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L’AUTORITÉ  et  les AUTORITÉS

 

Par André GIBERT

 

 

1                    L’AUTORITÉ  ET  LES  AUTORITÉS

ME 1968 p. 197

Il n’a jamais été plus nécessaire, pour les croyants, de réfléchir sur ce que l’Écriture nous enseigne relativement à l’autorité.

Il faut entendre par ce mot, pris dans son sens abstrait, non simplement la puissance, mais la faculté et le droit d’exercer cette puissance, de sorte que celui qui s’y soustrait est insensé et coupable. La source de toute autorité ne peut être que dans le Créateur, Dieu, qui la possède dans sa plénitude. En Lui siège la toute-puissance et sa volonté ne connaît ni condition ni limite. Il est «seul souverain, le roi de ceux qui règnent et le seigneur de ceux qui dominent» (1 Tim. 6:15) : il confie en effet le pouvoir à des créatures, soit invisibles, angéliques, soit visibles, humaines, lesquelles sont désignées par ce même nom d’autorités, mais dans un sens concret. Elles sont responsables devant Lui, mais il n’en «existe aucune si ce n’est de par Dieu ; et celles qui existent sont ordonnées de Dieu» (Rom. 13:1). Ce passage bien connu, qui vise spécialement les autorités terrestres, fonde le principe très simple des devoirs du chrétien vis-à-vis d’elles.

Sans l’autorité de Dieu, l’univers ordonné dans lequel nous vivons ne subsisterait pas ; il est soutenu par la parole de la puissance divine (Ps. 119:91 ; Col. 1:18 ; Héb. 1:3). Sans cette même autorité il n’y aurait pas d’humanité organisée : toutes les relations humaines, aussi bien familiales que sociales, nationales, internationales, supposent une autorité, librement acceptée ou imposée par la force. «La terre de maintenant» dont parle Pierre (2° épître 3:7) se trouve placée, depuis le déluge et jusqu’à ce que le feu la détruise, sous le régime du gouvernement des hommes par des hommes. Dieu en a posé les bases et l’a révélé à Noé (Gen. 9:5, 6). Il s’agissait et il s’agit toujours que le mal soit en quelque mesure réprimé (il ne le sera complètement et immédiatement que sous le règne de Christ) ; sans quoi la violence et la corruption, qui ont survécu, hélas, à l’ancien monde détruit, auraient entraîné l’extermination de l’humanité par elle-même. De ce gouvernement humain, la fonction la plus redoutable et la plus élevée est de disposer de la vie elle-même : elle implique tous les pouvoirs moindres, à tous les échelons.

L’Écriture, donc, nous exhorte d’une manière particulière à être soumis aux autorités d’État, rois absolus ou mandataires de leur peuple, gouvernants à titres divers, avec sous eux des magistrats de tous ordres. C’est de celles-là que nous nous occupons ici. On a pu dire que Dieu aura permis que les hommes essaient de toutes les formes possibles de gouvernement au cours de l’histoire, de l’anarchie au totalitarisme intégral. Quelles que soient ces formes, il faut «que toute âme se soumette aux autorités qui sont au-dessus d’elle» (Rom. 13:1). «Rappelle-leur d’être soumis aux principautés et aux autorités» (Tite 3:1). «Soyez donc soumis à tout ordre humain pour l’amour du Seigneur» (1 Pierre 2:13). Non seulement ces autorités «sont ordonnées de Dieu», mais elles nous sont présentées comme des «serviteurs de Dieu», des «ministres de Dieu».

Bons ou mauvais serviteurs, ministres fidèles ou prévaricateurs, il ne nous appartient pas à nous d’en juger, mais à Dieu. Le pouvoir est là, il existe, nous n’avons pas qualité pour discuter la façon dont il s’est instauré, ni pour nous élever contre ses actions ; nous nous soumettons à un état de fait. Le chrétien, étranger et forain ici-bas parce qu’il est citoyen du ciel (Philippiens 3:20), est appelé à vivre la vie de Christ, à «faire le bien» et à le «faire à tous» (Gal. 6:10), à «honorer tous les hommes» et spécialement «le roi» (1 Pierre 2:17), à aimer même ses ennemis et à prier pour ceux qui lui font du tort, à témoigner pour son Maître, à servir Dieu et lui rendre culte. Ce témoignage demande précisément la soumission aux autorités établies, «pour l’amour du Seigneur». C’est à ce niveau très élevé qu’il faut placer l’attitude du fidèle. Reconnaître ces autorités c’est reconnaître l’autorité de Dieu, et celle de Christ à qui Dieu a donné «toute autorité dans les cieux et sur la terre» (Matth. 28:18).

Rien n’est plus contraire à l’esprit de ce monde, mais nous en étonnerions-nous ? Étonnons-nous plutôt de ne pas avoir davantage conscience que «le monde entier gît dans le méchant» (1 Jean 5:19) et humilions-nous de laisser cet esprit nous pénétrer si aisément ! C’est celui des «fils de la désobéissance» (Éph. 2:2). Son propre est de mettre de côté l’autorité de Dieu, et, partant, il est toujours prêt à contester tout pouvoir établi, qu’il soit bienfaisant (on s’en lasse) ou malfaisant (on s’insurge). La disposition à la révolte et à ce qu’on appelle l’indépendance est de tous les temps ; mais Dieu permet qu’elle ait plus libre cours à de certains moments de la vie des peuples. Cet esprit triomphe, au moins en apparence, depuis que le Seigneur de gloire a été crucifié : le monde s’est par là délibérément livré à celui qui est appelé dès lors son «chef» (Jean 12:31 ; 14:30 ; 16:11), le «dieu de ce siècle», «le chef de l’autorité de l’air» (2 Cor. 4:4 ; Éph. 2:2). Il prend sous nos yeux, en ces temps où l’on ne parle que de «contestation», plus de force qu’il n’en a jamais eu, préparant la révélation de «l’homme de péché... qui s’oppose et s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu ou qui est un objet de vénération» (2 Thess. 2:4 ; cf. Ps. 2:2). Et le monde, parce qu’il gît dans le méchant, est toujours moins tranquille (És. 57:20, 21). Satan n’a jamais cessé de pousser les hommes les uns contre les autres, mais cette inimitié mutuelle (Tite 3:3) n’est qu’un effet de l’inimitié foncière de la chair contre Dieu. Aussi, dans les conflits qui s’élèvent entre autorités humaines, aussi bien qu’entre autorités et subordonnés, nous n’avons d’autre parti à embrasser que de nous «conduire en toute honnêteté et piété», et prier, pour que cela nous soit possible, en faveur de tous les «haut placés» (1 Tim. 2:2). Mais, en tout état de cause, nous avons à être soumis.

Le pouvoir change-t-il de mains ? Eh bien, il en est ainsi de par Celui qui «élève l’un et abaisse l’autre» (Ps. 75:7 ; cf. Dan. 2:21 ; 4:25-35 ; 5:21-25 ; 2 Chron. 26:6). La part du fidèle est de se soumettre à la puissance effective du moment, sans considération de patrie, de classe sociale, de préférence sentimentale ou raisonnée.

Ce n’est que dans le cas où l’autorité terrestre voudrait lui faire renier Christ et perdre son caractère de fidèle obéissant à Dieu qu’il serait tenu, et par ce devoir d’obéissance même, de désobéir aux autorités humaines, mais sans leur être nullement rebelles : il ne «résiste» pas, dans le sens du mot ainsi traduit (début de Rom. 13:2 : littéralement se mettre contre, combattre, par opposition à se soumettre, se mettre sous), il accepte que le détenteur du pouvoir, agissant en cela contre Dieu, lui fasse subir les conséquences de son attitude, et il s’en remet, selon l’exemple du parfait Modèle, «à Celui qui juge justement» (1 Pierre 2:23) et à qui ces autorités auront à rendre compte. Pierre et Jean n’ont pas nié l’autorité du sanhédrin en Actes 4:19, mais ils le placent devant cette responsabilité, sans se soustraire eux-mêmes, ni à ce moment ni plus tard, au châtiment dont ils sont menacés.

