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Quelques  Pensées  au sujet de  L’ARCHE

 

par André GIBERT

 

ME 1972 p. 225-234, 253-264, 308, 321

 

Table des matières :

1     Histoire de l’arche

2     L’Arche du Témoignage

2.1      Le témoignage des perfections divines et de ce qui leur est dû

2.2      La présence de Dieu

2.3      L’arche type de Christ

3     L’Arche de l’alliance

3.1      Avant le veau d’or

3.2      Après le veau d’or.

3.3      À l’entrée du pays    Dans le pays

3.3.1      à l’entrée du pays

3.3.2      dans le pays.

3.4      L’alliance brisée

4     Le Temple de Dieu dans le ciel et l’arche de son alliance

 

1                    Histoire de l’arche

Résumons d’abord brièvement l’histoire de l’arche d’après l’Écriture.

La première prescription que Moïse reçut de l’Éternel sur la montagne de Sinaï relativement au sanctuaire fut de «faire une arche» (Ex. 25:10-16). Il en confectionna une aussitôt après l’affaire du veau d’or, avant de remonter vers l’Éternel pour recevoir la loi gravée sur de nouvelles tables, qu’il devait placer dans cette arche (Ex. 34:1 ; Deut. 10:1-5). Rien du tabernacle n’avait encore été commencé ; c’était «une arche de bois», peut-être provisoire (un peu comme la tente d’assignation par rapport au tabernacle) — à moins que ce ne fût la même que Betsaleël devait terminer dans la suite (37:1-9). Lorsque le tabernacle fut dressé, le premier jour de la seconde année, l’arche y fut apportée et mise derrière le voile (Ex. 40:20, 21).

Elle fut transportée tout au long du désert par les Kéhathites selon les instructions de Nombres 4. Elle nous est montrée au départ de Sinaï, «allant devant le peuple, le chemin de trois jours, pour leur chercher un lieu de repos» (Nombres 10:33).

On la voit qui «passe devant le peuple», portée sur les épaules des sacrificateurs en vue de la traversée du Jourdain : les eaux sont coupées devant elle, et elle demeure dans le lit du fleuve jusqu’à ce que tous aient passé (Josué 3).

Elle tient une place aussi prépondérante lors de la prise de Jéricho, après la défaite d’Israël à Aï, et sur la montagne d’Ébal (ch. 6, 7 et 8).

Elle est à Béthel, en Juges 20 (v. 27), puis à Silo en 1 Samuel 3 et 4. Prise par les Philistins, Dieu les contraint de la renvoyer (ch. 5 à 6). Les gens de Beth-Shémesh frappés pour avoir regardé dans l’arche de l’Éternel (6:19, 20) , son séjour à Kiriath-Jéarim (7:1), son emploi insensé par Saül (14:18), et, plus tard, son transfert à Jérusalem par David (2 Sam. 6 ; 1 Chron. 13 et 15 et 16), sont choses familières aux lecteurs de la Bible.

L’arche demeure «sous des tapis» à Jérusalem — même pendant que David doit s’enfuir de devant Absalom (2 Sam. 15:24-29) — jusqu’à ce que Salomon bâtisse le temple et l’y place «en son lieu» (1 Rois 8 ; 2 Chron. 5).

Elle n’apparaît plus, dans l’histoire de la décadence du royaume, que par une brève indication lors du réveil éphémère sous Josias (2 Chron. 35:3), et par une autre mention faite à la même époque par le prophète Jérémie parlant d’un temps futur, où «on ne se souviendra pas» de l’arche symbolique et «où elle ne montera plus au coeur» (Jér. 3:16).

Il est probable qu’elle fut brûlée par les Chaldéens en 588 A. C. Il n’en est pas question dans le temple rebâti par Zorobabel, ni à plus forte raison dans celui qui existait au temps du Seigneur.

Si le Nouveau Testament parle de l’arche, c’est seulement, en Hébreux 9, comme ayant été le centre d’un culte périmé, et, en Apoc. 11:19, pour montrer en vision «l’arche de l’alliance de Dieu» dans le temple de Dieu au ciel et non plus sur la terre, au moment où va s’ouvrir la dernière demi-semaine prophétique.

 

 

Arche

(Emploi du mot : nombre de fois)

Exode

Lévitiq

Nombres

Deut.

