[ page principale | nouveautés | La Bible | la foi | sujets | études AT | études NT | Index auteurs + ouvrages + sujets | centres d'intérêt ]

 

BAPTÊMES d’EAU et RÉMISSION des PÉCHÉS

 

 

par André GIBERT

 

1                    BAPTÊMES  D’EAU  ET  RÉMISSION  DES  PÉCHÉS

ME 1959 p. 85

Le baptême de Jean et le baptême chrétien sont l’un et l’autre un baptême d’eau «en rémission des péchés» (Luc 3:3 ; Actes 2:38), mais ils diffèrent entièrement en ce qu’ils appartiennent à des dispensations différentes, l’une où les péchés étaient supportés sans être encore expiés, l’autre qui succède à l’expiation accomplie. L’un était seulement «pour la repentance», l’autre est «pour la mort». Mais la rémission des péchés, dont ils parlent l’un et l’autre, est fondée pour tous deux sur la même oeuvre, bien qu’aucun d’eux n’effectue cette rémission : ils sont des signes, aussi bien l’un que l’autre.

Jean baptisait «immédiatement avant l’arrivée de Jésus» (Actes 13:24). Son baptême se liait au message : «Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché». Il était appliqué à ceux qui, à l’ouïe de ce message, sortaient vers le prophète, déclaraient se repentir et confessaient leurs péchés. Le baptême d’eau ne constituait évidemment pas en lui-même cette repentance, il était le signe que l’on se repentait. Ce signe était nouveau dans l’histoire du peuple et de l’humanité, puisqu’il se rapportait à l’imminence de la venue du Messie, longtemps prédite, en vue de laquelle il fallait sans retard se repentir. Il n’apportait pas davantage, par lui-même, la rémission des péchés.

Comme signification générale, le baptême indique le rattachement d’un individu à un ordre de choses déterminé, il le met en association avec d’autres personnes, et tous ensemble avec quelqu’un dont dépend cet ordre de choses : les baptisés sont mis à part en vue de ce quelqu’un, ou à cause de lui. Les Israélites avaient «tous été baptisés pour Moïse» (1 Cor. 10:2), c’est-à-dire pour l’ordre de choses instauré par le moyen de Moïse ; ils étaient placés en association avec lui, dans le chemin où il les conduisait. Jean baptisait pour la repentance, c’est-à-dire en vue de l’état dans lequel devait se trouver le peuple pour recevoir le Messie devant qui Jean, comme messager, préparait le chemin. Cette repentance était indispensable : le Messie ne pouvait être manifesté en gloire qu’à un peuple qui aurait rompu avec son passé coupable, et attendrait avec crainte, en condamnant ses voies d’égarement, Celui qui allait venir tenant son van en sa main pour nettoyer entièrement son aire. «Afin qu’Il fût manifesté à Israël, à cause de cela je suis venu baptiser d’eau» (Jean 1:31). Mais la même prophétie qui annonçait le messager disait de Celui qu’il précéderait : «Qui supportera le jour de sa venue et qui subsistera lorsqu’il se manifestera ?» (Malachie 3:1, 2).

Ces pécheurs repentants attendaient donc, à la fois tremblants et confiants. Le signe mis sur eux parlait d’une purification à accomplir — «Il purifiera les fils de Lévi et les affinera comme l’or et comme l’argent» (v. 3). Ils le reconnaissaient en confessant leurs péchés. Jean n’ôtait pas ces péchés, il ne le pouvait pas, et il n’avait pas été suscité pour cela, mais cette purification était nécessaire préalablement au royaume messianique. Le baptême marquait la rupture avec l’état de souillure et de péché propre à un passé qui, par la grâce de Dieu et la fidélité à ses promesses, prenait fin pour la délivrance et la bénédiction d’un peuple renouvelé. C’est là ce que célèbre Marie (Luc 1:54) ; et Zacharie prophétise «la connaissance du salut» donnée «à son peuple dans la rémission de leurs péchés» (v. 77).

Dieu annonçait le salut à son peuple pécheur et digne de mort. Celui-ci avait à reconnaître et à confesser cet état, laissant Dieu faire le reste. Présentement, Il replaçait les fidèles dans ces eaux du Jourdain à travers lesquelles Il avait autrefois introduit le peuple en Canaan. Comme autrefois elles étaient la figure de la mort, salaire du péché, mais Dieu en même temps assurait la rémission des péchés. Baptisés, ils n’avaient qu’à attendre le Roi. À travers le chant des complaintes, la voix de la grâce se faisait entendre. «Consolez, consolez mon peuple» (Ésaïe 40:1). «Voici ton Dieu», lui était-il crié ; et sans doute ce peuple était comme l’herbe périssable, mais la Parole de l’Éternel, permanente et vivante, était celle de Sa promesse. «Préparez le chemin» (v. 1-11). Jean recevait, l’un après l’autre, ceux qui se déclaraient prêts, quoique indignes et pleurant leurs péchés, à recevoir le Roi ; il les faisait entrer dans le groupe peu à peu grossi qui déclarait vouloir l’accueillir.

Encore une fois, ce baptême n’était qu’un signe. Leurs péchés étaient confessés, non effacés. Si leur rémission était assurée, Jean ne disait pas comment elle serait obtenue, cela ne faisait pas partie de son message. Dieu agirait. Mais en se repentant et en confessant leurs péchés, les fidèles montraient qu’ils recevaient avec foi les paroles de Jean.

Or ces paroles dirigeaient leur foi vers un autre, Celui qui devait venir. Ces croyants prenaient la suite de tous ceux qui avaient «à l’avance espéré dans le Christ». Ils se plaçaient tout à la fin de cette file bénie, dont la confiance avait toujours été que «Dieu se pourvoirait d’un agneau pour l’holocauste». De tous temps, en effet, la rémission des péchés était restée subordonnée à l’effusion du sang rédempteur, prédit, figuré par le sang des sacrifices, mais non encore offert (Hébreux 9:22 ; 10:18). Non qu’il n’y eût pas eu jusque là des péchés remis : les croyants de l’Ancien Testament avaient bien été mis en relation avec Dieu comme pardonnés, il y avait eu bien des rémissions dans l’exercice du gouvernement de Dieu, mais toujours sur la base de l’oeuvre future à accomplir au moment voulu par Dieu. Il y avait, dans tous les sacrifices offerts, à la fois «un acte remémoratif de péchés» et l’affirmation que Dieu interviendrait pour leur expiation. En attendant, les péchés étaient «supportés», dans une justice qui serait démontrée plus tard (Romains 3:25). Le baptême dans l’eau du Jourdain exprimait en somme la même chose d’une autre manière.

Le moment arrivait où Dieu allait intervenir. Jean, le dernier et le plus grand des prophètes, annonçait quelque chose de nouveau, de plus élevé, quelque chose de solennel et d’heureux à la fois, un autre baptême, qu’effectuerait le Messie lui-même, baptême «de l’Esprit Saint et de feu», — donc en puissance de bénédiction et de purification définitives.

Le Messie apparaît. «Jésus vient de Galilée au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui» (Matth. 3:13). Il se tient avec les baptisés, ces «excellents de la terre». Le chemin préparé par Jean était celui de leur repentance, Lui allait ouvrir celui de leur salut. Lui n’avait pas de péchés à confesser, et Il n’était pas encore chargé de ceux du peuple, mais en s’associant à eux Il s’associait au travail de Dieu, dont l’Esprit poussait ce peuple à se repentir et agissait en grâce dans des coeurs. «Il nous est convenable d’accomplir toute justice», dit-Il à Jean. Tu es là pour rendre témoignage de la lumière et signifier à ce peuple ce qui convient à son état dans cette lumière qui se lève pour lui ; et moi, la lumière en qui est la vie, je prends place parmi les miens devant Dieu qui s’occupe d’eux dans une grâce et une vérité jamais révélées encore.

C’est alors que Jean déclare : «Voilà l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde», désigne Jésus comme «un homme qui prend place avant moi, car il était avant moi», et enfin «rend témoignage que Celui-ci est le Fils de Dieu».

Ces déclarations allaient bien au delà de ce que les fidèles les plus pieux pouvaient comprendre. Que dire de l’autre côté de ces scènes merveilleuses, le Saint Esprit descendant sur Jésus, la voix du Père se faisant entendre et désignant son Fils bien-aimé ! Une chose du moins était certaine pour eux, c’est que, si la repentance était sincère et générale, les péchés ne feraient plus obstacle à la délivrance nationale, prélude à une bénédiction universelle.

Le signe constitué par le baptême de Jean ne va pas plus loin, Il suffit pour mettre en évidence, à la gloire de Dieu, ce travail de grâce qui s’opérait «dans le support des péchés précédents», remis en vertu d’une expiation à venir sans doute mais pour laquelle la foi comptait sur Dieu. «L’Orient d’en haut» était là ; les coeurs tournés vers Lui pouvaient s’en remettre à Lui. «Tu appelleras son nom Jésus, car c’est Lui qui sauvera son peuple de leurs péchés» (Matth. 1:21).

