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Quelques  RÉFLEXIONS  sur  le  TÉMOIGNAGE

 

Par André Gibert, 1929

 

Table des matières :

 

1. Le témoignage.

2. Le témoignage pendant l’économie [ou dispensation] actuelle

3. Le témoignage de nos jours

 

 

Au milieu de la confusion qui règne dans la chrétienté et qui ne fait que s’accroître, combien il est important de maintenir sans en rien abandonner les vérités qui ont été mises en lumière et maintenues par ceux qui nous ont précédés ! Le présent article a pour but de les rappeler sommairement en engageant tout particulièrement les jeunes à lire les écrits de ces frères dans lesquels elles sont exposées. L’ennemi cherche à les altérer en incitant les âmes à abandonner le vrai terrain de séparation des systèmes religieux, dont elles sont sorties afin de suivre simplement la Parole de Dieu.

1. Le témoignage.

Dieu a voulu de tout temps avoir des témoins pour lui sur la terre, des hommes qui, en face de l’indifférence, de l’incrédulité ou de l’idolâtrie, proclament non seulement que Dieu existe, mais qu’Il a parlé. Le témoignage met en évidence les droits de Dieu au milieu d’un état de choses où ils ne sont pas, ou ne sont plus reconnus. C’est la lumière au sein des ténèbres. Le monde gît dans ces ténèbres, et rares ou nombreux, les témoins brillent et disent : Dieu s’est révélé. Ils sont appelés à agir d’après ce que Dieu a dit; c’est la vie de la foi, l’obéissance de la foi. Ayant «reçu témoignage» de Dieu, ils lui rendent témoignage au milieu de ce monde (Hébreux 11); ils y manifestent la relation particulière dans laquelle Dieu les a placés par la foi.

Il est de toute importance de se rappeler que le témoignage est de Dieu, bien qu’Il le confie à des hommes responsables. Aussi, quels que soient les efforts de l’ennemi et les progrès du mal, Il ne s’est jamais laissé et il ne se laissera jamais sans témoignage. Un seul homme, nous le savons, a pleinement répondu à la pensée de Dieu; Il garde éternellement le titre de «témoin fidèle». Venu pour rendre témoignage (Jean 3:11,12,32), tant au sujet des choses célestes que des terrestres, Il l’a fait en perfection, quoi que cela ait pu lui coûter (Ps. 40:9-10). Il est le chef et le consommateur de la foi (Héb. 12:2). Mais l’Esprit de Dieu, dans le but de nous instruire, de nous encourager et de nous stimuler, nous parle d’une «grande nuée de témoins» qui ont montré sur la terre, sous des aspects divers, la vie de la foi à travers tous les temps. Sans doute, l’histoire de l’homme, telle que la Parole la retrace, prouve que tout témoignage, en tant que constitué par des hommes, a failli, mais elle montre aussi que, dans toutes les dispensations, Dieu s’est toujours suscité de nouveaux témoins. Quand l’ensemble manque, un résidu, plus ou moins nombreux, plus ou moins dispersé, garde la vérité et en témoigne, non seulement vis-à-vis du monde en général, mais vis-à-vis du corps professant infidèle au témoignage pour lequel il avait été établi. Ce fut et ce sera le cas en Israël, c’est le cas dans l’Église, comme nous le verrons plus loin.