Josué

Juges

1 Sam

2 Sam

1 Rois

1 Chroniq

2 Chroniq

Psaumes

Jérémie

Hébreux

Apocalypse

Total

Arche

14

1

2

2

9

 

2

2

4

10

8

 

 

 

 

54

Arche de bois

 

 

 

1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1

Arche de bois de Sittim

2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2

sous-total

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

57

Arche du témoignage

10

 

2

 

1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

13

Arche de l’alliance

 

 

 

1

8

 

 

 

 

 

 

 

 

1

 

10

de l’Éternel

 

 

2

2

1

 

2

 

5

8

3

 

1

 

 

24

de l’Éternel qui siège entre les chérubins

 

 

 

 

 

 

1

 

 

 

 

 

 

 

 

1

de Dieu

 

 

 

 

 

1

1

1

 

 

 

 

 

 

1

4

de l’Éternel votre Dieu

 

 

 

1

1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2

de l’Éternel, le Seigneur de toute la terre

 

 

 

 

1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1

du Seigneur de toute la terre

 

 

 

 

1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1

sous-total

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

43

Arche de Dieu

 

 

 

 

 

 

13

9

 

10

1

 

 

 

 

33

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arche de Dieu appelée du nom de l’Éternel des armées

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1

 

 

 

 

 

1

Arche de notre Dieu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1

 

 

 

 

 

1

Arche du Dieu d’Israël

 

 

 

 

 

 

7

 

 

 

 

 

 

 

 

7

sous-total

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

42

Arche de l’Éternel

 

 

 

 

7

 

13

7

1

3

 

 

 

 

 

31

Arche du Seigneur Éternel

 

 

 

 

 

 

 

 

1

 

 

 

 

 

 

1

Arche de l’Éternel qui siège entre les chérubins

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1

 

 

 

 

 

1

sous-total

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

33

Arche de sa force

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1

1

 

 

 

2

Arche sainte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1

 

 

 

 

1

total

26

1

6

7

29

1

39

19

11

34

14

1

1

1

1

191

 

Note Bibliquest : L’Éternel qui siège entre les chérubins : 7 fois : 1 Sam. 4:4 ; 2 Sam. 6:2 ; 2 Rois 19:15 ; 1 Chroniques 13:6 ; Psaumes 80:1 ; 99:1 ; Ésaïe 37:16

 

2                    L’Arche du Témoignage

L’Arche, objet essentiel du sanctuaire où Dieu voulait habiter au milieu de son peuple, était un coffre de dimensions moyennes — environ 1,25 m de long sur 0,75 m de large et autant de haut — mais destiné à abriter un contenu inestimable : «Tu mettras dans l’arche le témoignage que je te donnerai» (Exode 25:16, 21). L’arche est effectivement appelée d’abord l’arche du témoignage (v. 22). Son couvercle, le saint propitiatoire, est dit «sur le témoignage» (Lév. 16:13) et le tabernacle lui-même est appelé la «tente du témoignage» (Nomb. 17:7, 8).

 

2.1   Le témoignage des perfections divines et de ce qui leur est dû

Ce terme de témoignage est déjà employé dans l’Écriture avant qu’il ait encore été question de la loi, ni d’une arche, en Exode 16:34 : la cruche d’or renfermant la manne devait être placée «devant le témoignage», sans qu’il fût précisé en quoi consisterait celui-ci, ni le moment où la manne serait ainsi placée. Le peuple délivré d’Égypte était alors entièrement aux soins de la grâce de Dieu, sans conditions. Il avait pu faire l’expérience que l’Éternel répondait même à ses murmures en pourvoyant à ses besoins, et il allait voir qu’Il combattait pour lui (ch. 17). Toute la puissance et toute la bonté de Jéhovah s’exerçaient en faveur du peuple racheté : la cruche d’or devant le témoignage devait attester que, quoi qu’il arrive, Dieu planterait sur la montagne de son héritage ce peuple qu’il s’était acquis (Ex. 15:16, 17).

Le «témoignage» lui-même est «donné» après que le peuple, au lieu de se cramponner à la pure grâce, eut déclaré témérairement : «Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons» (19:8 ; 24:3, 7), et se fut placé de propos délibéré sous la loi. C’est cette loi, écrite sur les tables de pierre, qui constitue le «témoignage» ; les tables sont «les tables du témoignage» (31:18 ; 32:15 ; 34:29). N’était-ce pas là «le témoignage de ce que Dieu exigeait des hommes» (J.N.D.), selon toute sa sainteté à Lui ?

