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L’HOMME INTÉRIEUR



Ps. 51:6, 7 ; Rom. 7:22, 23

Éph. 3:16, 17 ; 2 Cor. 4:16-18

 

par André GIBERT

ME 1980 p. 57

 

Les différentes étapes du travail continuel et progressif de la grâce de Dieu en l’homme

Ps. 51:6-7 — L’état de pécheur, la nouvelle naissance, la repentance, la justification

Rom. 7 :22-23 — Le sceau du Saint Esprit et l’affranchissement

Éph. 3:16-17 — La marche par la puissance du Saint Esprit

2 Cor. 4:16-18 — Le renouvellement de jour en jour qui opère un poids éternel de gloire

 

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Cantique :

De ta grâce salutaire

L’oeuvre s’accomplit en nous ;

Et nous sommes ton salaire,

O Jésus, céleste Époux.

 

L’homme intérieur. Nous comprenons tous cette expression. Chaque homme a son corps, dans ses activités visibles — l’homme extérieur, périssable. Mais ce corps agit selon les impulsions d’un être intérieur. Qu’on l’appelle le dedans, l’âme, ou, selon la très large acception de ce mot dans l’Écriture, le coeur, il y a un homme intérieur, immatériel. Pas seulement une âme vivante, comme en ont les animaux, mais une âme qui a été donnée par Dieu soufflant une respiration de vie dans les narines de l’homme formé de la poussière ; de sorte que cet homme est capable d’activités morales, plus encore, de relations avec Dieu. Mais qu’est-il advenu de ces relations ?

 

L’homme intérieur ! Avons-nous regardé quelquefois à l’intérieur de nous-mêmes ? Il y a la conscience, hélas ! — je dis hélas, parce que c’est par la désobéissance que cette faculté de connaître le bien et le mal a été acquise, et qu’elle met en évidence que nous sommes enclins au mal. Il est des choses qu’elle nous fait juger mauvaises, et d’autres dans lesquelles elle peut nous approuver. Mais cette conscience agit et parle dans la mesure où nous la laissons parler — et tout dans la vie courante tend à la faire taire (il y a un ennemi derrière cela). Et surtout elle ne peut nous éclairer que selon qu’elle l’est elle-même ; or elle juge ordinairement d’après des usages ou des règles établis par les hommes, et qui varient d’un pays à l’autre, d’une classe sociale à l’autre, d’une profession à l’autre. On parle volontiers d’agir selon sa conscience, mais c’est un instrument détérioré, et que l’ennemi de nos âmes sait très bien neutraliser, mais aussi fausser. Elle nous conduit finalement à nous estimer supérieur aux autres, ou, si nous faisons mal, à nous dire : Tu ne te conduis pas plus coupablement que celui-ci ou celui-là — d’autres font bien pis — tu n’as pas à te mettre en peine pour si peu, etc. En réalité l’homme intérieur est, pour tous les enfants d’Adam, une énigme complexe que l’on redoute d’avoir à examiner, même si on conserve l’habitude surannée d’un «examen de conscience».

 

Mais Dieu dans sa Parole vient nous dire ce qu’il en est. Le coeur humain, nous déclare-t-il, ce coeur inconnaissable pour vous, je le connais, je le sonde, moi seul, et voici comment je le trouve : trompeur et incurable (Jér. 17:9). Tant que Dieu est mis de côté, la lumière nous manque pour voir clair dans cet homme intérieur. Laissé à la pauvre et incertaine clarté de son esprit ou de celui de ses semblables, l’homme reste dans l’ignorance de sa propre nature morale. La pensée de Dieu l’effleure par moments, car il n’est pas possible que les questions concernant notre origine et notre destinée ne se posent pas, mais on les repousse, absorbé que l’on est par les affaires, la recherche d’un mieux-être, du plaisir, de la richesse, de la considération, d’une plus grande place dans le monde, — et la conscience s’endort peu à peu. Ou, si elle se réveille, on a vite fait de lui donner un somnifère.

 

Et pourtant «Dieu veut la vérité dans l’homme intérieur». Qui l’y apportera sinon Lui-même ? «Tu me feras comprendre la sagesse dans le secret de mon coeur». Dieu faisant pénétrer sa lumière, par un effet de sa grâce, je commence à voir peu à peu les choses comme Lui les voit, et tout change. Sa Parole est la vérité. Elle nous fait connaître ce que Dieu, dans sa sainteté, exige de l’homme, sa créature ; elle nous le montre ayant donné une loi à un peuple choisi, Israël, pour faire l’expérience décisive de ce qu’est cet homme ; et le saint livre est plein de récits qui illustrent le comportement incorrigiblement mauvais de cette créature déchue. Dieu atteint ainsi les consciences, par une puissance qui n’est pas la nôtre, une opération qui est celle de son Esprit. Il s’agit pour nous de recevoir «avec douceur», docilité, cette «parole implantée qui a la puissance de sauver nos âmes» (Jacq. 1:21). Il faut lui laisser son action. C’est ainsi que la sagesse — cette sagesse après laquelle les sages de ce monde prétendent courir, mais qui leur échappe toujours, même si la mort en suggère la rumeur (Job 28:21, 22) — est donnée à connaître dans le secret du coeur.

 

Ah ! ce n’est pas peu de chose. Ce que la lumière révèle porte un terrible choc au coeur naturel. Ce n’est pas avec un évangile superficiel que d’aussi graves questions se règlent, ni bercé par des chants agréables un instant à l’oreille que l’on descend au fond de son être, et pourtant il le faut pour être délivré. Je ne sais si beaucoup ici ont lu le poème intitulé «Le Repos», dans lequel un de nos conducteurs, H. Rossier, a relaté sous forme imagée les expériences d’une âme qui, après avoir refusé longtemps les appels du Berger, arrive enfin au vrai repos. Le moment décisif est celui-ci : «Alors quelqu’un me dit : Viens visiter ton coeur !». Et, comme avec une lampe qui l’accompagne dans un sombre escalier descendant en spirale vers un gouffre horrible, il voit ce qu’est l’homme, ce qu’il vaut devant Dieu. À chaque marche il croise des hommes masqués portant un écriteau à la place du cœur : «Adultère, parjure, égoïsme, orgueil, hypocrisie...», tout ce qui habite dans le coeur humain, en tendances traduites ou non en paroles ou en actions, sur quoi la conscience naturelle passerait facilement, et qu’en tout cas elle ne peut juger comme Dieu le juge. Le Fils de Dieu sur la terre, Jésus, pouvait parler de cet homme intérieur. Il lisait dans les coeurs (Jean 2:23-25). Quand, autour de lui, des gens se prévalaient d’observer les prescriptions extérieures de leurs traditions juives concernant le manger et le boire, il déclare : «...Tout ce qui est de dehors, entrant dans l’homme, ne peut pas le souiller, parce que cela n’entre pas dans son coeur, mais dans son ventre... Ce qui sort de l’homme, c’est là ce qui souille l’homme... les mauvaises pensées, les adultères... Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l’homme» (Marc 7:18-23). Voilà ce que dénonce impitoyablement la lumière divine. À nous de nous laisser pénétrer par elle, et, comme Élihu le dit à Job, de trouver notre droiture devant Dieu, c’est-à-dire reconnaître ce que nous sommes et le juger comme Lui. C’est un premier effet de la grâce salutaire. Laissés à nous-mêmes, nous ne ferions pas même ce premier pas. Mais notre responsabilité est d’écouter quand Dieu, dans sa bonté qui nous pousse à la repentance, nous invite à faire ce pas décisif.

