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Le  TÉMOIGNAGE  de  DlEU

 

par André GIBERT, 1976

 

1     LE TÉMOIGNAGE DE DIEU DANS LES TEMPS DE L’IGNORANCE

1.1      Le double témoignage

1.1.1      Les oeuvres de Dieu en création.

1.1.2      La Parole de Dieu.

1.1.3      Satan et le double témoignage de Dieu.

1.2      Les temps de l’ignorance

1.2.1      À la chute

1.2.2      Avant le déluge

1.2.3      Sans loi

1.3      Promesses et loi

2     «Jésus Christ, le témoin fidèle et véritable»

2.1      Sa qualification

2.1.1      La Personne

2.1.2      La mission

2.2      Sa fidélité

2.3      Effets de ce témoignage

2.4      Le témoin qui demeure

3     Le témoignage de Dieu pendant le temps de l’Église sur la terre

3.1      Témoignage du Saint Esprit

3.2      Christ, substance de ce témoignage

3.3      Les porteurs de ce témoignage

3.4      Le témoignage de Dieu aujourd’hui

 

 

En disant «le témoignage de Dieu», nous entendons que c’est Dieu lui-même qui témoigne : malheur à qui mettrait en avant son propre témoignage quand Dieu donne le sien. Un témoignage est rendu pour établir la vérité là où elle est ignorée ou contestée : nul besoin de témoigner, auprès de ceux qui voient, que le soleil brille, mais un aveugle-né n’en a l’idée que par ce que des voyants lui rapportent. Un témoignage est fait pour être reçu : qui le récuse accuse de mensonge celui qui le rend : malheur à qui fait Dieu menteur ! Le témoignage de Dieu est donné au sein d’un monde éloigné de Lui par le péché; il montre les ressources divines, il est un effet de la grâce, mais il impose à l’homme de le recevoir : l’homme est responsable selon la vérité que Dieu le sait à même de connaître.

De fait, Dieu a placé devant l’homme un double témoignage : celui de ses oeuvres et celui de sa Parole. Le psaume 19 les présente se faisant pendant, et on les retrouve rapprochés, entre autres passages, dans l’épître aux Romains, 1:18-32 et ch.2, puis 10:18.

 

1                    LE TÉMOIGNAGE DE DIEU DANS LES TEMPS DE L’IGNORANCE

1.1   Le double témoignage

1.1.1       Les oeuvres de Dieu en création.

En premier lieu, Dieu s’est toujours fait connaître à l’intelligence par ses oeuvres visibles. «Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’étendue annonce l’ouvrage de ses mains». La création proclame et glorifie son auteur. «Il n’y a pas de paroles», et pourtant un langage est discernable, une voix des choses, et l’homme est appelé à admirer et à se laisser enseigner (Ps. 8 et 19).

Que doit-il en effet reconnaître d’après ce témoignage de la création ?

- d’abord la puissance éternelle et la divinité d’un Créateur, au nom magnifique, à la majesté de qui il doit donner gloire, et qu’il doit craindre (Rom.1:20, 21; Ps.8:1).

- en regard, la petitesse de l’homme (Ps. 8:3, 4), mais aussi son mystère (v.5); Dieu s’occupe de cet être, fait de peu inférieur aux anges et placé pour dominer sur les oeuvres de Ses mains; il doit donc se montrer digne de Lui;

- et ce Dieu est bon, il est la providence de ses créatures, spécialement de l’homme (Ps.104:10-14; Actes 14:17); il faut donc se confier en Lui.

Mais en même temps, que de faits troublants, et combien sont impénétrables à l’homme les voies de cette providence ! La création subsiste par les bienfaits divins, et elle gémit sous mille calamités, la souffrance est partout. «L’homme ne peut comprendre, du commencement à la fin, l’oeuvre que Dieu a faite» (Eccl.3:11; cf.9:2). Tout est gâté dans une oeuvre initialement admirable et qui, dans sa dégradation, conserve tant de marques de la puissance et de la bonté du Créateur.

L’énigme est finalement celle du bien et du mal. Ces témoignages concrets sont propres à agir sur la conscience, qui est la connaissance intérieure du bien et du mal. Si déformée qu’elle soit elle-même, elle impose à son possesseur qu’il est une créature tombée, et tombée de d’autant plus haut qu’elle est si richement douée, son âme ayant été faite vivante par le souffle de Dieu, son intelligence et sa sensibilité décelant la «race de Dieu» (Actes 17:29). L’homme a une conscience depuis et parce qu’il est pécheur; il naît tel et sa conscience parle à mesure qu’il grandit. Tout à la fois il éprouve le besoin de trouver Dieu et il refuse de venir à Lui, car il a peur; il se cache comme Adam, et Satan excite cette peur. La création lui parle de Dieu, mais elle ne donne à la conscience ni certitude ni apaisement.

 

1.1.2       La Parole de Dieu.

Voir les oeuvres de Dieu ne suffit donc pas, le craindre n’est qu’un commencement : il faut écouter Dieu, le croire. Car Il a parlé, avec bonté, avec grâce, mais comme le Dieu saint et juste. Partout où se fait entendre sa parole, l’homme est tenu de répondre par la foi. «C’est par elle que les anciens ont reçu témoignage» (Héb. 11:2). La foi «croit que Dieu est, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le recherchent» (v.6), mais toujours elle «vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la parole de Dieu» (Rom. 10:17). Voir sans croire a été de tous les temps, mais la foi n’a pas besoin de voir : «bienheureux ceux qui n’ont point vu et qui ont cru» (Jean 20:29). Il n’est pas moins vrai que le témoignage des choses crées et celui de la Parole de Dieu se complètent. «Un vrai adorateur de Dieu l’honore à la fois dans ses oeuvres et dans sa Parole» (J.G.Bellet). Il est beau de voir comment l’apôtre Paul, en Rom.10:18, va jusqu’à identifier le langage des cieux visibles et celui de l’Évangile de Dieu. Il fait du soleil l’emblème de celui-ci. Et n’est-il pas l’emblème et le héraut du Seigneur lui-même, la Parole faite chair, substance de cet Évangile ? Tel le soleil vivifiant la terre, Il est la lumière qui ne fait qu’un avec la vie et qui, «venant dans le monde, éclaire tout homme» (Jean 1:9).