Mais notons bien que les premières tables données à Moïse, «les deux tables du témoignage écrites du doigt de Dieu», «l’ouvrage de Dieu», dont «l’écriture était l’écriture de Dieu gravée sur les tables», ne prirent jamais place dans l’arche : celle-ci n’existait pas encore quand Moise les brisa au pied de la montagne à l’instant où il vit le veau d’or et les danses (Ex. 32:15, 19). Apporter la loi à un peuple qui déjà la violait ouvertement eût entraîné la destruction immédiate de ce peuple. Moise ne le fait pas, et, tout en maintenant les droits du Dieu saint, il intercède. Sa médiation, faible mais précieuse figure de celle de Christ, permet aux relations entre l’Éternel et Israël de reprendre. Nous retrouverons ce sujet. Retenons ici que c’est après que le pardon du Dieu souverain en miséricorde a été acquis, que l’Éternel commande à Moise de tailler deux tables de pierre, de reprendre le chemin de Sinaï pour que Dieu y grave à nouveau sa loi, puis de mettre ces tables dans une arche. La teneur de cette loi n’a pas changé, de sorte que sans la grâce le «témoignage» n’aurait pu supporter le peuple. La bonté, la patience de Dieu, sont là, pour que soit conduit un peuple de cou roide, mais sans que Sa sainteté soit atteinte.

La loi demeure, mais cachée dans l’arche. Le sang placé sur le propitiatoire (Lév. 16) , vu par les chérubins qui regardent vers l’intérieur mystérieux, et redoutable, permettait aux relations entre Dieu et son peuple de continuer. La loi, impossible à accomplir par le peuple, attendait, pour ainsi dire : elle devait être accomplie un jour par Christ, et plus tard elle sera écrite dans les coeurs et sur les entendements d’un peuple nouveau. Je n’oublie pas ma loi, semble dire l’Éternel, c’est selon la sainteté qu’elle proclame que je te fais approcher et que tu dois marcher, mais je te donne des ressources pour cela, je te supporte avec longanimité, je te discipline et te conduis en grâce : apprends par là ce que je suis.

Le peuple n’en manque pas moins, il murmure, il méprise le pays désirable, il se rebelle, il doit être châtié. Alors la même grâce qui avait répondu par des bienfaits à ses murmures d’avant Sinaï, et qui avait consenti à s’occuper de lui quand la loi le condamnait, se déploie pour «faire cesser leurs murmures», en donnant aux «fils de rébellion» un signe nouveau, celui de la verge de la sacrificature : une autorité nouvelle, exercée en grâce selon la puissance d’une vie de résurrection, comme le figurent les fleurs et les fruits issus d’un bois mort (Nombres 17). Les murmures cessent-ils ? Déjà le dernier verset de ce chapitre nous dit que non, mais nous apprenons que Dieu a mis dans ce qui est le type de la sacrificature incomparable de Christ (Héb. 7:25, 26) les ressources nécessaires pour que ses desseins à l’égard d’un peuple rebelle s’accomplissent et qu’il parvienne au terme du long voyage. N’eût-il eu affaire qu’à la verge du législateur, jamais le peuple ne serait arrivé en Canaan, même si ce législateur s’était, au moment voulu, mis à la brèche comme médiateur de miséricorde.

Ainsi se trouvaient ensemble dans l’arche (Héb. 9:4) les symboles témoignant de la sainteté [tables], de la grâce [manne] et de la fidélité de Dieu [verge], et attestant sa suprématie sur le péché même. La foi, au milieu de ce peuple de cou roide, pouvait être sûre d’arriver, en comptant sur Dieu qui avait fait des promesses. Il les accomplirait. Il lui appartenait, à Lui seul, de concilier ces deux inconciliables : «pardonner l’iniquité, la transgression et le péché» , et «ne pas tenir celui qui en est coupable pour innocent» (Ex. 34:7). Et comment l’aurait-il pu, s’il n’avait eu devant lui l’oeuvre infinie de Christ ?

 

2.2   La présence de Dieu

Mais Dieu ne témoignait pas seulement de ses attributs. L’arche du témoignage était le lieu même de sa présence au milieu de son peuple racheté cheminant dans le désert. Même restant sous la loi qu’ils n’ont pu garder et qui les menace, les Israélites, en vertu du sang placé sur le propitiatoire et des sacrifices offerts, sont jusqu’au bout guidés par la nuée, gouvernés par la sacrificature. Dieu est là. «Je parlerai avec toi de dessus le propitiatoire, d’entre les chérubins qui sont sur l’arche du témoignage» (Ex. 25:22). «Quand Moise entrait dans la tente d’assignation pour parler avec Lui, il entendait la voix qui lui parlait de dessus le propitiatoire qui était sur l’arche du témoignage, d’entre les deux chérubins ; et il Lui parlait» (Nombres 7:89). Dieu restait invisible, inaccessible, mais Il était là. S’il remettait pour ainsi dire à son peuple le soin de l’arche et de son contenu, le «témoignage» transporté à travers le désert, une pensée plus solennelle encore s’y rattachait : cette arche attestait la présence de Dieu ! Elle était placée au coeur même du culte comme «la base du trône de Jéhovah» (Ps. 89:14), «le marchepied de ses pieds» (Ps. 132:7), le siège de l’exercice de sa souveraineté en miséricorde comme en châtiment. A Israël de reconnaître la sainteté de cette présence et de tout ce qui y touchait, et d’user de toutes les ressources mises à sa disposition pour maintenir cette sainteté dans le camp. Une crainte constante et une entière confiance, aussi salutaires l’une que l’autre, devaient les pénétrer. «Je serai sanctifié au milieu des fils d’Israël : moi, je suis l’Éternel qui vous sanctifie et qui vous ai fait sortir du pays d’Égypte pour être votre Dieu» (Lév. 22:32).

2.3   L’arche type de Christ

Hélas, le peuple n’a pu montrer que le cou roide et l’inimitié de notre nature envers ce Dieu à la fois saint et plein de bonté.

Mais que s’est-il produit ? Quand toute l’incapacité de l’homme eut été prouvée et toute la patience de Dieu exercée, non seulement dans le désert mais en Canaan, Dieu est venu d’une tout autre manière : Il «a été manifesté en chair».

L’arche du témoignage préfigurait cela. Elle n’était pas seulement [1] le réceptacle du témoignage de ses grands attributs, ni seulement [2] le lieu où l’Éternel invisible rencontrait Moise, elle était [3] le type même de Christ, le témoin fidèle, et plus encore, Dieu lui-même dans le monde : Dieu non plus caché mais manifesté, quoique en chair, la Parole faite chair et ayant son tabernacle au milieu de nous (Jean 1:14, 18). En Lui une humanité réelle mais très sainte, que représentait le bois de sittim incorruptible, s’allie à la justice divine parfaite et pure dont parlait le revêtement d’or. Une telle personne, ointe de l’huile aux saints aromates — le Saint Esprit — a cheminé ici-bas, la vraie arche du témoignage. Tout son être intérieur répondait à la pensée divine : la grâce bienfaisante suggérée par la manne (Jean 6:51), la loi magnifiée (Ps. 40:8) , la droiture, la paix et l’intercession propres à la verge du vrai Lévi (Mal. 2:6). La sainteté de Dieu et son autorité suprême, que les chérubins proclamaient, ont été revendiquées lorsque «Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec Lui-même» (2 Cor. 5:19). Et comme l’arche couverte dans ses déplacements par le voile puis les peaux de taissons, le tout enveloppé du drap «tout de bleu», l’Homme divin a traversé ce monde impur sans que rien altérât son caractère céleste. Il apportait le ciel ici-bas. «Ils ont vu... et moi et mon Père» (Jean 15:24). Toutefois, telle l’arche enveloppée durant la marche ou invisible derrière le voile du tabernacle dressé, il demeurait inconnaissable à l’homme (Matt. 11:27). Il fut étranger ici-bas, et le chemin vers Dieu demeurait fermé à l’homme pécheur. Il a fallu, pour que nos yeux s’ouvrent et pour que le chemin s’établisse, le voile déchiré et le sang porté par Lui-même dans le lieu très-saint. II a traversé ce monde et nous a ouvert les cieux. Nous l’y voyons glorifié, mais comme Celui qui a «été fait un peu moindre que les anges à cause de la passion de la mort». De sa plénitude nous avons tous reçu et grâce sur grâce : la manne sainte, vrai pain du ciel, sa chair donnée pour la vie du monde (Jean 6) , devient notre nourriture ; il exerce l’autorité sacerdotale «étant capable de sauver jusqu’à l’achèvement ceux qui s’approchent de Dieu par lui» ; le trône de la grâce est dressé pour les pèlerins et les adorateurs que nous sommes par grâce.

Les siens en effet sont présentement sur la terre pour porter témoignage de Celui que typifiait l’arche sainte. Sa gloire leur est confiée, comme autrefois l’Éternel commettait la sienne à Israël. Avons-nous conscience de la valeur unique de ce qui est mis ainsi entre des mains d’hommes sur la terre, mais d’hommes faits enfants de Dieu par la foi ? Ils sont là avec leurs infirmités et leurs manquements. Sa grâce pourvoit à tout, mais leur responsabilité est d’autant plus grande qu’il ne s’agit plus de symboles à porter, mais d’une réalité à manifester — la vie de Christ. Celui qui dit demeurer en Lui doit marcher comme lui aussi a marché (1 Jean 2:6). Tel il est, tels aussi nous sommes dans ce monde. Demandons-nous s’il en a été ainsi dans l’histoire de l’Église, et s’il en est ainsi dans notre histoire à chacun !

Malgré tout, Lui amènera le plein achèvement. Le désert sera franchi. Le témoignage ici-bas prendra fin non dans le désastre, mais dans l’accomplissement de la promesse. «Selon ce temps il sera dit : Qu’est-ce que Dieu a fait ?» (Nombres 23:23). N’est-il pas remarquable que l’arche soit encore une fois — la dernière — appelée l’arche du témoignage aussitôt le Jourdain franchi, quand, tout le peuple étant passé, les sacrificateurs qui la portent montent hors du fleuve (Josué 4:16) ? Une touche finale est mise à l’histoire du désert. Témoignage a été pleinement rendu de la puissance et de la fidélité de Dieu. Le peuple est dans le pays promis. Quelle image pour nous de «la grâce de Dieu qui accompagne son peuple jusqu’à son introduction dans un repos céleste» ! (J.N.D.). Pour la foi la mort est déjà engloutie en victoire : Dieu nous a ressuscités ensemble avec Christ et fait asseoir en lui dans les lieux célestes où il est à sa droite. «J’ai achevé l’oeuvre que tu m’as donnée à faire. Et maintenant, glorifie-moi»...

Mais désormais l’Écriture ne parle plus de l’arche comme étant l’arche du témoignage : elle était caractéristique du désert, et dans le temple, figure du repos millénial, ni la manne ni la verge d’Aaron n’ont leur place. Une fois le peuple terrestre dans le pays, l’arche est «l’arche de Dieu», «l’arche de l’Éternel», «l’arche de sa force», «l’arche sainte», et, par-dessus tout, de façon significative, «l’arche de l’alliance». Nous nous bornerons à quelques considérations sur cette dernière appellation seulement ; elles nous amèneront à considérer d’un autre point de vue des faits déjà rappelés à propos de l’arche du témoignage.

 

3                    L’Arche de l’alliance

L’alliance dont le nom est associé à l’arche n’est pas l’alliance établie «avec Abraham, avec Isaac et avec Jacob» (Ex. 2:24 ; 6:4), mais l’alliance conclue entre l’Éternel et le peuple d’Israël, «au jour où, dit l’Éternel, je les pris par la main pour les faire sortir d’Égypte» (Jér. 31:32). C’est «l’ancienne alliance» de 2 Cor. 3:14, la «première alliance» d’Héb. 8:7, 10 et 9:1, 15, 18. Elle était fondée sur l’obéissance à la loi donnée par Dieu, et cette base n’a jamais changé. Mais la manière dont l’obéissance était demandée a changé : Dieu a montré par là sa bonté miséricordieuse et patiente s’élevant toujours plus haut que le mal, et de son côté le peuple mis à l’épreuve de différentes façons a été laissé sans excuse en ne persévérant pas dans l’alliance.

Nous trouvons trois de ces manières dans l’Écriture.

 

3.1   Avant le veau d’or

La première est l’exigence de la loi toute pure. C’est l’alliance initiale, conclue au pied de la montagne de Sinaï (Ex. 19:24) et «inaugurée avec du sang» (Héb. 9:18). Moïse avait fait d’abord aspersion de ce sang sur l’autel. Puis il avait lu «le livre de l’alliance aux oreilles du peuple», qui avait dit : «Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons». Enfin il avait «pris le sang et fait aspersion sur le peuple, en disant : Voici le sang de l’alliance que l’Éternel a faite avec vous selon toutes ces paroles». Rien de plus solennel que cet engagement des deux parties contractantes. L’Éternel pose les conditions d’une obéissance absolue, le peuple s’engage sans réserve à les remplir. Il n’a pas, comme nous l’avons déjà rappelé, conscience de son incapacité, et il méconnaît le régime de grâce pure sous lequel il était jusqu’alors.

Résultat immédiat : «ils oublièrent Dieu, leur Sauveur» (Ps. 106:21), et violèrent le premier commandement de la loi avant même d’avoir reçu celle-ci sous sa forme écrite. L’alliance est rompue par le peuple aussitôt que conclue (Jér. 31:32) , les tables n’en entrèrent pas même dans le camp, où il n’y avait encore ni arche ni tabernacle. L’application de la loi par un Dieu qui ne peut se renier lui-même entraînait le rejet total du peuple. Son histoire, sous un tel régime, s’arrêtait à Sinaï !

 

3.2   Après le veau d’or.

Et cependant cette histoire va se poursuivre. Moïse ne fait pas en vain appel à l’alliance sans conditions faite 430 ans auparavant en réponse à la foi d’Abraham, l’«alliance antérieurement confirmée par Dieu», et que la loi n’annulait point : c’eût été «rendre la promesse sans effet» (Gal. 3:17), comme si Dieu pouvait ne pas être fidèle ! A la suite de l’intercession de son serviteur, l’Éternel se proclame souverain pour «faire miséricorde à qui il veut» (Rom. 9:18 ; Ex. 33:19). Il s’élève au-dessus du péché en lui-même irrémissible, il pardonne, se réservant, sans qu’il en soit parlé encore, le moyen d’opérer la rémission, savoir par Christ qui portera la peine du péché. Il est, et Lui seul, le sûr recours de la foi.

L’alliance fondée sur l’obéissance à la loi subsistait, la loi demeurait, les termes n’en pouvaient être altérés. Les «paroles de l’alliance» les «dix paroles... les paroles que l’Éternel vous avait dites sur la montagne du milieu du feu» sont gravées sur les nouvelles tables avec lesquelles Moïse redescend de la montagne (Ex. 34:18 ; Deut. 10:1-5. Cf. Ex. 20:1-12). Et c’est quand elles ont été placées dans l’arche de bois faite expressément pour elles afin qu’elles y soient gardées hors de toute atteinte, que, pour la première fois, il est parlé d’une arche de l’alliance : «en ce temps-là, l’Éternel sépara la tribu de Lévi pour porter l’arche de l’alliance de l’Éternel» (Deut. 10:8).

Mais, comme nous l’avons déjà souligné, la loi s’accompagne dès lors de la grâce qui avait pardonné. La miséricorde souveraine donnait lieu à un gouvernement souverain, plein de patience mais jugeant le mal à mesure, propre à faire l’éducation du peuple et à lui apprendre à garder la loi. Dieu demeuré seul fidèle renoue les liens de l’alliance rompue (Ex. 34:10, 27), il supporte un Israël qui l’avait rompue, il supportera encore ses péchés (Rom. 3:25) , il mettra à sa disposition des moyens nouveaux pour obéir, mais sans pourtant «tenir le coupable pour innocent». Il séparait à nouveau Israël des nations qu’il allait détruire (Ex. 34:11) mais il le soumettait à l’épreuve de la grâce accompagnant la loi. Un tel régime, où «l’amour condescendant et la patience étaient mêlés à la loi» (W.K.) rendait l’homme d’autant plus responsable ; aussi est-il appelé, en 2 Cor. 3:7, 9, un ministère de mort et de condamnation. Il demandait à l’homme naturel ce que celui-ci, quelque moyen qu’on lui offre, est incapable de produire : l’obéissance. L’homme naturel est inéducable.

C’est sur de telles bases que le voyage reprend. L’arche qui en Nombres 10 prend les devants pour la première étape après Sinaï, le chemin de trois jours, pour chercher au peuple un lieu de repos, est appelée «l’arche de l’alliance de l’Éternel» (v. 33). Si elle est toujours l’arche du témoignage de Dieu demeurant au milieu du peuple qui est à lui en vertu de la rédemption, elle est l’arche de l’alliance de Dieu : exact dans ses engagements, il protège et conduit son peuple, mais il fait valoir les exigences de sa loi, en demandant un culte strict et en châtiant les manquements. C’est pourquoi, en Nombres 14, Israël, ayant méprisé le pays désirable, est condamné à errer encore trente-huit ans dans le désert alors qu’il était arrivé aux frontières de Canaan ; et comme il s’obstine à monter pour forcer l’entrée que l’Éternel lui interdit il est taillé en pièces : «mais, est-il dit, l’arche de l’alliance de l’Éternel et Moïse ne bougèrent pas du milieu du camp» (v. 44). Et que montreront, au total, ces longues années passées sous cette loi mêlée de grâce ? La réalité de ce ministère de condamnation et de mort, parce que le peuple n’a pas changé ; et il n’a pas changé parce que le coeur naturel ne change pas. «Quarante ans j’ai eu cette génération en dégoût», dit l’Éternel (Ps. 95:10).

Alors l’accès du pays est fermé à ce peuple rebelle ? Oui, tout aussi fortement que la loi toute pure le condamnait à la destruction en Sinaï. Cette alliance, même accompagnée de la grâce, mettait davantage encore en évidence que c’était «un peuple de cou roide».

 

3.3   À l’entrée du pays    Dans le pays

3.3.1       à l’entrée du pays

Mais que voyons-nous ? L’Éternel s’élève plus haut encore. Les quarante ans passés, voici le peuple dans les plaines de Moab, près du Jourdain, et Moise qui prononce à ses oreilles ses dernières paroles, après le désert et toutes ses leçons, les faillites répétées, les murmures devant la verge de la sacrificature comme sous celle du législateur, les rébellions, les idolâtries.

L’alliance non seulement subsiste, mais entre dans une phase nouvelle, où la condescendance de l’Éternel envers son peuple, on serait tenté de dire son obstination à le pousser à la repentance à salut, se déploie plus magnifiquement que jamais. — J’ai promis à vos pères, je tiendrai. Vous allez passer le Jourdain, je vous introduirai dans le pays ruisselant de lait et de miel, vous y marcherez de victoire en victoire, je vous mettrai en possession de toutes les bénédictions promises : mais apprends enfin à m’obéir, génération nouvelle qui vas remplacer celle tombée dans le désert, et qui, après être passée à travers les eaux subjuguées, seras purifiée de l’opprobre de l’Égypte par la circoncision !

L’«arche de l’alliance» est là (Deut. 31:9, 25, 26). «La loi... les témoignages et les statuts et les ordonnances que Moise exposa aux fils d’Israël... en deçà du Jourdain, dans la vallée vis-à-vis de Beth-Péor» (id. 4:44, 45), furent placés «à côté» [31:26] de cette arche qui renfermait les tables d’Horeb : «ce livre sera là en témoignage contre toi», est-il dit. Il s’agit des prescriptions et de l’alliance propres au Deutéronome — ce qu’on a appelé l’alliance palestinienne (cf. 28:69), faite à la fin du voyage, en rapport avec Canaan où Israël allait entrer parce que Dieu restait fidèle à l’alliance de Sinaï alors que lui y avait toujours manqué. Elle est distincte de cette dernière («... outre l’alliance qu’il avait faite avec eux à Horeb»), bien qu’il s’agisse toujours de l’ancienne alliance mais sous une modalité nouvelle. Il y avait encore le support et la discipline propres au gouvernement qui s’était exercé dans le désert, mais ce gouvernement demanderait une obéissance de coeur d’autant plus grande que Dieu avait montré tant de miséricorde et avait donné tant de solennelles leçons dont il fallait se souvenir, et qu’il allait ouvrir à son peuple les biens du pays de la promesse.

Israël entre en Canaan sous ce régime. Le terme d’arche de l’alliance, exceptionnel jusque là, va être désormais employé, quoique pas exclusivement, jusqu’à la fin de l’histoire du peuple reconnu. Il est particulièrement propre au livre de Josué.

 

3.3.2       dans le pays.

C’est «l’arche de l’alliance de l’Éternel votre Dieu» (Josué 3:3) qui précède le peuple, à deux mille coudées de distance, pour traverser le Jourdain. «Votre Dieu», votre Dieu national, Dieu qui vous a choisis comme son peuple, sera au milieu de vous comme le Dieu vivant, lui qui est aussi «le Seigneur de toute la terre» (v. 10, 11), le souverain qui dépossédera les ennemis devant vous. Israël ne doit-il pas être un jour, selon les conseils de Dieu et Sa fidélité à toutes Ses alliances, le centre du gouvernement de toute la terre, en jugement comme en bonté, en justice comme en vérité ?

Les pieds des sacrificateurs qui portent l’arche de l’Éternel, le Seigneur de toute la terre, se posent dans les eaux du Jourdain, et les eaux sont coupées (v. 13), «jusqu’à ce que toute la nation ait achevé de passer». Notre propos n’est pas de nous arrêter sur la signification de ces choses comme figure de notre mort et de notre résurrection avec Christ, si précieux que soit ce type. Mais quel triomphe pour nous, comme pour Israël autrefois ! Celui qui est Jéhovah pour Israël seul, pour les nations le Seigneur de toute la terre, pour nous Jésus Christ déterminé Fils de Dieu en puissance, accomplit l’oeuvre qui, à travers la mort vaincue, ouvre le chemin des bénédictions terrestres et célestes. L’arche monte hors du Jourdain à la fois comme arche du témoignage (4:16) et comme arche de l’alliance de l’Éternel (id. 18) : un témoignage a été porté à travers le désert, et la puissance victorieuse est mise à la disposition du peuple pour qu’il s’établisse dans le pays.

On sait qu’il en a été en Canaan comme il en avait été dans le désert. A Jéricho la muraille s’écroule devant l’arche. Mais après Aï c’est Josué qui «tombe sur sa face contre terre devant l’arche de l’Éternel, jusqu’au soir», les vêtements déchirés. Puis, la victoire acquise après l’humiliation nécessaire, l’arche est là lorsque des sacrifices sont offerts sur la montagne d’Ébal et que les paroles de bénédiction et de malédiction de la loi se font entendre au peuple partagé entre Ébal et Garizim (8:30-35). Cérémonie solennelle, établissant que la bénédiction de la loi dépend du peuple responsable de garder l’alliance conclue en Sinaï, renouvelée par grâce après le veau d’or et encore dans les plaines de Moab ! L’autel est là, et les sacrifices de prospérités avec les holocaustes, comme pour dire : vous serez des adorateurs dans la mesure où vous serez obéissants. Dieu se montrera fidèle, mais il sera fait au peuple selon sa foi. Et à nous aussi, il nous est dit que «le Seigneur demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même», même «si nous sommes incrédules» : nous en sommes avertis non point pour y trouver prétexte à nous relâcher, mais afin de ne pas être, nous, infidèles à notre vocation.

Une génération plus tard, ce sont les tristes jours des Juges, et nous trouvons «l’arche de l’alliance de Dieu» à Béthel, quand, aux pires de ces jours, Phinées se trouvait devant elle (Juges 20:27). C’est encore «l’arche de l’alliance de l’Éternel des armées, qui siège entre les chérubins» que nous avons en 1 Samuel 4:4, quand les Israélites aux prises avec les Philistins croient pouvoir se servir d’elle comme d’un talisman pour vaincre. Hélas, l’alliance outragée se retournait contre eux. La sacrificature avait manqué, et le peuple avec elle. Mais capturée d’humiliante façon pour Israël, lorsque les ennemis pensent l’humilier elle-même et la font entrer dans leur temple d’idoles, c’est «l’arche de Dieu», ou «de l’Éternel», qui est nommée : Dieu revendique en elle sa gloire et ses droits. Elle est ramenée par sa toute-puissance, qui se montre miséricordieuse envers les Philistins ignorants mais frappés de crainte, et impitoyable envers les gens de Beth-Shémesh qui auraient dû savoir ce qui est dû au trône du Dieu saint (6:19, 20). Quelle solennelle mise en garde, pour nous qui sommes exposés à porter des regards profanes sur le mystère infini de la Personne sainte !

C’est comme «arche de Dieu» que David amènera plus tard à Jérusalem, après son séjour à Kiriath-Jearim où elle a été en bénédiction, cette arche sainte (2 Sam. 6:1 ; 1 Chron. 16:37 ; 17:1 ; 28:2). