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LA GRÂCE

 

André Gibert

 

Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest ; ME 1951 p. 29-39

Table des matières :

1     «La grâce vint par Jésus Christ», avec la vérité.

2     La grâce et le pécheur.

3     La grâce et le racheté.

3.1          Déchoir de la grâce — Gal. 5:4

3.2          Manquer de la grâce — Héb. 12:15

3.3          Changer la grâce de Dieu en dissolution

3.4      La grâce qui enseigne

3.5      Valeur pratique de la grâce

 

 

1                    «La grâce vint par Jésus Christ», avec la vérité.

Non que Dieu n’eût pas agi en grâce jusqu’alors. S’Il ne l’avait pas fait, l’homme aurait été rejeté pour jamais dès la chute. Il ne révélait pas ouvertement cette grâce avant la venue de Jésus Christ, mais nous comprenons maintenant, à la lumière du nouveau Testament, qu’elle était le premier mobile divin. La loi elle-même, «donnée» par Moïse, n’était autre chose, à la bien considérer, qu’un instrument temporel de la grâce. Il n’y a pas à les mettre en contradiction, ou y voir deux domaines sans contact : la sphère de la loi prend place, comme un objet limité, dans l’infini royaume de la grâce. On peut mettre les promesses en contraste avec la loi, mais non la grâce. Celle-ci est avant la loi, au-dessus de la loi, elle brillera à perpétuité dans ses résultats quand la loi, accomplie, aura eu son terme, et d’ailleurs les rayons de la grâce n’ont jamais cessé de percer au travers de la loi (Exode 19:3-6 ; 34:34, 35 ; Psaumes 19:8-11 ; 119).

Mais Celui en qui la plénitude s’est plue à habiter a fait descendre la grâce ici-bas, dans sa personne. La grâce n’a pas été simplement «donnée», elle «vint». La Parole devenue chair «habita au milieu de nous, pleine de grâce et de vérité». Ainsi «la grâce de Dieu est apparue» (Tite 2:11). Elle n’est pas un principe abstrait dont on discute, mais une Personne vivante descendue vers nous. «Le Fils de Dieu est venu» (1 Jean 5:20). Le christianisme est affaire de vie, non de théorie.

La grâce, c’est l’amour de Dieu s’occupant d’êtres qui ne méritent pas d’être aimés, ou pour dire mieux c’est Dieu qui est amour s’occupant de ceux que leur péché rend «haïssables pour Lui» (Rom. 1:30), — de même que la vérité est la lumière de Dieu éclairant ces mêmes êtres au coeur «rempli de ténèbres» (Rom. 1:21). La grâce suppose le mal, comme la vérité suppose l’erreur, et elle apporte seule le remède au mal. Elle ne doit rien à ceux envers lesquels elle agit, elle intervient là où il n’y a aucune ressource. Mais elle ne se borne pas à tenir quitte le coupable : elle donne. La miséricorde paie nos dettes, a-t-on dit, mais la grâce nous enrichit.

 

2                    La grâce et le pécheur.

 

La grâce, précisément parce qu’elle est la grâce, ne flatte pas l’homme pécheur, ne le cultive ni ne l’améliore. Elle le met de côté comme incorrigible, malgré ses prétentions. Elle le place en face de tous les miroirs par lesquels il peut se connaître moralement, savoir la création, la loi, Christ enfin, et elle le trouve partout responsable et coupable, ayant un tel besoin de la grâce que sans elle il est et demeure perdu. S’il était capable de bonnes oeuvres pour Dieu, il en recevrait le salaire ; lequel dès lors ne saurait être compté à titre de grâce, mais de chose due (Rom. 4:4). Elle n’endort pas la conscience, au contraire, elle la pousse à parler haut, et c’est son premier bienfait que de la réveiller ainsi. Bien loin de ménager un compromis entre Dieu et le péché, elle donne au péché son vrai et horrible visage, elle emploie le commandement divin pour faire devenir le péché «excessivement pécheur», car, «par la loi est la connaissance du péché». Elle contraint ainsi l’homme, encore qu’il regimbe contre les aiguillons, à reconnaître qu’il est l’esclave sans espoir de ce péché, et elle intervient alors, elle seule, en faveur de ceux qui ne peuvent rien.

Ce serait tout autant méconnaître la portée de la grâce et amoindrir celle-ci que d’y voir, comme on le fait quelquefois, une sorte d’accommodement de Dieu à notre misère parce que ses plans auraient fait faillite du fait de la chute de l’homme. Comme si Dieu avait été pris au dépourvu ! Non, les plans de Dieu ont une autre ampleur. Ils sont éternels. «Sa propre grâce nous a été donnée dans le christ Jésus avant les temps des siècles» (2 Tim. 1:9). Elle a été manifestée «par l’apparition de notre Sauveur Jésus Christ, qui a annulé la mort et fait luire la vie et l’incorruptibilité par l’Évangile» (v. 10). Et si elle agit présentement sur cette scène terrestre objet par objet, dans un individu, sur une autre scène, d’une manière fractionnée, elle opère en vue de la gloire éternelle où elle déploiera tous ses effets triomphants, quand Dieu «montrera dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans le christ Jésus» (Éph. 2:7).

Elle agit où finit l’homme. Elle le trouve mort dans ses fautes et ses péchés, et elle ne voile ni n’excuse le péché, elle l’ôte, et elle apporte autre chose, qui est la connaissance même du vrai Dieu, en Jésus Christ, c’est-à-dire la vie éternelle (Jean 17:3). Elle «apporte le salut» (Tite 2:11), non un pardon qui serait fondé sur l’indifférence à l’égard du péché, mais la paix et la faveur de Dieu fondées sur la justification et assurées à quiconque croit (Rom. 5:1-3). Le péché a été traité comme il devait l’être, balayé par le jugement de devant la face de Dieu, lorsque Christ est mort pour des impies. Si elle règne maintenant, c’est «par la justice» (Romains 5:21), et «pour la vie éternelle». Dieu donne son salaire au Sauveur. Il fait grâce sans qu’aucun de ses caractères en sainteté et en justice soit compromis. Il a fallu pour cela la vie et la mort de Christ. La grâce a ainsi surabondé là où le péché abondait, car où a-t-il abondé davantage que lorsque les hommes ont été mis en présence de Christ, en qui «Dieu était, réconciliant le monde avec Lui-même» (2 Cor. 5:19), et qu’ils l’ont crucifié ?

Aussi, «au jour où Dieu jugera par Jésus Christ les secrets des hommes» selon l’évangile que Paul prêchait, «ceux qui auront péché sans loi périront sans loi, et ceux qui ont péché sous la loi seront jugés par la loi», mais tous seront déclarés coupables pour avoir, à des titres divers, refusé d’écouter Dieu qui leur parlait en grâce (Romains 2:4, 12-16). La responsabilité de ceux qui ont entendu l’Évangile est la plus grande de toutes. Dieu réconcilié exhorte les hommes à l’être (2 Cor. 5:20). Il est juste et justifiant celui qui est de la foi de Jésus. On croit ou on ne croit pas, on accepte ou on rejette ; la grâce reste souveraine en justifiant celui qui croit, mais elle le justifie ; elle justifie l’impie, mais l’impie qui croit. S’il n’était pas impie il n’aurait pas besoin de la grâce, et sans la grâce il ne serait jamais justifié, mais «par la grâce de Dieu Jésus a goûté la mort pour tout», et «nous sommes justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est dans le christ Jésus» (Rom. 3:24).

Nous ne saurions trop retenir la doctrine du salut par grâce, si mal comprise même dans des milieux où on la croirait bien établie. «Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu» (Éph. 2:8). Ce point de départ est inconnu dans les religions des hommes, aussi les âmes ne peuvent-elles s’y réjouir dans la vraie grâce de Dieu. On y enseigne qu’il faut fléchir Dieu, le gagner, afin qu’il nous tienne quittes : offrandes, sacrifices, bonnes oeuvres, efforts, actes de dévotion, prétendent mériter la faveur de Dieu ; or cette faveur se refuse à quiconque ne vient pas simplement et seulement comme objet de grâce.