Mais ce signe pouvait être pris, hélas, et il le fut, par des gens qui ne croyaient pas. Leur repentance était feinte, et ne portait pas de fruits. Les uns venaient par l’effet du phénomène bien connu de l’entraînement des foules ; les autres, savoir les conducteurs religieux, selon la tactique permanente de ceux qui ont l’air de suivre les foules afin de s’en faire suivre. Il en a toujours été ainsi lorsque Dieu fait une promesse ou accorde une bénédiction : la chair prétend s’en emparer. Elle peut donner le change aux hommes, mais non à Dieu.

Dans quelle mesure y avait-il un travail de conscience réel et une foi véritable, cela devait se montrer quand Jésus fut manifesté. «Jean disait au peuple de croire en Celui qui venait après lui, c’est-à-dire en Jésus» (Actes 19:4). Jésus vint, prêchant à son tour : «Repentez-vous, car le royaume de Dieu s’est approché». Jean n’aura été l’Élie annoncé par les prophètes que «si vous voulez recevoir ce que je dis» (Matth. 11:14). D’entre tous ceux qui avaient été baptisés par Jean, les vrais croyants, si ignorants qu’ils fussent, et si pécheurs qu’ils eussent été, se réjouissaient de croire en Jésus, et ils devinrent ses disciples ; mais les autres, même après avoir professé croire, se détournèrent de Lui, et la masse finit par suivre les chefs incrédules, «les pharisiens et les docteurs de la loi [qui] rejetaient contre eux-mêmes le conseil de Dieu, n’ayant pas été baptisés par Jean» (Luc 7:29, 30). «Il vint chez soi, et les siens ne l’ont pas reçu». Jésus jouant de la flûte ne fut pas plus écouté que Jean chantant des complaintes.

Dès lors le royaume ne peut s’établir. Le baptême de Jean tombe, non point certes par quelque infirmité du signe, mais par manque de la chose signifiée, savoir une repentance à salut.

 

Une fois de plus l’homme montrait son incapacité, totale parce qu’il est ruiné totalement. Il allait montrer toute son inimitié contre Dieu en crucifiant Jésus.

Qu’en sera-t-il donc de ceux qui «ont reçu «avec foi le Verbe, la Parole faite chair, — de ce petit troupeau partageant la réjection de son Berger ? «À tous ceux qui l’ont reçu Il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu» ; ceux-là «sont nés, non pas de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu». La vie est acquise à tous ceux qui «croient en son nom». Mais cette vie ne peut leur être donnée que si l’Agneau de Dieu est offert et le Fils de l’homme élevé. Jésus aura à être baptisé d’un autre baptême que celui qu’il avait reçu avec eux, et cet autre baptême est pour Lui seul. Ce n’est plus un signe, mais la mort même. Le Messie doit souffrir et mourir, sans quoi il n’y a ni gloire ni salut. Il est mort, portant nos péchés en son corps sur le bois. Ce que les eaux du Jourdain ne pouvaient faire, sa mort le fait, dans la réalité terrible de l’expiation.

Autrement dit, l’entrée dans le royaume aura lieu dorénavant sur la base de la réception d’un Christ mort et ressuscité. Le baptême de Jean était administré, au contraire, comme signe d’une repentance qui préparait à accueillir le Messie vivant, bien loin de le rejeter et de le mettre à mort.

Le baptême d’eau en rémission des péchés change totalement de sens désormais, parce que cette rémission des péchés est maintenant prêchée comme obtenue, «par son sang», et non pas comme devant l’être. Les péchés d’autrefois avaient été remis dans l’attente de cette «effusion de sang» indispensable ; Jésus lui-même, au cours de son ministère, avait remis expressément les péchés à plus d’un, toujours dans ce même ordre de choses du «support des péchés précédents», parce que Lui venait pour accomplir l’oeuvre. Mais aussitôt après sa résurrection, soufflant en ses disciples pour qu’ils reçoivent l’Esprit saint, il leur dit : «À quiconque vous remettrez les péchés, ils sont remis». Et c’est ce que les apôtres proclament aux Juifs saisis de componction en entendant annoncer Jésus comme le Christ vivant, alors qu’ils l’avaient mis à mort. «Que ferons-nous ?» disent-ils. — «Repentez-vous, et soyez baptisés, en rémission des péchés». Toujours un baptême d’eau en rémission des péchés, toujours la repentance, premier fruit de la foi dans les paroles entendues, mais le signe se rapporte à la mort de Celui qui a été mort et qui maintenant est vivant et glorifié. Ce baptême est «pour la mort» (Romains 6:3). Il place qui le reçoit dans l’ensemble de ceux qui sont mis à part pour le Christ Jésus du fait de sa mort : «nous tous qui avons été baptisés pour le Christ Jésus, nous avons été baptisés pour sa mort» (Romains 6:3).