Le témoignage a donc revêtu des formes multiples. On trouve d’ailleurs les témoins tantôt isolés, tantôt ensemble. Témoignage individuel, témoignage collectif, ont chacun leur place et leur valeur, mais ils sont liés ensemble. Le premier est évidemment à la base du second. La foi est individuelle, elle se manifeste par des œuvres de piété et par une conduite en rapport avec une connaissance personnelle de Dieu, que l’on craint et en qui on se confie; elle produit la séparation d’avec le mal qui règne dans le monde; de sorte que, dans tous les temps, le témoignage du croyant est caractérisé tout d’abord par une marche individuelle à la gloire de Dieu, comme on la trouve réalisée dans un Énoch. Mais le dessein de Dieu est toujours de rassembler ses témoins : un plein témoignage est collectif. Le principe en est posé par la loi terrestre, pour les choses de cette vie (Deut. 19:15), et il est maintenu par l’apôtre pour l’administration de l’Assemblée (2 Cor. 13:1); Jésus lui-même l’applique à son propre témoignage que le Père rendait avec lui (Jean 8:17-18). Être plusieurs, c’est un encouragement, une force pour les fidèles, même en un temps de ruine (Mal. 3:16), mais c’est aussi ce qui donne au témoignage son autorité. Dans l’énumération des hommes de foi de Hébreux 11, nous voyons avec Noé une maison, avec Abraham une race (v.9), avec Moïse un peuple pour rendre témoignage à l’Eternel. Et Christ ressuscité groupe pour le témoignage ceux que son Père lui a donnés (Héb. 2:13; És. 8:18); si réduit qu’il puisse être numériquement, ce dernier témoignage gardera jusqu’à la venue du Seigneur un caractère collectif, puisqu’il promet d’être présent au milieu de deux ou trois (Matt.18:20), et puisque, d’autre part, jusqu’à ce qu’il vienne, il en est qui se souviendront de sa mort dans la Cène prise en commun (1 Cor. 11:26).

L’objet du témoignage diffère, lui aussi, selon le temps, suivant l’état de ce monde, suivant l’étendue et le caractère de la révélation de Dieu, en un mot suivant ce que nous avons l’habitude d’appeler les dispensations ou les économies. Noé rend témoignage, après Énoch, de la prochaine destruction du monde par le déluge, et de la délivrance assurée aux siens par la foi. Abraham et ceux qui comme lui «sont morts dans la foi», rendent témoignage à la valeur des promesses divines. Moïse rend témoignage devant le Pharaon de la puissance de l’Eternel et de la prochaine libération du peuple. Israël, sauvé, gardé dans le désert, mis en possession de la loi divine, introduit dans le pays de la promesse, avait à témoigner de la présence au milieu de lui du Dieu qui siégeait entre les chérubins de l’arche du témoignage. Quand le peuple s’abandonne à l’idolâtrie, les prophètes et le résidu fidèle, loin de couvrir cette ruine, témoignent des droits de Dieu, annoncent le jugement et la restauration finale, parce que Dieu ne peut mentir. Rentré de captivité, le Résidu parle de l’immutabilité de ces promesses aussi bien que de la sainteté de Dieu, et dit que, si l’homme manque, Dieu est fidèle. Et du milieu de ce Résidu se lève au moment convenable, le plus grand des prophètes, «envoyé de Dieu pour rendre témoignage de la lumière» (Jean 1:7), la vraie lumière laquelle allait paraître au milieu des ténèbres de ce monde, dans la Personne de Christ.

Ainsi le témoignage a sa source en Dieu, il est suscité par Lui, enseigné par Lui; il ne prend sa valeur que dans la séparation d’avec un monde où Dieu n’est pas honoré, car il n’y a pas de communion entre la lumière et les ténèbres; et il se caractérise par l’obéissance à la Parole.

Il est donc du devoir de tous ceux qui ont à cœur la gloire de Dieu et qui savent que Dieu les appelle à être des témoins, de se rendre compte de ce qu’est ce témoignage. Cela n’est pas laissé à notre appréciation, mais nous avons les directions de la Parole de Dieu. Et nous avons à y prendre garde d’autant plus que Satan qui travaille toujours à ruiner le témoignage, le fait surtout en altérant ce que Dieu a établi, en substituant peu à peu aux directions divines une religion humaine, en enlevant pour ainsi dire à la profession humaine son âme et sa puissance pour ne lui laisser que des formes. On commence bien par l’Esprit, mais le danger est de finir par la chair.

2. Le témoignage pendant l’économie [ou dispensation] actuelle

L’économie à laquelle nous appartenons est celle qui s’ouvre par la descente du Saint Esprit, conséquence de l’ascension du Seigneur, et qui se terminera bientôt par le retour de Celui-ci pour enlever l’Église. Et l’objet du témoignage que les fidèles sont appelés à rendre est le plus élevé qui soit ; c’est Christ lui-même, caché au monde, mais glorifié dans le ciel. La foi le reconnaît comme Seigneur, voit en Lui la pleine révélation de Dieu, Dieu manifesté en chair. Les témoins antérieurs n’avaient que des ombres des choses célestes, mais voici les choses mêmes. Tout prend un jour nouveau du fait du passage de Jésus ici-bas. Le salut offert en grâce, la justice de Dieu révélée en salut envers quiconque croit, l’Évangile en un mot, mais aussi, et par là même, la colère de Dieu révélée (Rom. 1), l’homme laissé sans excuse (Jean 3:18; 9:39; 15:22-24) en face d’un jugement prochain qu’exercera Celui qui, rejeté et crucifié, a été reçu dans le ciel, ressuscité et glorieux : ce sont tous ces résultats de son œuvre que les siens ont à proclamer durant son absence. C’est Lui-même qui rend témoignage par eux, ils sont ses témoins, tout comme les apôtres auxquels Il dit en les quittant : «Vous serez mes témoins» (Actes 1:8). En un mot, ils parlent de Christ ressuscité, de ses droits à Lui, leur Seigneur. Ce témoignage est rendu dans la puissance du Saint Esprit, envoyé après la glorification de Christ, et c’est là la puissance d’une vie nouvelle. La vie de Christ dans les siens, voilà ce qui est manifesté au milieu du monde.

Ce témoignage est plus qu’aucun autre en opposition avec les principes de ce monde. Celui dont on parle a été mis à mort par le monde et demeure le Rejeté. Les siens ne peuvent être qu’en dehors du monde comme Lui.

Mais en dehors du monde, ils le trouvent Lui-même, centre de rassemblement pour tous ceux qui partagent son rejet. Et quel rassemblement ! Le témoignage collectif est appelé à revêtir, pour un objet aussi élevé, la forme la plus haute. Il est confié à l’Assemblée, l’Épouse, le Corps de Christ. Chacun est appelé à glorifier Christ dans sa marche individuelle, mais il y a un témoignage particulier, celui de l’unité de tous les siens: «Afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que toi, tu m’as envoyé» (Jean 17:21). C’est l’unité de la nouvelle création au milieu du désarroi de l’ancienne. Son principe vivant, c’est le Saint Esprit. Il unit la Tête glorifiée dans le ciel au corps qui est encore sur la terre. Cette unité du corps a son expression à la table du Seigneur qui en est le témoignage le plus frappant (1 Cor. 10:17). «Car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain.» La participation à la Cène est à la fois la communion du sang et du corps de Christ (1 Cor. 10:16), le mémorial et le témoignage de l’œuvre de la croix (1 Cor. 11:24-26). C’est là ce que, par l’Esprit, les premiers disciples ont été immédiatement conduits à faire (Actes 2:42-47; 4:32-33), bien qu’il fût réservé à Paul de révéler ce qui concerne l’Assemblée, témoignage pour la terre et pour le ciel (Éph. 3:10).

 

Ni l’objet, ni l’expression de ce témoignage dans l’Assemblée ne changent au cours de cette dispensation. Les «choses qui sont», dans Apoc.2 et 3, se rapportent toutes au Fils de l’homme glorifié, tenant en sa main sept étoiles, et marchant au milieu des sept lampes d’or. L’Esprit Saint, donné aux disciples par Jésus ressuscité (Jean 20), envoyé du ciel en puissance sur eux pour former l’Assemblée (Actes 2), demeure dans ce monde jusqu’à l’enlèvement de celle-ci. C’est la même Parole, la révélation maintenant complète, qui doit être gardée; c’est le même nom qui doit être honoré. La vérité du christianisme est une. Elle a été donnée par le moyen des apôtres, et jusqu’à la fin les croyants doivent toujours revenir à «ce qui est dès le commencement» et rejeter toutes les altérations, innovations, transformations dues à l’homme. Les enseignements concernant l’Assemblée demeurent : elle est la colonne et le soutien de cette vérité qui est immuable. Fondée sur le témoignage rendu à la divinité de Christ, le Fils du Dieu vivant (Matt. 16:17-18), elle tire sa force de Lui seul, son autorité de Lui seul. Sa responsabilité demeure la même depuis le commencement, savoir de ne pas associer le Nom du Seigneur au mal, de montrer en exercice ici-bas les caractères du Seigneur en sainteté et en amour, et de garder l’unité de l’Esprit, c’est-à-dire être dirigé en toutes choses par l’enseignement du Saint Esprit qui conduit naturellement à réaliser l’unité du corps. On ne peut assez remarquer que les épîtres s’adressent aux croyants comme à un tout, chacun y ayant sa place individuelle sans doute, mais tous étant unis au même titre, au même degré, dans cet ensemble qu’est l’Église, le corps de Christ.

 

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Mais si la position de Christ est immuable et si la fonction assignée à l’Assemblée sur la terre reste la même, ce qui a bien changé c’est la façon dont elle s’est acquittée de sa tâche. Elle a failli, comme l’homme l’a toujours fait. Dès le temps des apôtres, les germes du déclin apparaissent, et Paul, dans ses adieux aux anciens d’Éphèse, ainsi que Pierre, Jean et Jude dans leurs épîtres sont déjà obligés de mettre les saints en garde contre les faux docteurs et les faux frères qui s’étaient glissés parmi eux ou étaient sortis de leurs rangs et menaçaient d’entraîner peu à peu tout le troupeau. La simplicité et la fidélité de l’Église primitive s’évanouissent bientôt, le premier amour est abandonné, la barrière de séparation d’avec le monde tombe, la superstition et l’idolâtrie supplantent la vérité, et, malgré l’abondance des œuvres, l’Église responsable perd son caractère d’Épouse de Christ.

Il ne s’agit pas ici de décrire le triste tableau que les chapitres 2 et 3 de l’Apocalypse nous font de l’histoire de l’Église jusqu’au moment où le Seigneur doit dire : «Je te vomirai de ma bouche». L’Église rendait au début un fidèle témoignage, l’Esprit non contristé agissait avec puissance. La corruption, le désordre qui l’ont envahi ont obscurci ce témoignage. Dans la confusion actuelle peut-on reconnaître ce que la chrétienté devait proclamer : le nom de Christ, sa Seigneurie, l’autorité de la Parole, l’unité de son Corps ?

Tout se résume en ceci : l’Église, oubliant son appel céleste, s’est mêlée au monde. Elle a pris place dans le cadre de ce monde, comme un organisme social. Elle y a cherché une place dominante. Satan a réussi à mondaniser la croix de Christ qui était la condamnation du monde dont il est le prince. C’est ce qui est spécialement reproché à Pergame : «Je sais où tu habites, là où est le trône de Satan» (Apoc. 2:13). Historiquement cette fatale union a suivi immédiatement la période des persécutions des premiers siècles et s’est maintenue dans la suite.

Le Seigneur a laissé se développer les fruits des manquements humains dans l’Église. Il ne l’a pas rétablie dans son état initial sur la terre. Dieu ne recommence pas une histoire qui, parce que le cœur de l’homme reste le même, reproduirait la même suite de ruines. Mais cela ne change rien, répétons-le, à son propos, à l’appel céleste de l’Église, au fait que tous les rachetés du Seigneur forment son Épouse qu’Il se présentera bientôt; cela ne change rien non plus au fait que l’Église, jusqu’au bout, est responsable sur la terre de garder ce qui lui a été confié et sera jugée d’après la manière dont elle aura répondu à cette mission.

Cependant le Seigneur ne se laisse pas sans témoins. Il y en avait en Israël, il y en a dans l’Église sur la terre. Il en trouvera à son retour. Leur marche tranche sur celle de la chrétienté coupable; ils rendent témoignage vis-à-vis d’elle aux droits de Christ qu’elle méconnaît. Le Seigneur les distingue de la corruption. C’est Antipas, «mon fidèle témoin», à Pergame. Ce sont «les autres qui sont à Thyatire», ce sont les «quelques noms» de Sardes, c’est Philadelphie en contraste avec l’ensemble des dernières Églises. Tous ont ce trait commun de maintenir la vérité oubliée et de la manifester. Il importe de distinguer soigneusement entre ces témoins et la généralité des brebis du Seigneur. Dans la confusion grandissante, il est souvent difficile et même parfois impossible de les discerner, mais Lui les connaît. Le Seigneur connaît ses brebis, même celles qui sont plongées dans l’ignorance ou l’erreur et qui ne sont pas dans le chemin du témoignage, comme «mes esclaves» dans Thyatire. Les vrais témoins ne prennent pas leur parti de la défection générale et ont à cœur la pensée du Seigneur. Leur témoignage est un, dans un sens; il forme historiquement une chaîne ininterrompue, la chaîne de ceux qui ont continué à regarder au ciel et à se dire participants de l’appel céleste en faisant briller les vérités capitales du christianisme, tandis que l’Église se mêlait chaque jour davantage au monde jusqu’à ne plus s’en distinguer. À toutes les époques de l’histoire de l’Église, c’est par leur moyen que le Seigneur a agi pour que la vérité ne sombrât pas et que la Parole nous fût conservée, mais les formes de leur témoignage ont varié suivant l’état même du monde christianisé.

Nous n’avons, sur beaucoup d’entre eux, que de bien faibles notions. Le Seigneur sait où, comment, et au milieu de quelles luttes, des témoins, en Orient comme en Occident, ont maintenu la vérité durant les longs siècles du moyen âge. L’histoire en ignore la plupart; quelques rares documents, incomplets, parfois suspects, nous permettent d’en connaître quelques uns. La lumière qu’ils possédaient pouvait être faible, elle brilla néanmoins. Il semble qu’aucun d’entre eux n’a clairement compris la position de l’Église, épouse de Christ, la valeur de la Table du Seigneur, ni la vérité de son retour; les vierges sages comme les vierges folles se sont endormies. Mais ces témoins se tenaient en dehors des funestes doctrines de Jésabel, ils n’ont pas connu les profondeurs de Satan, et ont enduré l’opprobre pour le nom de Jésus. Ce qu’ils avaient, ils l’ont tenu ferme, même au prix de leur vie, en face des effrayants progrès du mal.

Ces progrès du mal étaient tels, qu’au temps de la renaissance, de turpitude en turpitude, l’Église dite chrétienne retournait au paganisme. Le mouvement de la Réforme, qui germait depuis longtemps sous terre, préparé par des témoins dispersés et obscurs, la secoua.

L’autorité de la parole de Dieu, la valeur de la Personne de Christ, la justification par la foi en son sang, l’action du Saint Esprit, la nécessité de la séparation du monde, tout cela fut prêché et propagé plus ou moins clairement. Ce fut une œuvre immense de libération, dont le contrecoup dans l’Église romaine elle-même devait être grand et bienfaisant, sans changer pourtant son caractère. Mais que dura cette œuvre ? Sans doute, les vérités remises en lumière restèrent connues en bien des lieux; mais très vite, au souffle puissant de l’Esprit, les hommes substituent leurs propres arrangements. La Réformation sombre sous l’influence des ambitions politiques. En Allemagne, en Angleterre, en Scandinavie, les princes l’accaparent pour leur profit, la dirigent, accroissant leur pouvoir de tout ce qu’ils enlèvent à Rome. À Genève, Calvin l’étouffe dans les règles étroites d’une dictature religieuse. Luthéranisme, anglicanisme, presbytérianisme, Église réformée, tout en maintenant la Bible, enclosent la vérité de Dieu dans des formulaires étroits, des confessions de foi qu’il suffit bientôt d’accepter des lèvres. Sorti de la Thyatire romaine, le nouveau corps religieux de la chrétienté, quels qu’en fussent par moments l’activité et le zèle, devait devenir celui «qui a le nom de vivre, mais qui est mort». Nous ne parlons pas ici des individus, du catholicisme aussi bien que du protestantisme, mais des systèmes religieux : or, il est incontestable que l’un a maintenu son association avec le monde et que l’autre s’y est adapté à son tour (*). Leur horizon est resté terrestre; ils réunissent le plus d’adeptes possible sans s’assurer si ceux-ci appartiennent vraiment à Christ par la nouvelle naissance. Le témoignage ne va pas, dans leur sein, au delà d’un témoignage individuel, et celui-ci, s’il est véritablement fidèle, ne peut que souffrir du milieu où il est appelé à se manifester, et chercher à en sortir.

(*) Il est significatif que ce soit dans les pays où ils étaient en minorité, et dans les temps des persécutions, en France avant l’Édit de Nantes et après sa révocation, chez les Vaudois du Piémont, etc..., que les chrétiens séparés de Rome aient maintenu le plus fidèlement leur caractère de témoins.

Beaucoup, effectivement, ont souffert, du 16° siècle à nos jours, de cet état de choses, du formalisme autant que de l’assujettissement des «églises» aux gouvernements de ce monde. De là les mouvements séparatistes, très nombreux, les «dissidents» (non-conformistes) qui dès le 16° siècle apparaissent en Angleterre, puis au 17° siècle les indépendants, puritains, etc. Mais chez tous, vérité et erreur se mêlent; on ne sort d’un règlement que pour s’en faire un autre; le seul progrès, c’est d’exclure en principe le pouvoir civil. Au 18° siècle les voix de prédicateurs pieux, Wesley et les siens, s’élèvent contre le scepticisme en général, mais ils ne peuvent se dégager entièrement d’une réglementation humaine et fondent le méthodisme, auquel fait pendant le piétisme en Allemagne. Enfin, à partir de 1815 environ, dans nos pays de langue française comme en Angleterre, l’Esprit de Dieu produit le Réveil, qui, derrière les dogmes desséchés et oubliés, fait reparaître l’Évangile simple, mais vivant, et fait désirer aux enfants de Dieu la liberté de l’action de l’Esprit. Un de ses résultats devait être, en France comme en Suisse, où la «Dissidence» apparaît dès 1816, la formation de nouveaux groupements de chrétiens; un peu plus tard naissent des «Églises libres», affranchies du pouvoir civil, mais qui restent régies par des règlements élaborés par des hommes; la plupart se fondent vers 1845-1850 dans des conditions très diverses, soit sous des influences personnelles, soit par l’effet de circonstances politiques. Et cet émiettement devait s’accentuer encore dans la suite. De sorte que l’effet extérieur du Réveil a été d’aggraver la multiplicité confuse des dénominations de la chrétienté; plus que jamais on put se demander où était le témoignage. Or, à ce moment même, Dieu travaillait à remettre en lumière et sa pensée concernant l’Église, et le prochain retour du Seigneur dont les témoins précédents n’avaient pas parlé; et, le moment venu, le cri de minuit a retenti.

3. Le témoignage de nos jours

Tout chrétien attentif à la Parole peut se convaincre qu’effectivement le cri s’est fait entendre : «Voici l’Époux; sortez à sa rencontre» (Matt.25:1-13). Cette vérité du retour du Seigneur, explicitement contenue dans les saintes pages, n’avait pas, semble-t-il, frappé les réformateurs, ni ceux qui les ont suivis. Elle fut ramenée au jour, voici environ un siècle, en divers points à la fois, s’imposant aux âmes simples par la seule lecture de la Parole, et depuis lors, bien ou mal comprise, elle a largement pénétré dans la chrétienté. Le devoir des vierges est de se lever et d’apprêter leurs lampes, exactement comme au premier moment, lorsqu’elles se préparaient avant leur sommeil. Le témoignage de la fin, quoi qu’il en soit de l’ensemble, se relie à celui du commencement lorsque les vierges avaient «pris leurs lampes pour sortir à la rencontre de l’Époux».

Nous appartenons donc aux tout derniers temps. Il n’y a pas deux cris. L’Époux vient. L’Église véritable, formée par les rachetés du Seigneur, va être enlevée, puis le jugement sera exécuté sur ce qui n’a que la profession, l’Église responsable devenue Babylone. On ne saurait trop dire que les temps sont solennels, mais une pensée doit pénétrer nos cœurs, c’est que, lorsque le Seigneur viendra, il y aura, quelque faible et méprisé qu’il puisse être dans ce monde, un témoignage selon son cœur : les vierges sages sont prêtes, leurs lampes brillent, et elles entrent avec l’Époux aux noces. Ceux qui veillent seront-ils nombreux, là n’est pas la question, mais bien : Serons-nous de ce nombre ?

Ce témoignage doit plus que jamais être rendu dans la séparation de ce monde et des religions de ce monde, hors du camp, vers Lui, portant son opprobre (Héb. 13:13). Jamais les prétentions humaines ne se sont élevées au niveau actuel, même dans les choses spirituelles : c’est l’esprit de Laodicée. Il n’est pas étonnant que le témoignage reconnu par Christ n’ait que peu de force; c’est celui de Philadelphie. Mais il est caractérisé par ce qui, dès le début, a été confié à l’Église pour le revendiquer devant le monde : la Parole et le nom du Saint et du Véritable. Il n’y a rien de l’homme. Pour les cœurs qui désirent répondre à la pensée du Seigneur, la Parole est le seul guide, le nom de Jésus le seul centre; et la seule puissance se trouve dans la séparation de tout ce qui exalte l’homme, séparation qui doit être d’autant plus vigilante, absolue et rigoureuse, que, dans ces derniers jours, il y a «la forme de la piété», mais sans la puissance.

Les enseignements divins ne manquent pas. Les épîtres, la première aux Corinthiens entre autres, parlent de l’Assemblée, de son caractère, de son édification sous la direction de l’Esprit, et cela est applicable aujourd’hui comme aux temps apostoliques. Plus encore, elles prévoient, elles annoncent avec clarté, les jours mauvais actuels (2 Tim. 3) et indiquent la ressource. S’il y a une vérité quant au salut individuel, par la foi, il y en a une également quant à la marche en séparation d’avec le mal (2 Tim. 2:21-22) et quant au rassemblement dans cette séparation, rassemblement qui peut toujours se réaliser (Éph. 4:1-6). Les témoins d’autrefois qui ont eu chacun leur rôle propre n’ont pas eu, en général, une connaissance claire de ces vérités; en tout cas, ceux qui les ont suivis s’en sont écartés de plus en plus, mettant les pensées des hommes à la place de l’opération de l’Esprit.

Voilà ce qui est apparu à de bien-aimés conducteurs, aujourd’hui retirés. Ils se trouvaient au milieu de la plus grande confusion, en face et de groupements nouveaux nés du Réveil, et d’églises anciennes, héritières des témoignages du passé, mais qui, hélas ! avaient laissé dépérir l’héritage. Tout en reconnaissant dans chaque système de vrais et chers enfants de Dieu, ils les voyaient associés à une organisation non scripturaire et niant pratiquement l’unité du Corps de Christ; de sorte qu’ils ont été amenés à prendre place en dehors de tout système, simplement autour du Seigneur, Tête du Corps, Centre d’unité, et ils se sont attendus à Lui, exprimant à la Table du Seigneur cette unité du Corps de Christ dont ils ne sont que quelques membres. Ces conducteurs, nos devanciers, ont senti la responsabilité de maintenir la sainteté qui s’attache à cette table et, par conséquent, d’abord de n’y recevoir que des croyants, ensuite, tout en la considérant comme ouverte à tous les enfants de Dieu sans distinction, d’en écarter tout mal non jugé dans la conduite ou dans la doctrine, usant pour cela de l’autorité du Seigneur dans le rassemblement de «deux ou trois réunis à son nom». Cela a comporté bien des déchirements, mais n’était-ce pas là l’obéissance à la volonté du Seigneur ? Ils n’ont point prétendu être Philadelphie et ôter au Seigneur le droit de reconnaître en dehors d’eux des chrétiens animés de l’esprit de Philadelphie; ils n’ont pu que s’en réjouir, mais ils ont senti la responsabilité qui leur incombait de rendre témoignage selon la Parole. En d’autres termes, ils ont été amenés à rendre témoignage au milieu de la ruine de la chrétienté, à la fidélité du Seigneur à l’égard de son Église. Tout étant détruit par la faute de l’homme, Dieu pouvait-il manquer ?

C’est à ces principes que nous avons besoin de nous cramponner, nous qui sommes encore plus proches de la venue du Seigneur. La vérité est là, nous n’avons pas eu à lutter pour la discerner et la proclamer, elle nous a été enseignée, mais nous sommes responsables de la garder, et l’Ennemi habile à séduire et à attiédir, fait, non sans succès, hélas ! tous ses efforts pour nous en détourner. Le Seigneur nous préserve de ne conserver que l’apparence, car la profession extérieure, à toutes les époques, tend toujours à prendre la place du témoignage vivant qu’Il attend de nous. La chrétienté, dans son ensemble, en est là : elle se pose en témoin de Christ et le renie pratiquement. De celle qui prend l’apparence de l’Épouse il devra être dit : «la grande prostituée» (Apoc. 17). Le même danger, sur lequel il nous faut nous garder de fermer les yeux, nous menace, quoi que nous soyons séparés des formes religieuses de cette chrétienté et que nous déclarions que nous nous réunissons simplement au nom du Seigneur. Cela risque de devenir une forme à son tour, dès que manquent la sainteté individuelle, l’exercice collectif et la vigilance à garder l’unité de l’Esprit (et non la simple union des frères). N’a-t-on pas souvent de lamentables prétentions à une position de témoignage, de séparation d’avec les «systèmes» humains, quand en réalité on ne marche que par la routine, ne gardant que la forme, et n’est-on pas alors plus conforme au caractère de Laodicée qu’à celui de Philadelphie ? On célèbre sa position, ses privilèges, plus que l’amour qui nous y a amenés. On est bien près de dire comme le pharisien : «Ô Dieu, je te rends grâces de ce que nous ne sommes pas comme le reste des hommes»... et à se glorifier de ce qu’on a reçu comme si on ne l’avait pas reçu. Nous avons tous à souffrir d’un tel esprit et à nous en humilier profondément. Devant cet état de chose, les uns seraient tenter de lutter contre le relâchement par une rigueur empreinte de légalisme, imposant étroitement le respect des usages établis par nos devanciers sans que le cœur y soit suffisamment engagé; c’est se charger d’un joug que, ni nous ni nos pères, n’avons pu porter. D’autres, au contraire, jugent vain de revendiquer une position de séparation que la marche justifie mal; ils estiment que cette pensée de la séparation n’est qu’une doctrine particulière génératrice d’une nouvelle secte; ils pensent que l’on a le devoir de recevoir à la Table du seigneur tout enfant de Dieu, pourvu que sa conduite individuelle soit bonne, et quelles que soient par ailleurs ses associations dans le monde, fût-ce avec des dénominations où la divine personne de Jésus a subi des atteintes, où l’autorité de la Parole est méconnue et le mal toléré.

Dieu nous donne d’élever la question au-dessus de nos sentiments et de nos expériences, et de ne voir que la gloire de Christ ! C’est son témoignage, et il ne nous appartient pas d’en disposer selon nos préférences. La Parole nous donne des ordres et nous avons à obéir. Ce n’est pas une question de doctrine : il s’agit de savoir si l’on veut Christ ou le monde, et si l’on consent d’associer le nom de Christ à Laodicée : «Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur» dit l’apôtre inspiré en fournissant les instructions nécessaires pour un temps de ruine (2 Tim. 2:19). La chose est claire au point de vue individuel. Le principe est le même quand il s’agit du rassemblement; le fidèle doit rechercher «ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur». Nous n’avons pas le droit de laisser sciemment la Table du Seigneur en contact avec le mal. Mais ce ne doit pas être pour nous enfermer ensemble dans une affectation méprisante et mensongère de sainteté (És. 65:5); non, c’est pour poursuivre ensemble la justice, la foi, l’amour, la paix – rechercher et goûter en commun avec humilité les fruits de la grâce trouvés en Jésus. Cela suppose le jugement de soi-même, l’exercice constant de celui qui sait bien que la sainteté ne sera parfaitement réalisée que dans la gloire, mais qui désire obéir à la Parole, comptant sur le Seigneur, et qui a compris qu’il faut se séparer du monde pour Le trouver.

«C’est à celui-ci que je regarderai, à l’affligé, et à celui qui a l’esprit contrit et qui tremble à ma parole» (És. 66:2).

 

 

Messager Évangélique 1929, p.17-67; A.G.