Mais cette réserve capitale faite, l’obéissance requise de nous est inconditionnelle : «celui qui résiste à l’autorité résiste (s’oppose) à l’ordonnance de Dieu» (Rom. 13:2). Le croyant obéit «à cause de la conscience» et non par crainte de la colère des autorités, sans oublier toutefois que «ceux qui résistent feront venir un jugement sur eux-mêmes». Le monde appellera cela de la passivité. Quelle erreur ! Il faut au contraire une énergie surnaturelle, celle de la foi, pour garder une position en contradiction aussi formelle avec le milieu dans lequel on est appelé à vivre. Elle n’a rien de commun avec la versatilité de tant d’êtres veules, opportunistes ou vénaux, toujours prêts à courber l’échine devant les puissants du jour. Se soumettre ne veut pas dire, pour le chrétien, qu’il adule le pouvoir et l’approuve en tout, car nul plus que lui ne doit être apte à discerner le bien et le mal, et il sait que «malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal» (És. 5:20). C’est souvent pour lui la pire épreuve que de consentir à être taxé d’égoïsme, de lâcheté et d’inconsistance par ceux qui ne peuvent comprendre ses mobiles. Il est plus facile de «s’engager», selon le terme à la mode, c’est-à-dire de suivre l’un ou l’autre des courants qui se heurtent dans le monde, que de résister à tous parce qu’on est «engagé» pour Christ. Il faut, pour rester ferme et calme, voir comme Moïse Celui qui, invisible, détient l’immuable autorité divine.

Quelqu’un dira : Mais n’avons-nous pas à lutter «contre les principautés, contre les dominateurs de ces ténèbres, contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes» (Éph. 6:12), et ces autorités n’ont-elles pas de rapport avec les autorités terrestres ? Rien de plus certain, et il faut que cela soit clair pour nous. Notre lutte est contre ces autorités des ténèbres, mais non«contre le sang et la chair». Ces puissances spirituelles, sous l’impulsion de Satan, travaillent inlassablement à détourner les autorités humaines — qui, elles, sont de sang et de chair — d’exercer selon Dieu le pouvoir qu’elles tiennent de Lui, et à les faire agir selon la puissance spirituelle de méchanceté. Nous n’avons pas les moyens de rechercher par quelles trames subtiles Satan arrive à ses fins, pas plus qu’à doser la responsabilité propre de ses jouets ; nous ne pouvons pas davantage pénétrer les secrets de la lutte qui se poursuit entre puissances invisibles à propos des autorités terrestres, lutte que l’Écriture nous laisse seulement entrevoir (Daniel 10-12). Soyons sages et prudents en de tels domaines. Le fait est que Dieu emploie toutes ces puissances, anges obéissants comme anges rebelles, pour faire aboutir ses desseins, aussi bien vis-à-vis des individus (voir Job) que des nations et du monde entier. Retenons seulement que ce ne sont pas les dominations sataniques qui donnent la moindre parcelle d’autorité aux gouvernants de cette terre, qu’ils soient autocrates ou démocrates, technocrates, militaires ou civils. «Il n’existe pas d’autorité, si ce n’est de par Dieu...» Toutes relèvent de Lui, même les plus opposées, qu’il utilise avant de les détruire. Il contrôle, et Il jugera, en temps voulu, l’emploi de l’autorité.