 

1.1.3       Satan et le double témoignage de Dieu.

Contre ces deux témoignages, Satan s’est toujours élevé, obscurcissant l’esprit des hommes et faussant ou faisant taire leur conscience.

Il a contrefait les oeuvres de Dieu. Non qu’il puisse créer, il n’est qu’une créature, et le «doigt de Dieu est là pour l’arrêter (Ex. 8:16-19). Mais il a su, en utilisant des forces naturelles déviées par son pouvoir à son profit, s’assujettir les hommes détournés de Dieu. La sorcellerie, la divination, la magie (toute supercherie mise à part), sont attestées par l’Écriture; le point culminant des opérations sataniques sera atteint quand «sera révélé l’inique, dont la venue est selon l’opération de Satan, en toutes sortes de miracles et signes et prodiges de mensonge, et en toute séduction d’injustice pour ceux qui périssent» (2 Thess. 2:8,9).

D’autre part, Satan emploie les oeuvres de Dieu pour abuser l’homme en satisfaisant les besoins religieux qui sont inhérents à celui-ci. Les païens ont déifié les astres, les phénomènes de la nature, ils les ont adorés au lieu de glorifier leur Créateur, aussi bien qu’ils ont imaginé des dieux personnifiant les passions des hommes.

Il a, enfin, amené l’homme à se glorifier de ses oeuvres propres, loin de rendre grâce à Dieu d’où procède son intelligence et d’employer cette intelligence à Le servir dans l’obéissance. Satan lui a fait croire qu’il devenait Dieu par son génie, qualifié de créateur : Tu peux tout, même atteindre les astres ! Des statues grossières de bois ou de métal aux peintures et aux sculptures les plus achevées et aux produits immatériels les plus raffinés de l’art, de la mystique ou de l’occultisme, c’est toujours Satan qui se cache derrière d’innombrables idoles.

Le même ennemi s’est emparé de la Parole de Dieu pour tromper l’homme. Il la déforme, ou il la contredit, ou il persuade l’homme qu’elle se contredit. C’est toujours le «Quoi ? Dieu a dit ?», insidieux ou agressif, auquel Ève ni Adam ni leur descendance n’ont su résister en retenant la Parole dans son intégrité. La frelater, la falsifier, pour qu’on la nie, tel est, aujourd’hui plus que jamais le travail trop souvent couronné de succès du faux ange de lumière. Menteur et meurtrier dès le commencement, il travaille sans relâche pour que les hommes fassent Dieu menteur.

1.2   Les temps de l’ignorance

1.2.1       À la chute

Dieu avait parlé à l’homme innocent, et celui-ci a écouté Satan au lieu de garder la Parole de Dieu. Le résultat est qu’il s’est caché en entendant la voix de l’Éternel Dieu dans le jardin. Dieu alors parle à l’homme devenu pécheur, met à nu son état, prononce la sentence de jugement qu’impliquait la défense enfreinte, mais il donne une parole d’espérance et de salut en la «semence de la femme», un Rédempteur qui souffrira, mais qui brisera la tête du serpent. Depuis lors, cette parole s’est enrichie par révélation d’une époque à l’autre. Tandis que la création continuait de proclamer la gloire de Dieu, la Parole, vérifiée toujours plus, hélas, quant aux conséquences du péché, toujours plus distinctement aussi promettait que serait tenue la promesse d’un Sauveur, vers lequel elle tournait les regards de la foi.

 

1.2.2       Avant le déluge

Comme Adam et Ève, leurs fils avaient à garder la déclaration divine. Caïn en eut connaissance comme Abel, mais sans la croire, alors que Dieu a rendu témoignage aux dons de foi de son frère. La descendance de Caïn a pu la connaître comme Seth et sa descendance : mais d’un côté on a invoqué l’Éternel, de l’autre on a multiplié la «méchanceté» au point que le déluge est venu mettre fin à un «monde d’impies».

 

1.2.3       Sans loi

Le petit groupe humain préservé à travers le déluge grâce à la foi de Noé, recommence l’histoire sous des cieux d’où les eaux du jugement ne sont plus à craindre (l’arc-en-ciel en témoigne) et avec une Parole accrue des termes de l’alliance faite avec Noé, fondée sur un sacrifice. Mais au lieu de marcher à cette lumière les descendants de Noé, «ayant connu Dieu ne le glorifièrent pas comme Dieu» (Rom.1:21). Ils se sont glorifiés dans les oeuvres de leurs mains, et ils ont méprisé la Parole de Dieu qui avait créé l’homme et l’avait béni afin qu’il «remplisse la terre», bénédiction et injonction renouvelées après le déluge (Gen.1:28; 9:1; 11:4). Dispersés en jugement après Babel, ils se créent autant de religions qu’ils ont de langues, chacune avec ses dieux, ses rites, ses superstitions. Leur conscience insensibilisée par l’idolâtrie (Rom.1:23), ils sombrent dans les pires dépravations morales, Dieu les livre à leurs convoitises, et ce sont les passions infâmes (Rom. 1:25), avec toutes les imaginations nées de l’esprit réprouvé auquel il les a livrés. Une sagesse humaine poussée très loin s’associe sans difficulté à l’idolâtrie, comme cela s’est vu tant en Extrême-Orient qu’en Orient, en Grèce et ailleurs, mais une sagesse ignorante de Dieu. Elle pu s’incorporer des bribes de la révélation divine, reçues par tradition ou par écrit, et peut-être des rayons du foyer de lumière d’Israël ont-ils pénétré plus loin que nous ne supposerions, comme l’exemple de la reine de Sheba le montre. L’Écriture, à propos d’un Nemrod, d’un Abimélec, d’un Balaam, comme d’un Jethro ou d’une Rahab, sans parler de Job et de ses amis, atteste que ce monde «destitué d’intelligence» et de sens moral s’est toujours ressenti d’avoir «connu Dieu». Mais les plus grands génies du paganisme n’ont guère qu’entrevu les problèmes décisifs, et les philosophes les plus renommés ont laissé plus de brumes que de clartés.

Dieu pourtant ne se laisse pas sans témoignage (Actes 14:17). Outre celui toujours intact de la création, et ces lambeaux de la révélation surnageant dans le naufrage général, Dieu a le moyen de parler dans le secret aux âmes des humains, «une fois, deux fois...» (Job 33:14-16), et cela dans tous les temps. Le fait-il chez les païens d’aujourd’hui, sans parler des masses déchristianisées ? Peut-on penser à une action de la grâce de Dieu dans les individus, au sein de ténèbres épaisses où l’Évangile n’a pas encore pénétré, s’agît-il même de peuples qui, ayant connu Dieu jadis ont été punis dans leur descendance et frappés d’égarement ? Laissons le juge de toute la terre faire ce qui est juste (Gen.18:25). Lui seul sait de quelle façon il aura parlé à une âme, pour un salut éternel qu’elle aura ou refusé, ou reçu en reconnaissant son état de perdition. Bien entendu Dieu agit toujours sur la base de l’oeuvre accomplie à la croix; mais il y aura de toute tribu, et langue, et peuple, et nation, devant le trône de l’Agneau immolé.

1.3   Promesses et loi

Mais d’autre part Dieu a exprimé directement sa volonté, oralement et par écrit, à un peuple au milieu duquel «de saints hommes de Dieu ont parlé, étant poussés par l’Esprit saint» (2 Pierre 1:21).

Il avait parlé à Abraham, le tirant de l’idolâtrie, lui donnant des révélations nouvelles et lui faisant des promesses sans condition, confirmées ensuite aux autres patriarches.

Il tire au temps voulu son peuple d’Égypte, lui donne une loi écrite, dont ce peuple est responsable. Il est présent au milieu de lui par l’arche appelée de façon significative «arche du témoignage», le lieu où il s’entretenait avec Moïse. Tout le long du voyage, puis en Canaan, elle parlait des droits de l’Éternel (la loi logée à l’intérieur de l’arche constituait le «témoignage» même), de la sainteté redoutable de sa présence. Mais elle parlait aussi de ses promesses en grâce, donnant au fidèle confiance et crainte, avec l’assurance que tous les types de l’action souveraine de Dieu en grâce auraient un jour leur réalité. La loi exprime la volonté à laquelle l’homme doit se soumettre pour être béni (Ps.78:5).

C’est cette «loi», ces «témoignages», ces «ordonnances», ce «commandement», ces «jugements», que célèbre le Psaume 19:7-11. Le fidèle y trouve perfection, sûreté, pureté, droiture, vérité, justice; il en proclame l’inestimable prix, y puise joie et réconfort. Et pourtant, la loi n’apportait pas le salut; elle met en évidence le péché sans en affranchir le pécheur, elle agit sur la conscience (v.12,13) pour que l’âme se juge devant Dieu, et demande qu’Il la sonde, lui ne pouvant le faire à fond. Mais le croyant de notre psaume s’arrête moins aux exigences de la loi et aux conditions mises par elle à la bénédiction, qu’au bonheur d’avoir la Parole d’un Dieu vivant, qui s’est révélé. Ce Dieu s’occupe d’un peuple qu’il aime; il le discipline, il le délivrera : l’Éternel est l’espérance d’Israël à travers toutes ses tribulations. C’est ce que le psaume 119 développe magnifiquement, et que l’Homme parfait, Jésus, a réalisé. Le coeur de l’adorateur vrai, sous la loi, pouvait jouir de Dieu, non sans doute comme nous qui le connaissons comme Père, mais parce que sa conscience atteinte se reposait sur Lui qui pouvait le garder, Quelqu’un à qui l’on peut s’attendre. Le fidèle en parle comme de son Rocher et son Rédempteur, bien que la rédemption fût encore à venir. Le salut luira un jour, mais l’âme est déjà «restaurée» (ou ramenée; c’est le même mot qui est traduit par «retourner» au Ps.51:13, «convertir» en És.6:10). Elle regarde non vers elle-même, mais vers le Sauveur que Dieu donnera.

Dieu rend ainsi témoignage, au milieu d’une masse incrédule, par de tels hommes pieux pour lesquels Il est source d’espérance, de paix et de joie. Il y en toujours eu, quoique placés dans des relations différentes. Ainsi la famille de Seth avant le déluge, Abraham et la sienne, puis les croyants suscités en Israël, tout le long de son histoire. Histoire bien triste, enregistrée dans la Parole écrite comme la réaction de l’homme naturel devant la loi de Dieu : l’humanité a été testée en ce peuple mis à part pour un témoignage collectif. Il y a outrageusement manqué, au point que le nom de Dieu a été blasphémé parmi les nations à cause d’eux (Rom.2:24). En réalité, quelles que soient les dispensations, tout témoignage confié à des hommes a failli; mais jamais le témoignage de Dieu n’a cessé d’être présenté non seulement par la création mais par la Parole crue et vécue par des témoins, chacun avec sa foi personnelle, et groupés selon les voies de Dieu en un résidu plus ou moins important, plus ou moins compact, plus ou moins apparent. Il n’en a pas manqué même dans les temps de pire ruine, tels un Élie, un Jérémie. Si quelques noms seulement figurent dans la liste d’honneur d’Hébreux 11, tous, connus de Dieu, sont englobés dans la «grande nuée de témoins» qui «ont reçu témoignage par la foi», bien que «n’ayant pas reçu les choses promises». Confiants dans le Dieu des promesses, ils témoignaient que leurs regards tournés vers l’avenir y voyaient croître la lumière jusqu’à la pleine révélation de Dieu, c’est-à-dire CHRlST.

 

2                     «Jésus Christ, le témoin fidèle et véritable»

 

«Le témoin fidèle et véritable» (Apoc.3:14), il n’en est qu’un et ce ne peut être que Jésus Christ, fidèle dans l’accomplissement de sa mission, et véritable, non seulement véridique – celui qui ne peut mentir – mais ayant seul droit au titre de porteur du témoignage de Dieu dans sa plénitude et dans sa parfaite authenticité.

2.1   Sa qualification

Il est qualifié pour être ce témoin, à la fois par ce que sa Personne a d’unique, et par ce qu’a d’unique sa mission.

 

2.1.1       La Personne

Dieu et homme, il est à la fois le témoin, l’objet du témoignage, et le témoignage lui-même. Un témoignage vivant. Pas un simple instrument qui, si excellent qu’il puisse être, ne peut que transmettre un message, ou une voix comme l’était Jean le Baptiseur, mais une Personne, ne faisant qu’un avec ce qu’elle dit (Jean 8:25). Et quelle Personne ! De quel autre que du Fils pouvait-il être parlé comme de la Parole faite chair, cette Parole qui était auprès de Dieu, et qui était Dieu ? «Dieu nous a parlé dans le Fils» (Héb.1:1). Une Personne de la Trinité a été présente ici-bas, rendant témoignage non en tant que Dieu tout-puissant confondant la créature coupable, mais comme un homme parmi les hommes, le Fils de l’homme qui est dans le ciel, et qui est descendu du ciel, apportant la grâce et la vérité. «Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec Lui-même» (2 Cor.5:19).