 

Accepter ce que Dieu dit, le croire. «La foi est de ce qu’on entend». Dieu sait de quelle manière il aura parlé à chacun des fils des hommes, et, en tout cas, dans nos pays extérieurement christianisés l’évangile a plus ou moins été entendu de la plupart. L’affaire est de l’avoir reçu. Et, redisons-le, ce n’est pas une petite affaire. Quand Dieu, ayant parlé une fois, deux fois, on y prend enfin garde, cela n’est pas dès l’abord agréable. La grâce vient à nous inséparable de la vérité, et elle nous le fait éprouver. Certes, l’évangile est libérateur, il est la bonne, la merveilleuse bonne nouvelle, mais il ne peut être tel que pour des gens qui se sont vus esclaves et se sentent perdus ; le salut n’a aucun intérêt pour qui ne se sait pas en danger. Aussi l’évangile commence-t-il par alarmer la conscience : il parle de la colère de Dieu «révélée du ciel contre toute impiété des hommes qui possèdent la vérité tout en vivant dans l’iniquité» (Rom. 1:18). Il met à nu la condition morale du pécheur (Rom. 3). Se tournant vers moi il me dit : «Tu es cet homme !» (2 Sam. 12:7). Bienheureux qui répond en vérité : Oui, «j’ai péché contre toi !» (2 Sam. 12:13 ; Ps. 51:7). Mais combien, ou restent sourds, ou prétendent accomplir la loi de Dieu et acquérir le salut, mentant à eux-mêmes et peut-être aux autres, mais ne pouvant abuser Dieu. Plus nombreux encore sont ceux qui repoussent, railleurs et irrités, le message salutaire : Tout cela est démodé ! Les uns et les autres restent avec leur vieil homme intérieur, leur destinée ne peut être que «mourir dans leurs péchés», et «après cela le jugement». Et que dire à ceux qui voudraient se contenter de l’évangile mutilé, débarrassé de l’aiguillon du péché (on n’en parle plus, ou si peu !), cet évangile «qui n’en est pas un autre», si largement prêché de nos jours, et reçu avec tant de légèreté ? Des sentiments sont éveillés sans que la conscience soit atteinte, les grains tombent sur le roc, germent rapidement dans un semblant de terre, une joie, trop bruyante pour durer, fait chanter le vieil homme... et le soleil vient brûler les grains à peine levés ! Rien ne reste qu’une apparence de vie. La foi ne s’y mêlait pas !

 

Quel contraste avec une âme chez laquelle la lumière et la vie apportées par l’Esprit de Dieu ont mis à découvert les ténèbres et la mort, et qui dès lors reconnaît ce qu’elle est, mais en même temps apprend ce que Dieu est ! Voilà que se forme peu à peu un homme nouveau, un nouvel «homme intérieur», par une nouvelle naissance plus mystérieuse encore que notre naissance charnelle. «II vous faut être nés de nouveau», dit Jésus à Nicodème. Ce n’est pas là améliorer, ni réjouir l’homme intérieur ancien — il est au contraire condamné sans appel. Et où cette condamnation définitive a-t-elle été prononcée ? Lorsqu’il a lui-même consommé le plus grand de ses crimes : Dieu venu en grâce vers les hommes a été rejeté, le Fils de Dieu a été crucifié par nos mains iniques. Mais dans ce qui était le témoignage suprême de l’inimitié de «la pensée de la chair», Dieu a manifesté et glorifié son amour à Lui en faisant de son Fils la propitiation pour nos péchés. C’est sur la base de cette oeuvre accomplie une fois pour toutes que s’effectue, dans l’âme de quiconque croit, l’oeuvre de la grâce salutaire.

 

Au point de départ, donc, la nouvelle naissance. Cette grâce va conduire pas à pas ce croyant, possesseur d’un homme intérieur nouveau, avec des pensées entièrement changées quant à Dieu comme quant à lui-même, «converti», et par là «repentant envers Dieu», dans «la foi en notre Seigneur Jésus Christ» (cf. Jér. 31:18, 19 ; Actes 20:21). Ce n’est pas le vieil homme qui se repent. On enseigne quelquefois qu’il faut se repentir et ensuite croire. Mais ce n’est pas possible, le vieil homme ne le peut ni ne le veut. Il peut avoir à souffrir les pires conséquences de son péché, mais ce n’est pas là se repentir. Le fils prodigue mourait de faim, résultat de sa folie, sans être pour cela converti ni repenti. Mais «revenu à lui-même», il voit son état, se juge, se lève : «Je me lèverai et je m’en irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi». La conviction de péché accompagne la repentance, elle en est le fait même. «La tristesse qui est selon Dieu opère une repentance à salut dont on n’a pas de regret» (2 Cor. 7:10) : l’homme intérieur nouveau, cet homme qui écoute la parole de Dieu, est amené par cette porte étroite à la jouissance du salut par grâce et de l’amour du Père. Alors c’est la joie vraie et durable, celle du ciel et de la terre, la joie du festin dans la maison paternelle.

 

Peut-être y a-t-il ici des âmes nées de nouveau mais qui n’en ont pas conscience et en sont à se lamenter, disant : Comment le poids de tous ces péchés que j’ai commis peut-il être ôté ? On leur présente le Sauveur, le Fils unique que Dieu a donné afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. — Oui, c’est vrai, répondent-elles, c’est vrai d’une manière générale, cela soulage d’y penser, mais, voyez-vous, ce n’est pas pour moi ; je suis un tel pécheur, je ne puis être pardonné ! — Mais il y a l’amour de Dieu qui attend le pécheur, qui le cherche, qui l’accueille ; vous connaissez les paraboles de Luc 15 ? — Oui, mais ce n’est pas pour moi, je ne trouve pas en moi l’amour pour Dieu ; je sais bien que Dieu a eu pitié de pécheurs tels que moi, mais je ne me suis pas assez repenti, et pas de la bonne repentance. — Mais vous croyez en Jésus mort sur la croix pour vous ? — Oui, bien sûr. — Alors réjouissez-vous, vos péchés sont ôtés ! — Non, ce n’est pas pour moi, mais pour de meilleurs que moi... Et on tourne et retourne les mêmes objections.

 

Ah ! que la grâce salutaire accomplisse l’oeuvre en vous, chers amis ! Ne cherchez pas en vous d’autre certitude que celle-ci : vous ne pouvez absolument pas effacer ni atténuer vos péchés. Impossible de vous sauver : mais ce qui est impossible aux hommes est possible pour Dieu. Il vous dit : Crois seulement ! Le Seigneur Jésus a tout accompli. Dieu a trouvé une propitiation, et justifie l’impie. Tel est l’amour de Dieu : «non en ce que nous, nous ayons aimé Dieu, mais en ce que lui nous aima et qu’il envoya son Fils pour être la propitiation pour nos péchés» (1 Jean 4:10). Voilà ce que dit la même Parole qui vous a convaincu d’être un pécheur ; laissez-la vous convaincre que vous avez été lavé, sanctifié, justifié au nom du Seigneur Jésus et par l’Esprit de notre Dieu (1 Cor. 6:11). Le même Esprit qui vous a éclairé sur votre état de perdition et qui opère en vous la repentance, vient témoigner que vous êtes justifié : «Ayant été justifiés sur le principe de la foi [du fait que nous croyons] nous avons la paix avec Dieu» (Rom. 5:1). Cet Esprit habite désormais l’âme croyante. Il opérait jusque-là en elle, maintenant il en prend possession, la scelle, lui fait dire «Abba, Père», lui donne les arrhes de son bonheur futur. Elle peut «se glorifier» dans l’espérance de la gloire de Dieu, dans les tribulations présentes, en Dieu lui-même (Rom. 5:1-11) : nous ne méditerons jamais trop ces onze premiers versets du chapitre 5 des Romains, et ne serons jamais trop occupés de Celui qui, nous ayant réconciliés avec Dieu par son sang, nous assure le salut éternel par sa vie triomphante.

 

Nous avons «été scellés du Saint Esprit... pour le jour de la rédemption» (Éph. 4:30), le jour qui préludera à la manifestation de Christ en gloire, et où il apparaîtra à salut à ceux qui l’attendent, les sauvant effectivement de la colère, les prenant auprès de lui pour toujours. Qu’un croyant meure, serait-ce à l’instant de sa conversion comme le brigand, il s’endort dans le Seigneur, jouit du repos auprès de lui en attendant la gloire. Qu’il soit laissé sur la terre le temps d’une existence plus ou moins longue, c’est pour y attendre, dans un corps non encore délivré quoique racheté, le Seigneur qui transformera ce corps d’abaissement en la conformité du sien glorieux (Phil. 3:21). Les tribulations rencontrées sont propres à revivifier l’espérance, et la part éternelle du croyant en Christ est assurée parce que Lui vit, le même qui est mort pour nous et par la vie duquel nous serons «sauvés» quand il engloutira la mort en victoire.

 

Mais ce séjour ici-bas comporte des exercices nouveaux, ceux du nouvel homme, nécessaires pour la vie chrétienne ici-bas, sa «marche», qui doit être un progrès continuel dans la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ. Pourquoi ces exercices, expériences souvent si douloureuses ? Parce que ce corps, bien que racheté, continue à abriter aussi, jusqu’à la mort ou à la venue du Seigneur, le vieil homme, ce terrible hôte que la Parole appelle la chair, auquel est attaché le péché, en lutte constante avec le Saint Esprit, habitant du même corps.

Il s’agit donc de vivre dans un monde de péché, où le péché nous assaille du dehors, et d’y vivre en ayant le péché en nous, impossible à déloger, une racine qui ne sera extirpée que quand ce corps prendra fin. Les péchés sont pardonnés, mais cette «chair» est toujours prête à en commettre d’autres. L’homme intérieur nouveau, dont l’entendement est renouvelé, souffre et gémit. Lui qui prend plaisir à la loi de Dieu trouve à ses côtés le vieil homme intérieur hérité d’Adam, assujetti à une loi de péché. Jamais le vieil homme ne trouvera son plaisir en la loi de Dieu : elle le condamne. Et le nouveau ne peut rien contre cette puissance du mal. Emparez-vous bien de cette découverte, chers amis. Non seulement j’apprends que le péché habite en moi, mais que ma vieille nature ne fait qu’un avec lui, c’est «le péché dans la chair», «le mal avec moi» (Rom. 7:21). Je ne puis me libérer moi-même de cette puissance mauvaise. Tant que nous parlons de nous-mêmes et regardons à nous-mêmes, cherchant en nous le moyen de nous délivrer de cette puissance du péché, nous le trouverons toujours plus fort que nous. Le nouvel homme, l’homme intérieur né de Dieu, a de la connaissance, de bons désirs, de bonnes pensées pour servir Dieu, mais il lui manque une chose, la puissance. Il n’en a aucune, et il n’en trouve point chez son semblable. II entre en lutte avec la vieille nature, et il est vaincu. II lui faut une autre puissance. «Qui me délivrera de ce corps de mort ?»

 

De la grâce salutaire l’oeuvre s’accomplit en nous. L’âme est amenée à saisir que, du moment qu’il n’y a aucune force en elle, il n’est qu’une ressource : Dieu lui-même, tout comme il n’y en avait pas d’autre pour la rémission des péchés. Dans l’extrémité où elle se trouve réduite, sa foi apprend qu’il y a une «loi», une force capable de nous affranchir de la loi du péché et de la mort ; mieux, qu’elle «m’a affranchi», c’est une chose faite. II s’agit de croire, comme j’ai cru à l’œuvre de Christ pour ôter la culpabilité de mes péchés. Ce qui était impossible à la chair, Dieu l’a fait : il «a condamné le péché dans la chair», en la personne de Celui qui, sans péché, s’est volontairement placé pour nous sous cette condamnation. L’Esprit de vie qui est dans le Christ Jésus a la puissance, et lui seul, de nous faire réaliser cette libération d’un ennemi vaincu. C’est Lui qui se charge de la lutte contre la chair qui «convoite» contre Lui. Quand nous avons compris, par la Parole, que tout a pris fin pour nous, devant Dieu, à la croix de Christ, qu’Il est non seulement mort pour expier nos péchés mais qu’Il a été traité, sur cette croix, comme le péché même, ce péché dont nous ne pouvions nous débarrasser, nos chaînes tombent, brisées. Christ est mort pour nous, mais Il nous a fait mourir avec Lui, et donc aussi ressusciter avec Lui. Dieu nous voit en Lui ; ce que nous étions dans la chair est maintenant dans la mort à jamais. C’est le principe de l’affranchissement : notre affaire est de tenir la chair où Dieu l’a mise, dans la mort.

 

Laissons l’Esprit vainqueur conduire le nouvel homme, lui communiquant à mesure la force nécessaire pour marcher. Il a trouvé, cet homme intérieur nouveau, ce dont il manquait entièrement. Le passage d’Éph. 3:16 que nous avons lu est à cet égard d’un très grand prix. L’apôtre, pénétré de reconnaissance envers le Père de notre Seigneur Jésus Christ qui met à la disposition de ses enfants «les richesses de sa gloire», prie pour eux : Ils ont besoin de prendre courage et d’avoir comme Paul hardiesse et confiance par la foi dans le Christ Jésus notre Seigneur. Il leur a écrit comme à des gens qui ont «appris le Christ», ont dépouillé le vieil homme et sont renouvelés dans l’esprit de leur entendement, ayant «revêtu le nouvel homme, créé selon Dieu, en justice et sainteté de la vérité» (Éph. 4:20-24). Il ne prie donc pas pour leur conversion, ni pour leur scellement, ni pour leur affranchissement (ibid. 13, 14). Il demande qu’ils soient «fortifiés en puissance par son Esprit, quant à l’homme intérieur», afin qu’ils croissent en connaissance, Christ habitant dans leur coeur, jusqu’à être remplis selon toute la plénitude de Dieu. Jouir dès maintenant du lot de «tous les saints», progresser dans la connaissance, s’enraciner dans l’amour, entrer dans l’infini de tout ce qui appartient à Dieu, largeur, longueur, profondeur, hauteur, tout le champ immense ouvert à la foi et à la connaissance de l’amour qui surpasse toute connaissance, — c’est pour tout cela que nous fortifie le même Esprit qui a produit la nouvelle naissance, qui nous scelle comme sauvés par la grâce et la foi en l’oeuvre de Christ, qui assure notre affranchissement de la loi du péché et de la mort, le même Esprit, dans la puissance de la vie.

 

Il est là pour nous reprendre lorsque nous l’attristons, et pour nous attrister nous-mêmes de la tristesse à salut, nous amener à nous repentir pour être restaurés. Que ferions-nous sans Lui quand nous avons manqué ? Il nous est enjoint, en Colossiens 3, de mortifier nos membres qui sont sur la terre, nos membres moraux. Comment le pourrions-nous ? Le nouvel homme n’est pas capable de le faire par lui-même, et quant au vieil homme, c’est lui qu’il faut tenir dans la mort ! Mais l’Esprit est là qui nous vient en aide dans notre infirmité. Il est l’Esprit de Christ, pour développer Christ en nous. Il est la puissance même de la vie de Christ.

 

Ces choses peuvent paraître abstraites et difficiles à comprendre. En fait elles sont aussi simples que possible, mais pour la foi. Arrêter les regards d’un oeil simple en dehors de nous-mêmes, sur Celui qui a tout accompli, nous remettre à la puissance de l’Esprit, cela comporte l’application de la mort à notre vieil homme. Dieu en a fini avec lui à la croix de Christ, c’est un fait et il nous appartient de le croire et de vivre en conséquence. L’apôtre Paul en parle abondamment, par expérience personnelle, dans la 2° épître aux Corinthiens. Après avoir présenté l’évangile de la gloire au chapitre 3 et au début du chapitre 4, il présente, en liaison étroite, l’évangile qui est celui de la mort à nous-mêmes. II pouvait dire qu’il portait dans son corps chaque jour la mort de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus fût magnifiée dans son corps. Il réalisait ainsi cette «excellence de la puissance» de Dieu et non pas de lui, placée dans un faible vase de terre — la chair mortelle de l’apôtre. N’était-ce pas, pour lui, être «fortifié en puissance» quant à l’homme intérieur, et croître toujours plus dans la connaissance de toutes les grandeurs de Dieu et de l’amour de Christ, jusqu’à la plénitude de Dieu ? Qui pouvait dire plus que lui : «Or à celui qui peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons ou pensons, selon la puissance qui opère en nous, à lui gloire dans l’assemblée dans le christ Jésus» (Éph. 3:20, 21), et ailleurs : «Je puis toutes choses en celui qui me fortifie» (Phil. 4:13) ?

 

Qu’importe alors que l’homme extérieur dépérisse ? Ce dépérissement du corps est le fait normal pour tous les hommes depuis la chute, mais pour le chrétien il prend un sens nouveau. Son corps est racheté, il sera transformé à la ressemblance de celui de Christ ; en attendant, Dieu, qui y fait sa demeure par son Esprit l’emploie, en use à sa propre gloire, et la gloire du chrétien est d’obéir comme il en fut pour Christ. La chair mortelle dépérit après avoir servi au conseil de Dieu dans un monde ennemi de Dieu. Mais l’homme intérieur, lui, est appelé à être renouvelé en contrepartie. Loin d’être une vie de facilité, dans la considération et l’estime du monde, la vie de l’enfant de Dieu fidèle est semée de tribulations, de souffrances inconnues du mondain, sans même parler de persécutions. Paul était «dans les travaux surabondamment, sous les coups excessivement, dans les prisons surabondamment», comme résultat de la consécration de toute sa vie au service du Maître qui l’avait appelé et saisi. Il aurait eu bien des motifs de se lasser. Mais avec quel accent de victoire il s’écrie : «C’est pourquoi nous ne nous lassons point ; mais si même notre homme extérieur dépérit, toutefois l’homme intérieur est renouvelé de jour en jour». Renouvelé, l’homme intérieur puise des forces nouvelles à leur source inépuisable, il est comme recréé à nouveau chaque jour, par la puissance de l’Esprit qui fait vivre Jésus en lui. La vie de Jésus dans notre corps mortel, cette maison terrestre qui n’est qu’une tente destructible, pensons-nous assez à ce que cela a de merveilleux ? Faisons-nous l’expérience magnifique de ce renouvellement journalier de la force au sein de la faiblesse et de la souffrance ? Les fidèles d’autrefois en parlaient déjà (Ps. 62:11 ; És. 40:30, 31). Combien plus le devrions-nous, nous qui avons les arrhes de l’Esprit ! Cet homme intérieur renouvelé de jour en jour voit avec d’autant moins de regret dépérir son enveloppe extérieure que sa foi salue la gloire à venir et jouit déjà de précieuses prémices. Et si la tribulation est là, elle opère, en mesure surabondante, un poids éternel de cette gloire... Le regard détourné des choses qui se voient pour s’arrêter sur les choses invisibles qui sont éternelles, il attend du ciel comme Sauveur Celui qui, une fois la tente détruite, le revêtira du domicile glorieux, l’édifice déjà préparé pour lui, la maison qui n’est pas faite de main, éternelle, dans les cieux. Tout ce qui est mortel aura été absorbé par la vie. Tel sera le terme de ce déploiement progressif de la grâce salutaire dont l’oeuvre s’accomplit en nous. Qu’elle «multiplie les actions de grâces à la gloire de Dieu» ! (2 Cor. 4:15).