Aussi ce baptême est-il conféré «au nom de Jésus Christ», «au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit», «pour le nom du Seigneur Jésus». Il l’est selon la seigneurie de Celui qui a reçu «toute autorité dans les cieux et sur la terre» en vertu de sa mort. Il n’est plus question de nous, sinon pour exprimer que «notre vieil homme a été crucifié avec lui». Nous n’en restons pas à l’étape, si nécessaire soit-elle, de la repentance s’attendant à Dieu pour l’avenir, mais nous entrons dans la vie, par la mort de Christ. Notre vie est liée à Christ glorifié, le Saint Esprit l’atteste ; c’est pour cela que, bien que Jésus ressuscité mais non encore monté au ciel ait dès ce moment ordonné à ses disciples d’aller et de baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, ils ne commencent de le faire qu’après la Pentecôte qui inaugure leur nouveau ministère exercé dans la puissance de ce Saint Esprit (Luc 24:49 ; Actes 1:4). Remarquons enfin que le baptême de Jean était à ce point différent du baptême chrétien que ceux qui l’avaient reçu avaient à être baptisés de nouveau «pour le nom du Seigneur Jésus» (Actes 19:4, 5).

Mais, de même que des hypocrites ou des formalistes sans foi venaient au baptême de Jean, de même le baptême chrétien ne s’accompagne pas nécessairement de la nouvelle naissance, et il n’en est nullement l’expression. Il n’implique pas que l’on ait déjà réellement part à la mort et à la résurrection de Christ. Il est toujours, certes, le signe de la mort de Christ, et met sur le baptisé la marque du Seigneur qui, glorifié, attend le moment où toutes choses lui seront assujetties (Éph. 4:5). Mais il ne constitue, quoi qu’il en soit, qu’un signe extérieur. Il implique la profession du christianisme, mais non la foi du coeur, celle qui sauve (Romains 10:9). De fait, quantité de non-croyants ont reçu le baptême, dès le temps des apôtres, et l’on ne voit pas que ceux-ci aient demandé à des candidats au baptême s’ils croyaient. Simon le magicien a été baptisé (Actes 8:13), et pourtant on ne peut guère tenir pour réelle la foi qu’il professa. Ainsi le baptême introduit dans la profession chrétienne, la maison de Dieu visible sur la terre, laquelle, on le sait, est devenue promptement la «grande maison».

Le croyant, lui, participe à la réalité de la mort et de la résurrection de son Seigneur. Il appartient à la nouvelle création, il est membre d’une famille céleste (Éph. 1:2), sa communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ, par l’action du Saint Esprit. Il en est ainsi de par le baptême de ce Saint Esprit, dont Jean avait dit qu’il remplacerait son baptême d’eau. Il ne s’agit plus, cette fois, d’un signe. Le baptême du Saint Esprit n’est point un signe, mais un fait qui a eu lieu le jour de la Pentecôte, et dont l’effet demeure ininterrompu, immense, commun à l’ensemble des croyants : ce jour-là en effet l’Esprit Saint a pris sa place ici-bas, pour y former le corps de Christ par son action propre, fondée sur le sacrifice accompli et l’exaltation glorieuse de Jésus Christ, Seigneur et Tête de ce corps. «Nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps» (1 Cor. 12:13), — baptisés non pour le Saint Esprit, ou en vue de recevoir le Saint Esprit, ou au nom du Saint Esprit, ni par Lui, mais de Lui. Et ce baptême-là n’est point conféré par des intermédiaires humains, comme l’est le baptême d’eau, ces intermédiaires fussent-ils le plus grand des prophètes ou les apôtres, mais le chapitre 2 des Actes nous fait voir (v. 33) «un plus puissant que Jean», Christ Lui-même, baptiser les siens, son Église naissante, de cet Esprit Saint dont l’office béni est de Le glorifier.