 

3                    La grâce et le racheté.

 

Mais Dieu, ayant, par grâce, amené à Lui des hommes et les ayant justifiés sur le principe de la foi, s’occupe d’eux sur la terre, et s’en occupe en grâce. Il en a toujours été ainsi. La loi, «conducteur jusqu’à Christ» des croyants juifs, les prophètes replaçant la loi devant eux, tout cela a été donné par grâce, dans un dessein de grâce. Le gouvernement de Dieu, «la discipline du Seigneur» (Proverbes 3:11, 12), se sont toujours exercés en grâce envers les siens. Mais il en est plus que jamais ainsi dans le temps présent, où les croyants peuvent se tenir pour enfants de Dieu, et où la grâce de Dieu qui apporte le salut est «apparue». Oui, béni soit Dieu, ne nous lassons pas de le redire, elle «est venue» avec la vérité, par Jésus Christ.

Le danger pour nous est de la méconnaître pratiquement, et d’en user si mal que nous la dénaturons.

 

3.1   Déchoir de la grâce — Gal. 5:4

L’Écriture nous enseigne qu’on peut déchoir de la grâce. Elle est venue vers nous pour nous retirer du plus bas état et nous «faire asseoir avec les nobles» (1 Sam. 2:8). Son niveau est celui du nouvel homme en Christ. C’est déchoir de ce niveau que de vouloir marcher par les ordonnances de la loi, laquelle a été donnée pour mettre en évidence l’impuissance de la chair. Telle était l’erreur des Galates, qui par là reniaient pratiquement la grâce. «Vous êtes séparés de tout le bénéfice qu’il y a dans le Christ, vous tous qui vous justifiez par la loi : vous êtes déchus de la grâce» (Galates 5:4). La loi est sainte, mais ne donne aucune force pour l’accomplir et condamne toujours quiconque voudrait être déclaré juste par elle. Elle ne nous justifie pas plus après notre conversion qu’avant. La loi n’aura jamais eu le privilège de justifier un homme, en dehors de l’Homme parfait ; la grâce ne lui cédera jamais une parcelle de cette ineffable prérogative. Cela n’est pas agréable à la chair, mais la tient à sa place, dans cette mort à laquelle la loi nous condamne, et dans laquelle la grâce venue par Christ nous a trouvés. La grâce n’est pas pour la chair, elle ne donne rien à la chair, mais elle donne au pécheur ce qui appartient à une condition nouvelle. Prenons garde de ne pas déchoir de la grâce en ramenant la vie chrétienne, peut-être sans nous en douter, à la culture du vieil homme.

 

3.2   Manquer de la grâce — Héb. 12:15

On peut, d’autre part, manquer de la grâce de Dieu. Il s’agit bien entendu d’un chrétien, mais qui, quoique objet de cette grâce, n’en vit pas. Il y en a cependant une inépuisable provision, pour tous les besoins, toutes les circonstances. «Le ruisseau de Dieu est plein d’eau» (Psaume 65:9). Mais on ne puise pas, et on manque. Ce déficit se montre dans la vie pratique, dans la conduite individuelle, dans les rapports avec les autres, comme dans les rapports avec Dieu.

 

3.3   Changer la grâce de Dieu en dissolution

On peut enfin changer la grâce de Dieu en dissolution. C’est là le propre des faux chrétiens de Jude 4, mais c’est un danger réel pour tous, spécialement pour ceux qui, familiarisés dès leur jeune âge avec la vérité de la justification par la foi, n’ont pas connu à fond l’horreur du péché. On a vite fait de la grâce, ouvertement ou non, un prétexte pour la chair, dont on suit les convoitises. Si la grâce ne donne rien à la chair, elle ne permet pas davantage au croyant de se prévaloir du salut pour agir à la guise de cette chair qu’il garde en lui. Nous retrouvons là le grand bienfait de la grâce qui est de laisser le vieil homme où elle l’a trouvé, dans la mort. Mais la vie nouvelle, don de la grâce de Dieu, se déploie ensuite sans avoir rien de commun avec l’ancienne nature, sinon d’habiter le même corps. C’est ce que nous trouvons dans la première épître de Jean, où, remarquons-le, la grâce n’a pas même lieu d’être nommée : la vie nouvelle est là dans son exercice propre, elle n’a pas à être libérée de quoi que ce soit, et elle a tout reçu, ayant la «semence de Dieu». Jésus était la grâce, il n’en avait pas besoin pour lui-même.

