Dieu nous a comblés de richesses spirituelles que nous ne méritions pas, et dont la possession ne nous empêchera pas de succomber si nous ne retrouvons pas l’eau dont nos pères se sont abreuvés et que nous avons laissé recouvrir par l’ennemi. Prenons la pioche en main, besogne humble, méprisée peut-être, qui nous fera traiter d’attardés, qui nous vaudra l’hostilité du monde. Mais le geste a toujours été pareil, des creuseurs de puits qui se sont baissés pour trouver l’eau. Cette tradition, ne nous en écartons pas, elle est féconde. L’eau est toujours là, l’eau vivante, dont nos âmes doivent boire pour elles-mêmes si nous voulons la faire couler ensuite pour d’autres. Mais il nous faut l’énergie obéissante et patiente de la foi attachée au «sain enseignement».