Quand Satan disait à Jésus : «L’autorité et la gloire de ces royaumes m’a été donnée, et je la donne à qui je veux» (Luc 4:6), il mentait doublement. En premier lieu, l’empire qu’il a sur l’humanité, il l’a acquis par la faute d’Adam, qui a désobéi à Dieu pour obéir à Satan : celui-ci avait péché par orgueil (cf. Éz. 28:11-19 où derrière le roi de Tyr se projette la chute de Satan), et il a entraîné ensuite Adam et sa race dans le même chemin que lui, au point que lorsque le Fils de Dieu est venu comme le dernier Adam (Rom. 5:14) le monde n’en a pas voulu : maintenant la puissance des ténèbres pèse sur les hommes parce que, la lumière étant venue, «ils ont mieux aimé les ténèbres que la lumière», et «c’est ici le jugement» (Jean 3:19). D’autre part, il n’appartient aucunement à Satan de donner une autorité quelconque aux hommes. «Tu n’aurais aucun pouvoir contre moi s’il ne t’était donné d’en haut», dit Jésus à Pilate au moment où allait se consommer le plus terrible et plus significatif emploi contre Dieu de l’autorité procédant de Lui : le représentant de la plus haute autorité d’alors, d’accord avec toutes les autres, viole ouvertement et sciemment la justice en faisant mettre à mort le Saint et le Juste. Le monde s’est placé lui-même sous l’esclavage du «dieu de ce siècle».

Mais la grâce a constitué le chrétien étranger à ce monde. Il possède en lui l’Esprit qui «est plus grand que l’esprit qui est dans ce monde» (1 Jean 4:4). Cet Esprit «convainc le monde» non seulement de péché et de justice, mais de jugement, parce que, dit Jésus, «le chef de ce monde est jugé» (Jean 16:11), du fait même que Jésus est vainqueur et glorifié. Nous touchons là à cette vérité de la dernière importance : Satan est un ennemi vaincu, et le chrétien est associé à son Vainqueur.

Jésus, venant ici-bas pour faire la volonté de Dieu, avait réduit Satan à l’impuissance en vertu de ce principe nouveau qui contrastait avec la rébellion du premier Adam ; il l’avait repoussé par la Parole de Dieu lors de la tentation au désert, et avait pu ensuite piller les biens de l’homme fort ainsi lié (Matt. 12:29 ; cf. Actes 10:38) ; enfin Il l’a vaincu, lui et ses satellites : il a «produit en public les principautés et les autorités», les «ayant dépouillées», et «triomphant d’elles en la croix» (Col. 2:15). Il leur a ôté tout moyen de domination (mort, loi péché) sur ceux qui appartiennent à Christ (v. 10) : elles lui sont assujetties (Éph. 1:21 ; 1 Pierre 3:22), et le chrétien, par la foi en Lui, a le droit et le pouvoir de dénier à Satan toute autorité. «Résistez au diable, et il s’enfuira de vous» (Jacques 4:7), en attendant que «le Dieu de paix le brise sous vos pieds» (Rom. 16:20). Ah ! saisissons mieux cette réalité de la victoire de Christ, qu’elle soit la nôtre, celle de «celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu» (1 Jean 5:4, 5) !

Ainsi, le chrétien dépend d’un souverain dont le royaume n’est pas de ce monde mais à qui la domination selon Dieu appartient. Il est vrai que ses ennemis ne sont pas encore «mis sous ses pieds» (*) et que, jusqu’à ce moment, le monde est livré à l’influence de l’ennemi vaincu : le péché a conduit l’homme à préférer ce prince dépouillé et jugé au Seigneur de gloire ! Mais la justice de Dieu a fait Seigneur et Christ Celui que le monde a crucifié. Son Esprit le proclame tel. Un jour proche, Christ fera valoir ses droits, à la gloire de Dieu : «il a reçu autorité de juger, parce qu’il est fils de l’homme» (Jean 5:27). Notre part, en L’attendant, est de reconnaître ces droits au sein d’un monde qui les récuse, et de nous approcher par Lui de Dieu auquel nous sommes soumis (Jacques 4:7) comme au Père des esprits (Héb. 12:9). C’est se soumettre à Lui, et non point à Satan, que d’être «soumis aux autorités instituées par Lui».

Voir sur ce sujet, de H. R., L’Armure, 1920, et aussi une lettre qu’il écrivait en 1922 à l’auteur de ces lignes et que le Messager Évangélique a publiée en 1944, page 53, sous le titre : Satan, la création et le monde.