 

3.4   La grâce qui enseigne

Mais c’est parce que le chrétien porte en lui les deux natures que la grâce est là pour l’enseigner. Elle le fait par la Parole, et par la discipline. Son objet est de nous détacher de nous-mêmes et, nous occupant de Christ, de ramener à Dieu ces coeurs toujours enclins à se complaire en dehors de Lui.

Elle enseigne au croyant ce qui plaît à Dieu. «La grâce de Dieu qui apporte le salut est apparue à tous les hommes, nous enseignant que, reniant l’impiété et les convoitises mondaines, nous vivions dans le présent siècle sobrement, et justement, et pieusement...» (Tite 2:11, 12). Nous ne pouvons nous passer d’elle et de sa ferme et douce instruction. Que l’on soit au début de la carrière chrétienne ou qu’on ait derrière soi l’expérience d’un long passé, vouloir faire un pas sans elle est funeste. C’est ce que fait ressortir avec force Hébreux 12. La discipline paternelle de Dieu est un effet de la grâce, non de la colère ; — nous avons à poursuivre la sainteté, mais comment le faire sans la grâce ? aussi faut-il veiller pour que nul n’en manque ; — nous sommes venus non à Sinaï, mais à Sion, la montagne de la sainteté de Dieu, certes (Psaume 2:6), mais montagne de la grâce ; — «c’est pourquoi, recevant un royaume inébranlable, retenons la grâce par laquelle nous servions Dieu d’une manière qui lui soit agréable, avec révérence et avec crainte» (Héb. 12:28). Bien loin que la grâce nous dispense de craindre Dieu, elle nous y conduit, elle est même la seule source de la véritable crainte (Ps. 130:4), et cela parce que jusqu’alors on n’a pas véritablement connu Dieu. «Car aussi notre Dieu est un feu consumant, est-il ajouté. Quelle crainte cela inspire ! mais prenons bien garde que l’on rencontre ce Dieu consumant précisément lorsqu’on ne «retient» pas «la grâce». Dieu est toujours un feu consumant, mais non point pour consumer ses enfants : il consumera en eux ce qui n’est pas conforme à sa pensée, et n’est-ce pas là une grâce infinie, car comment nous déferions-nous de ce qui est plus fort que nous ?

 

3.5   Valeur pratique de la grâce

Il y a constamment chez nous la tendance à renverser les rôles et à méconnaître la valeur pratique de la grâce : C’est par la grâce que le coeur doit être affermi, alors que les sujets de trouble et de découragement ne manquent pas. Nous défaillons dès que nous regardons à nous-mêmes. Or c’est ce que nous faisons sans cesse. Tout en disant que nous n’avons rien de bon en nous, nous prenons les commandements, ceux de la loi et les exhortations du Nouveau Testament, et nous nous appliquons à les accomplir avec la pensée plus ou moins consciente que tant que nous ne les aurons pas accomplis, Dieu ne nous regardera pas avec faveur. Nous appliquons le même esprit légal dans la manière d’apprécier nos frères. Mais c’est oublier la grâce apparue en Christ, et qui nous enseigne. Elle emploie des moyens divers, mais elle s’est fait connaître elle-même, elle agit elle-même. Elle nous appelle à servir Dieu avec révérence et crainte, non parce que nous espérons apaiser son courroux, ce qui voudrait dire que nous nous croyons capables de L’apaiser par une attitude terrorisée, mais bien parce que nous Le connaissons maintenant. Nous savons combien Il doit être craint, par le fait même que la grâce seule pouvait nous approcher de Lui, et qu’elle en a trouvé le moyen. C’est parce que nous avons été pardonnés et que nous sommes dans la faveur de Dieu que, voyant mieux quelle est la gravité du péché puisqu’il a entraîné la mort de Christ, nous craignons Celui auprès de qui est le pardon afin qu’Il soit craint. Nous invoquons comme Père Celui qui sans acception de personnes juge selon l’oeuvre de chacun, de façon à nous conduire avec crainte pendant le temps de notre séjour ici-bas. Le coeur affermi par la grâce se trouve stimulé par cette sainte crainte. Il a fait son compte qu’une telle conduite n’est possible qu’en s’attachant à Christ : alors que nous sommes, nous, instables et décevants, Lui est le même hier, aujourd’hui et éternellement. La vraie humilité, que donne la grâce, ne s’occupe pas de soi, et, s’appuyant sur Christ, elle s’accompagne de la vraie hardiesse, tandis que l’occupation de soi-même conduit ou à la folle témérité de la chair ou à un mécontentement et de soi et des autres qui est stérile, quand il n’est pas vénéneux.