C’est principalement dans l’évangile de Jean, dont le sujet est le Fils de Dieu homme, que Jésus est vu comme le témoin céleste sur la terre, avec des preuves à l’appui. Il en fournit particulièrement en deux circonstances.

En Jean 5:31, cet homme va lui même au-devant de l’objection de ceux qui le contestaient «parce qu’il disait que Dieu était son propre Père, se faisant égal à Dieu» (v. 18). Soit, «si moi je rends témoignage de moi-même, mon témoignage n’est pas vrai», dit-il, mais j’ai pour répondants des témoins que vous ne pouvez pas récuser. Et il énumère : 1° Jean le Baptiseur, qui l’avait annoncé (Matt.3:11), puis présenté non seulement comme l’Agneau de Dieu mais comme le Fils de Dieu (Jean 1:29,34); 2° les oeuvres qu’il accomplissait, et qui portaient, comme celles de la création, la marque divine; 3° le Père lui-même, qui avait rendu et qui allait rendre encore publiquement témoignage à son Fils (Matt.3:17; Jean 12:28); 4° les Écritures, qui toutes rendaient témoignage de Lui.

En Jean 8:13-18, il en va autrement. Jésus venait de proclamer : «Moi, je suis la lumière du monde», et l’objection est aussitôt soulevée : «Tu rends témoignage de toi-même, ton témoignage n’est pas vrai». Il répond cette fois comme Dieu à cette provocation d’aveugles niant la lumière alors qu’elle luit. Il affirme d’autorité divine son témoignage, le témoignage de Celui qui sait d’où il est venu et où il va. Eux jugeaient selon la chair, mais même ainsi ils auraient dû reconnaître devant eux deux témoignages, celui du Père et le sien : et si le témoignage de deux hommes est vrai, que dire de deux personnes divines ? Le Père est avec Lui, qui peut juger et qui pourtant ne juge personne, comme il vient de le montrer en libérant la femme adultère. Mais seule la foi peut voir le Père dans le Fils.

 

2.1.2       La mission

Nul autre que le Fils ne pouvait révéler le Père, et le révéler en devenant homme.«Personne ne vit jamais Dieu, le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui l’a fait connaître» (Jean 1:18). «Si vous m’aviez connu, vous auriez connu aussi mon Père» (Jean 8:19). «Celui qui m’a vu a vu le Père (Jean 14:9). Il apporte plus que la Parole de Dieu prêchée et les oeuvres de Dieu accomplies, mais Dieu révélé dans ce qu’Il est – lumière et amour, ce qui dans un monde de péché s’exprime par «1a grâce et la vérité».

Venu du ciel, il rend témoignage de ce qu’il a vu et entendu, que nul autre n’avait pu voir ni entendre, les choses du ciel, le langage du ciel (Jean 3:13,32). Il en rend témoignage en parlant en paroles données par son Père, et en faisant les oeuvres qu’il lui donnait à faire (Jean 17:8; 12:49,50;5:36).

Il confirme tous les témoignages précédemment rendus par des hommes de Dieu, les paroles des prophètes; Il les complète, mais pour conduire plus haut que les choses terrestres, et révéler les choses d’en haut (Jean 3:11;13). Il est le témoin de la fidélité de Dieu à ses promesses et à son propos éternel, savoir d’établir une création nouvelle, par lui, le Christ abaissé puis glorifié.

«Je suis venu», dit-il à Pilate, «afin de rendre témoignage à la vérité» (Jean 18:37). C’est pour cela qu’il était né, et c’est pour cela qu’il était venu dans le monde. Il témoignait de la vérité sur Dieu (Jean 1:l8). Il en a fait connaître les perfections multiples : «J’ai annoncé ta justice, ... ta fidélité, ... ton salut, ... ta bonté, ... ta vérité» (Ps.40:10). Jean avait bien déjà «rendu témoignage à la vérité» (Jean 5:33), mais il n’était pas la lumière, il rendait seulement témoignage de la lumière : avec Jésus la lumière était là, plus éblouissante que le soleil, «éclairant tout homme» (Jean 1:8,9).

Et par là Jésus témoignait de la vérité sur le monde, dévoilant son terrible état de péché. «Je rends témoignage du monde, disait-il à ses frères, que ses oeuvres sont mauvaises» (Jean 7:7; cf.3:19,20). Non pas seulement du monde en général, mais de «tout homme»; chacun de nous est mis à découvert par cette lumière. L’état de l’homme en Adam est démasqué. Il ne cache rien de ce qu’il lit dans nos coeurs, et il le fait pour notre bien : c’est un bonheur qu’il n’ait pas caché nos péchés, car il est venu pour les porter, et seul il pouvait les porter, pour les expier.

2.2   Sa fidélité

Tous les traits de ce témoin véritable, au cours de sa carrière, le montrent comme le témoin fidèle. Ils sont en parfaite harmonie avec son message de grâce et de vérité. Ses paroles, nous l’avons vu, le Père les lui a commandées. Ses oeuvres, il les tient du Père et les fait avec Lui. Il accomplit tout en serviteur fidèle, d’une obéissance unique parce que volontaire, une obéissance parfaite.

Il n’a jamais failli. On ne pouvait le prendre en défaut ni dans ses paroles («jamais homme ne parla comme cet homme», Jean 7:46), ni dans ses actes («celui-ci n’a rien fait qui ne se dût faire», Luc 23:41).

Cette fidélité et cette intégrité s’accompagnaient d’une humilité allant jusqu’au renoncement total à soi-même (Matt.12:19). De là cette douceur exquise, cette débonnaireté propres à l’«ami des pécheurs», aussi bien que cette vigueur avec laquelle la méchanceté est dénoncée et l’hypocrisie confondue. Tout est grâce et vérité dans le comportement de celui qui allait de lieu en lieu faisant du bien. Il ne rend témoignage de lui-même que lorsqu’il est nécessaire d’établir que Dieu est là non pour juger le monde mais pour le sauver.

Puis, après avoir constamment «pris nos langueurs» et «porté nos maladies», il donne la manifestation suprême de ce qu’Il est et de ce qu’est Dieu, par le sacrifice de lui-même et sa mort sur la croix. Il rend témoignage à la vérité en laissant sa vie. Par là seulement toute la sainteté et toute la justice de Dieu sont revendiquées et satisfaites; et par là est manifesté l’amour de Dieu (l Jean 4:9), aussi bien que l’amour de Jésus pour le Père et pour les pécheurs que nous sommes.

En contrepartie, l’homme a dû mettre là en évidence toute la méchanceté de son coeur et son assujettissement à Satan, mais c’est là aussi que Christ, «ayant dépouillé les principautés et les autorités», les «a produites en public, triomphant d’elles en la croix» (Col.2:15).

2.3   Effets de ce témoignage

La croix, venons-nous de dire, a rendu manifeste ce que tout le ministère du Seigneur avait déjà fait apparaître : l’inimitié de l’homme contre Dieu. La perfection du témoignage de Dieu en Jésus est comme un réactif de notre état moral. C’est pourquoi on n’a pas voulu de lui. La pureté de sa vie fait ressortir notre souillure, son humilité notre orgueil, son renoncement notre égoïsme, son obéissance notre col roide, sa vérité notre mensonge. En lui on a haï le bien, on haïssait Dieu. Celui qui n’a pas cherché à plaire à lui-même, on l’outrageait; pourquoi ? Il donne la réponse : «Les outrages de ceux qui t’outragent sont tombés sur moi» (Ps.69:9; Romains 15:3).

Rien n’est solennel comme le fait que le monde n’a pas reçu le témoignage de Dieu rendu par son Fils. «Pourquoi suis-je venu, et il n’y a eu personne ? Pourquoi ai-je appelé, et il n’y a eu personne qui répondît ?» (Ésaïe 50:2). «Nous disons ce que nous connaissons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage» (Jean 3:11). «La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas comprise» (Jean 1:5). La lumière physique chasse les ténèbres, rien n’est caché à la chaleur du soleil, mais le monde aveuglé par le dieu de ce siècle refuse le témoin fidèle, et offense Dieu qui parle par Lui. S’ils ont vu, c’est pour haïr : «Ils ont et vu et haï et moi et mon Père». Méconnu par le monde, rejeté par les siens, et dès le début (Luc 4:29), l’Homme de douleurs l’a été toujours davantage jusqu’à ce qu’on croie s’être débarrassé de lui en le crucifiant.

Le refus n’a pas, il est vrai, toujours revêtu la forme violente, mais, violent ou non, c’est le refus du témoignage de Dieu, et ce témoignage accuse et jugera ceux qui n’en ont pas voulu (Jean 3:32-36; 12:47, 48). Une indifférence méprisante était tout aussi significative, et plus encore une acceptation apparente, au vu des miracles, mais sans la foi : la conscience n’étant pas atteinte, il n’y avait pas de repentance (Jean 2:23-25). Une religion de plus, ou un peu plus de religion charnelle, mais pas de nouvelle naissance. Il en est toujours de même. La responsabilité n’en était (et n’en est) pas moins engagée, et le jugement sera plus grand pour ceux qui auront goûté plus que d’autres quelque chose de 1a lumière et s’en sont détournés. Le Seigneur fait peser cette responsabilité sur les villes de Galilée (Matt.11:20-24).

Mais «à ceux qui l’ont reçu», il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu, savoir «à ceux qui croient en son nom». Celui qui croit «a scellé que Dieu est vrai» (Jean 3:33). Quel contraste avec celui qui fait Dieu menteur !

Ils étaient en petit nombre, ceux qui croyaient le témoin véritable – un petit troupeau écoutant la voix du vrai Berger. Il se les est associés, aussi ignorants et lents à comprendre qu’ils fussent. Il leur signifie, avant «d’aller à Dieu», qu’ils seront ses témoins (Jean 15:27; Actes 1:8), et une fois qu’il aura quitté la scène, ils lui rendront effectivement témoignage, avec et par l’Esprit saint envoyé du ciel, mais comme à Celui qui, mort et ressuscité, est glorifié et va revenir. Dans le monde laissé dans les ténèbres il place ses luminaires. Le temps de l’Église s’ouvre.

2.4   Le témoin qui demeure

L’Église manquera, comme l’homme responsable a toujours manqué, au témoignage qu’elle est appelée à rendre à son Époux céleste. Mais le Témoin fidèle et véritable n’a jamais laissé Dieu sans témoignage.

Aussi voyons-nous l’apôtre Jean, avant de parler des «choses qui sont», savoir l’histoire, affligeante, de l’Église sur la terre, s’adresser aux sept assemblées «de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle» (Apoc.1:5). Il le demeurera à travers toutes les circonstances de l’Église, l’objet de la foi des fidèles pour qui sa présence au ciel atteste leur parfait salut. Il est le modèle et la force des vrais témoins, comme Dieu s’en est toujours suscité, de même qu’il porte témoignage, devant tous les cieux, que l’oeuvre est accomplie qui permettra l’accomplissement des desseins de Dieu, et par laquelle le péché est aboli.

Et quand, au moment où va se clore l’ère de la chrétienté, que la vraie Église va être enlevée, que Laodicée est sur le point d’être vomie, absorbée comme Sardes dans ce qui va se développer sur la terre comme Babylone, la grande prostituée, on retrouve le Témoin (Apoc.3:14), affirmé à nouveau comme le fidèle mais aussi le véritable, en contraste avec cette contrefaçon de l’Église dont la fin sera la destruction. Il aura été la ressource pour les fidèles des siècles précédents, il l’est pour Philadelphie, et pour le croyant isolé de Laodicée.

Puis il prendra en main lui-même le témoignage de Dieu, qui est indestructible. Dans les temps prophétiques de la fin les fidèles n’auront pas le Saint Esprit habitant ici-bas, mais ils auront «le témoignage de Jésus», qui est «l’Esprit de prophétie» (Apoc.19:10). Ils tiendront ferme les promesses, en face de Satan déchaîné contre eux après avoir été chassé du ciel. Jésus témoignera par eux, jusqu’à son apparition en gloire comme le Fidèle et le Véritable (Apoc 12:17; 20:4; 19:11).

 

3                    Le témoignage de Dieu pendant le temps de l’Église sur la terre

3.1   Témoignage du Saint Esprit

Les temps de l’Église, de la Pentecôte à la venue du Seigneur pour enlever les siens, sont les temps du témoignage rendu sur la terre par le Saint Esprit, une Personne divine envoyée de la part du Père par Christ glorifié (Actes 2:33). Il emploie des hommes pour le diffuser : apôtres, prophètes, disciples qui ont été témoins oculaires, mais finalement tous les croyants, scellés de ce Saint Esprit. Il habite en eux, individuellement (1 Cor.6:19), et dans l’Assemblée (ou Église). Il rend témoignage par eux et avec eux : «L’Esprit de vérité, qui procède du Père, celui-là rendra témoignage de moi, et vous aussi vous rendrez témoignage» (Jean 15:26,27). Les Juifs ont rejeté ce témoignage (Actes 3-7), et c’est à l’Église qu’il est confié. Il est inchangeable. La puissance en est le Saint Esprit :  elle s’est déployée dans des actes plus grands même que ceux de Jésus, mais encore et toujours la Parole est l’arme de l’Esprit (Éph.6:17); elle est génératrice de la foi, et en forme la base permanente (Rom.10:17; Actes 20:23). L’Ancien Testament a été complété par les enseignements, ins­pirés, des apôtres et prophètes du Nouveau, et l’ensemble constitue la plénitude définitive de la révélation, toute concentrée sur Celui par qui Dieu s’est donné à connaître : Jésus Christ.

3.2   Christ, substance de ce témoignage

Le Saint Esprit rend témoignage à Jésus Christ descendu du ciel parmi les hommes – à Jésus rejeté, crucifié – à Jésus ressuscité, glorifié, – à Jésus qui revient pour régner – la même Personne hier, aujourd’hui et éternellement, et qui témoigne elle-même par Lui : le témoignage est en effet appelé tantôt «le témoignage de Dieu» (1 Cor.2:1), tantôt «le témoignage de Christ», confirmé par ses dons de grâce (1 Cor. 1:6), «le témoignage du Seigneur», cause d’opprobre mais sujet de joie pour la foi (2 Tim.1:8), «le témoignage de Jésus Christ» (Apoc.1:2,9).

Avant tout donc, ce témoignage proclame les droits de Christ, et sa glorieuse position présente, à la droite de Dieu. Le discours de Pierre en Actes 2 formule cela en quelques mots : «Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié» (Actes 2:36). L’ayant ressuscité, Il «lui a donné la gloire» (1 Pierre 1:21), et Il fait connaître que ce vainqueur fera bientôt valoir ses titres à régner. Dès maintenant des résultats bénis de son oeuvre sont produits : la vie éternelle, la vie de Jésus ressuscité, est donnée, et placée dans les siens encore ici-bas (Jean 17:2; 1 Jean 3:2; 4:17).

À ceux qui croient en lui est en effet assignée une position aussi assurée en Dieu que celle de Christ (Éph.2:6). Le Saint Esprit témoigne qu’ils ont la vie éternelle, et à son témoignage sont associés l’eau et le sang (1 Jean 5:6-8). Il n’y a pas de condamnation pour ceux qui sont ainsi en Christ (Romains 8:1). Dieu les scelle du Saint Esprit, et celui-ci insère en eux «le témoignage de Dieu au sujet de son Fils», en qui est la vie éternelle qu’Il nous a donnée (1 Jean 5:10-12). Quel témoignage que celui que «Dieu a rendu», et quelle responsabilité portent ceux qui, lui préférant le témoignage des hommes, outragent Dieu lui-même ! Et par ce Saint Esprit qui nous a été donné, l’amour de Dieu est versé dans nos coeurs (Rom.5:5). D’où la conséquence pratique : la vie étant communiquée à des hommes, ceux-ci sont appelés à la manifester au monde, y reluisant comme des luminaires porteurs de la parole de vie, et comme une expression de l’amour (Phil.2:15; Jean 13:35).

Mais il y a plus. Sauvés et tirés du monde, ils sont un, à la fois comme enfants de Dieu vivifiés par le même Esprit, et comme membres du corps de Christ, «baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps» (1 Cor. 12:13) – «l’assemblée qui est son corps». Il y a là un aspect tout nouveau du témoignage de Dieu; le silence avait été gardé sur ce mystère depuis les temps éternels, «caché dès les siècles en Dieu», et il a été révélé «par l’Esprit» aux «saints apôtres et prophètes» de Christ, et avant tout à l’apôtre Paul (Rom. 16:25,26; Éph. 3:3-6; Col. 1:25,26). Christ fondement sur lequel il bâtit lui-même son assemblée – Christ espérance de l’Église – Christ présentement Tête (Chef) glorifiée de son corps encore sur la terre mais lié à la tête par le Saint Esprit, partout nous trouvons le «grand mystère» donné à connaître : «Christ et l’Assemblée» (Éph. 5:32). C’est dans cette unité que les siens sont invités à se rassembler, hors du camp, portant son opprobre, autour de lui seul, sous le regard de Dieu, le Saint Esprit étant là pour tout diriger, adoration, prière, édification. L’exhortation demeure dans toute sa force, qui nous enjoint de «nous appliquer à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix» (Éph. 4:3).

Le témoignage de Dieu rendu par l’Esprit Saint dans le monde à Christ glorifié, est, redisons-le, quelque chose de solennel pour celui-ci, et nous avons, chrétiens, à bien en prendre conscience. Il convainc le monde «de péché», parce que le monde ne croit pas en Christ – «de justice», parce que le Père a fait asseoir sur son trône la victime de la suprême injustice des hommes – «de jugement», parce que l’effort culminant du chef de ce monde, le grand rebelle, a abouti à son irrémédiable défaite (Jean 16:8-11). Quant à la sagesse des chefs de ce siècle, elle les a fait crucifier le Seigneur de gloire (1 Cor.2:8), et maintenant, par la prédication de la croix, c’est la sagesse de Dieu que l’Esprit révèle en puissance. Et cette sagesse de Dieu, les lieux célestes peuvent la connaître dans l’Assemblée formée ici-bas par ce Saint Esprit selon le propos éternel de Dieu (Éph.3:9, 10).

Ce sont là les éléments essentiels du témoignage de Dieu sur la terre par le christianisme. Il ne peut varier, ni dans sa teneur ni dans son caractère divin. Évangile de justice et de salut pour les inconvertis pressés par l’amour de Dieu, principe et doctrine de vie pour chaque chrétien et pour l’Assemblée de Dieu, c’est ce qui a été «entendu dès le commence­ment» et qui doit «demeurer en nous» jusqu’à la fin.

3.3   Les porteurs de ce témoignage

Ce saint dépôt a été transmis intégralement par les apôtres (2 Tim.1:13; 2:2; 2 Pier.1:12; 3:1,2; 1 Jean 2:21) aux générations chrétiennes successives. Il est en lui-même inaltérable mais il pouvait être et il a été altéré dans sa présentation; surtout il y a eu contradiction croissante entre son contenu et les caractères de ceux qui se prévalaient de le détenir, sans s’y conformer. La chrétienté –c’est-à-dire l’ensemble de ce qui professe reconnaître Christ comme Seigneur, tout ce qui porte le nom de chrétien – a voulu en faire un élément de ce monde, et c’est là un mélange qui a toujours été abominable à Dieu. Satan, jugé mais non encore détruit et qui est «le dieu de ce siècle» (2 Cor.4:4) a tout employé pour s’assurer par là un pouvoir exceptionnel, sous le couvert d’une religion qui, se disant chrétienne, n’en est pas moins telle que l’aime le vieil homme. Les apôtres ont vu commencer cette ruine, qui est allée s’accentuant selon leurs prédictions (Actes 20:28-30; 2 Thes.2:3; 2 Pier.2:1-3; Jude; 1 Jean 2:18). Jean a été inspiré pour donner, par les chapitres 2 et 3 de l’Apocalypse, la vue d’ensemble des «choses qui sont», c’est-à-dire du passage de l’Église sur la terre. Celui qui marche au milieu des sept lampes d’or lui a fait consigner d’avance que Lui, le Seigneur, aurait à voir, à apprécier et juger en elles, selon la grâce et la vérité, et c’est un histoire plus triste encore que celle d’Israël :

- abandon du premier amour (Éphèse);

- d’où épreuve nécessaire de la foi, soutenue au sein des persécutions (Smyrne);

- le monde, de persécuteur devenant protecteur, introduit dans l’Église, et l’Église s’établissant dans le monde (Pergame);

- l’idolâtrie enseignée, tolérée et proliférante, alors que la lettre de l’Écriture est conservée, qu’il y a des oeuvres remarquables, et des esclaves de Dieu, mais mal enseignés (Thyatire);

- le nom de vivre mais la mort, la forme de la piété sans puissance, dans un corps affranchi initialement de Thyatire, parmi lequel les vérités du salut ont été vigoureusement remises en lumière, mais qui s’est associé aux puissances civiles, et laissé envahir par un rationalisme desséchant (Sardes);

- le Seigneur reconnaissant en Philadelphie une faible expression de son Église, avec l’amour fraternel, les vérités de la venue du Seigneur, de l’espérance de l’Église, du rassemblement autour de Christ, retrouvées, toutes conséquences du Cri de minuit;

- tandis qu’un ensemble professant, tiède et satisfait de lui-même, n’a pas besoin de Christ, qui à la fois le «conseille», l’avertit, et déclare que Lui, le vrai Témoin, va le rejeter avec dégoût (Laodicée).

3.4   Le témoignage de Dieu aujourd’hui

L’Église arrive au terme de cette histoire. Nous voyons sans doute possible coexister, après être apparues successivement, Thyatire, Sardes et Laodicée. Il y a eu incontestablement un temps où le témoignage de Dieu a été rendu par des Philadelphiens authentiques, séparés du monde, unis dans l’amour fraternel, humblement obéissants et actifs, évangélisant, allant avec peu de force mais ayant devant eux «la porte ouverte». L’ennemi en a pris une nouvelle occasion pour nourrir les prétentions de l’homme, et il n’a que trop bien réussi à détourner à son profit bien des richesses spirituelles du Réveil philadelphien pour en parer Laodicée. Il a fait de certaines le sujet de controverses destructives alors qu’il fallait garder l’unité de l’Esprit. Il a mêlé l’erreur à d’autres. Il en a dispersé entre des sectes sans nombre, jalouses chacune de sa vérité – de son lambeau de vérité. Il a tissé tant de toiles perfides autour de notions comme la venue du Seigneur, le royaume de Dieu, les opérations du Saint Esprit, les enveloppant d’un tel mélange de traditions, voire de superstitions, de raisonnements, d’élucubrations philosophiques, rationalistes ou mystiques, il a promu tant de systèmes organisés chacun selon son idée, que le monde chrétien se trouve dans une confusion effarante. C’est le prélude à ce renouveau de Babel que sera Babylone la grande, après l’enlèvement de la véritable Église.

Quel est le chemin pour qui veut être fidèle ?

Celui de toujours. Gardons-nous des chemins nouveaux qu’on nous propose.

«Je suis le chemin», dit Jésus. Lui reste «le même», il faut «fixer les yeux» sur Lui. C’est ce qu’ont fait les vrais témoins de toutes les époques, et singulièrement ceux de Philadelphie. Ils nous montrent la voie retrouvée, en dehors du monde, sous le regard du Père dont l’amour exclut l’amitié du monde, dans la confiance au Saint et au Véritable, l’obéissance à la Parole, et la vigilance de coeurs qui attendent réellement le Seigneur Jésus. L’amour fraternel est toujours appelé à «demeurer» (Héb.13:1), et la Table du Seigneur est toujours prête à accueillir les saints heureux d’y exprimer, hors du camp, en se souvenant de Lui selon qu’Il le désire, l’unité de son corps. Christ seul, connu par la Parole et par le Saint Esprit, ne peut qu’être tout pour qui a saisi que le témoignage de Dieu, c’est Christ.

Tel est le chemin ouvert devant nous. Ceux à qui la grâce a été faite d’en avoir été instruits dès l’enfance doivent s’estimer hautement privilégiés, et par là responsables : qu’ils ne vendent pas l’héritage de leurs pères !

Le sentiment de notre faiblesse doit nous pénétrer toujours plus, lié à celui de la ruine de l’Église responsable, dont nous faisons partie, car nous ne pouvons pas sortir de la grande maison. Ce sentiment nous fera compter sur le Seigneur pour que nous soyons séparés, comme il le demande, des «vases à déshonneur», pour être individuellement des vases utiles au Maître («Si donc quelqu’un se purifie de ceux-ci», 2 Tim.2:21), et pour poursuivre avec d’autres «la justice, la foi, l’amour, la paix», d’un coeur pur. L’état actuel ne change absolument rien à ces injonctions. Ne nous y trompons pas, «l’union qui n’est pas fondée sur la séparation du mal ne vaut rien» (J.N.D).

Il ne s’agit ni de gémir stérilement, dans une torpeur affligée, ni de s’indigner, ni de chercher à faire revivre le passé, mais de vivre dans le présent plus près du Seigneur, avec prière, d’être là où il nous veut, et de faire ce qu’il nous demande. Et il y a tant à faire, dans l’assemblée et dans le monde ! Nous ne serons jamais que des serviteurs inutiles, mais quelle grâce qu’il veuille nous employer comme tels !

Soyons gardés de nous croire parvenus à un état supérieur à d’autres chrétiens, reconnaissons avec joie le zèle et la fidélité que montrent, selon leur connaissance, beaucoup qui sont restés dans un milieu où Dieu les emploie mais où nous ne pouvons les suivre.

Ne nous prévalons pas davantage d’un niveau spirituel supérieur à notre état réel, mais tendons vers ce niveau, en confessant notre tiédeur dont nous devons avoir honte. Prenons confiance en Celui qui est malgré tout avec son pauvre résidu, de même que son Esprit et sa Parole (Aggée 2:4,5). Et ainsi nous n’aurons pas «honte de SON témoignage», au lieu de nous enorgueillir comme si ce dépôt était «nôtre» autrement que confié par la miséricorde de notre Dieu. Nous sommes bien près du sectarisme lorsque nous mettons en avant «notre» témoignage, et que nous parlons de faire quelque chose pour en sauvegarder la réputation, comme s’il y avait un autre témoignage que le témoignage de Dieu. On dit quelquefois que nous sommes appelés à témoigner de la ruine de l’Église, ce n’est vrai qu’en tant que nous avons charge de garder la vérité au milieu d’une ruine à laquelle nous avons part. La chrétienté ne peut être restaurée, elle touche à l’apostasie, les fidèles n’en peuvent finir avec elle que par la venue du Seigneur, mais ils ont à se retirer du mal pour exprimer ce qui est de Dieu et qui ne peut être ruiné. Être occupé des choses d’en haut, où Christ est assis à la droite de Dieu, le chrétien trouve là non un sujet de honte mais de gloire; cela est toujours vrai. Mais il est impossible de rendre témoignage comme assemblée de Dieu si l’on est associé aux systèmes religieux des hommes. «L’union de l’Église et du monde est l’oeuvre de Satan» (J. N. D.).

Il ne devrait pas être besoin de dire que le témoignage collectif dépend de la fidélité individuelle. La piété est toujours affaire personnelle. Prenons garde aux esprits séducteurs, en petits enfants dont chacun a reçu «l’onction du Saint». Que notre faiblesse nous fasse trouver en Christ seul la force nécessaire, craignons la mise en commun d’efforts bien intentionnés peut-être mais voués à l’échec dès l’instant qu’on met l’union à la place de Celui qui unifie.

«Tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prennent ta couronne». Elle est entre les mains de Christ, préparée pour être décernée. Ne nous emparons pas de la promesse si nous nous récusons lorsqu’il faut assumer ce qu’elle implique : l’opprobre dans la fidélité, la fermeté dans la faiblesse.

Nous supplions nos frères afin que nous nous arrêtions dans le tourbillon actuel pour bien «considérer nos voies». Que chacun, jeunes et plus âgés, fasse bien le point de sa position présente. Nous entendons dire parfois : «On nous répète toujours les mêmes choses», ou encore : «Ce sont là de belles paroles, mais creuses». Ah certes, il se peut que nos paroles rendent un son creux, faute de réalité dans notre marche. Mais la Parole de Dieu, elle, a-t-elle cessé d’être tout entière de pur or fin ? Le trésor placé dans nos vases de terre est d’un trop grand prix pour que nous le traitions avec négligence ou légèreté. Ou bien serions-nous comme les Israélites «dégoûtés de ce pain misérable» – la manne ! nourriture de leurs quarante ans de désert – ? Plus nous apprécierons le trésor plus nous comprendrons avec quel soin jaloux il faut le garder à l’abri du monde. Ce n’est pas là égoïsme, ou repliement sur nous-mêmes : l’Évangile de la gloire de Dieu exige d’être offert dans toute sa pureté, dans le sentiment profond des droits, de la justice et de l’immense amour de Dieu, et dans un amour vrai des âmes, un respect toujours plus grand de la Parole, la conscience de sa dignité et de sa majesté immuable, le souci de la gloire du nom de Jésus Christ. L’Évangile s’adresse à l’homme perdu pour le convaincre d’abord de son état désespéré, pour lequel il n’y a qu’un Sauveur. Ne rabaissons pas cet Évangile, comme cela ne devient que trop courant, pour l’accommoder aux goûts du jour.

 

Nous déclarer Philadelphie ? Qui l’oserait ? Mais quel chrétien éclairé oserait dire qu’il y a un autre chemin approuvé du Seigneur ? Comme cela a été dit plus d’une fois dans cette feuille même, nous ne pouvons faire face par nous-mêmes à nos responsabilités, mais nous avons à les regarder en face. Dieu sait ce et ceux qui portent aujourd’hui le caractère de Philadelphie, mais s’il n’y avait plus lieu à aucun témoignage philadelphien, c’est que nous serions déjà dans Babylone, et ce n’est pas encore le cas. Si nous prétendions être Philadelphie, nous tomberions ouvertement dans Laodicée. Mais refuser d’être de ce témoignage, c’est refuser le témoignage de Dieu, et c’est retourner soit à Thyatire soit à Sardes, rentrer dans le camp d’où le Seigneur a voulu nous faire sortir vers LUI.

Messager Évangélique 1976 p.85-151.    A.G.

 

 

Voir sur le même sujet :

H.R. «Le Témoignage», Vevey, 1904; «Le Témoignage de Dieu pour le temps actuel», Mess.Év.1918, p.281-321

A.G. «Quelques réflexions sur le Témoignage», Mess.Év.1929 p.17-62; «Questions actuelles à propos de Philadelphie», Mess.Év.1940 p.285; «Questions et réponses», Mess.Év.1969 p.73