Dieu veut être connu comme «le Dieu de toute grâce» (1 Pierre 5:10). Que cette pensée nous soit précieuse, pour nous faire demeurer dans «la vraie grâce de Dieu» (1 Pierre 5:12). Nous avons grand besoin de faire entrer ces choses dans la réalité de la vie quotidienne. Nous sommes souvent inquiets et impuissants parce que nous mêlons à la pure grâce de Dieu nos sentiments humains. Nous sommes portés à nous préparer nous-mêmes de façon à pouvoir ensuite aborder la lumière de Dieu, et nous n’y parvenons jamais, au lieu que notre efficace ressource est de venir à Lui tels que nous sommes : alors nous jugerons, dans cette lumière, ce qui entrave la communion, et qui nous paraîtra d’autant plus haïssable et insupportable. La vraie grâce de Dieu se reconnaît précisément en ce qu’elle ne transigera, en aucune mesure, avec le mal ; tant que nous accordons quelque crédit à la chair, celle-ci s’efforce de faire tout ce qu’elle pourra, avec la pensée que Dieu s’en contentera et fera le reste. Non, la grâce de Dieu, nous sachant incapables de tout bien, agit selon ce que nous sommes, et ne met rien d’autre à notre crédit que ce qui vient d’elle. Elle n’excuse pas le péché, elle ne passe pas par-dessus, bien au contraire, elle le montre sous son jour le plus affreux puisque seul le sacrifice de Christ a pu l’expier. Elle nous le fait voir dans la lumière inexorable de Dieu. Elle ne nous fournit pas des arguments pour atténuer notre responsabilité, elle fait éclater notre culpabilité, mais c’est pour nous amener à la paix et à la joie profondes de son triomphe à elle. Elle nous amène devant Dieu pour confesser ce qui doit l’être, afin que nous ayons communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ.

Autant il est nécessaire à tous, pour combattre à la fois le légalisme et le relâchement, de bien voir ce qu’est la loi, autant, et c’est une autre face de la même vérité, il nous est nécessaire de mieux comprendre ce qu’est la grâce. Elle ne se mérite pas, elle s’accepte, dans le sentiment que l’on ne possède rien... Je le sais, semble-t-elle nous dire, mais reconnais-le seulement et moi je pourvoirai à tout. «Paix te soit, seulement que tous tes besoins soient à ma charge» (Juges 19:20). Elle est souveraine, elle s’impose, et notre seule place est de disparaître devant elle. «Use de grâce envers moi», dit l’âme en peine parce que la conscience est chargée. Mais elle le dit par cela même que la grâce opère. Le premier effet de cette grâce est de nous pousser en pleine lumière, et là elle nous fait trouver Dieu qui s’occupe de nous dans son amour, afin que nous soyons occupés de Lui et non plus des misérables objets que nous sommes. La grâce seule exclut le «moi», source de toute ruine dans la vie individuelle comme dans les relations entre frères, obstacle à toute paix et à toute joie, à tout progrès et à tout service, comme à toute «consolation en Christ» et à toute «communion de l’Esprit». Car c’est dans la mesure où nous aurons connu la grâce de Dieu pour nous-mêmes que nous en serons, «les uns pour les autres», les «bons dispensateurs» (1 Pierre 4:10). Combien nous avons besoin de méditer la parabole de l’esclave de Matthieu 18:21-35 !

«Croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ» (2 Pierre 3:18) : les deux sont inséparables car «la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ».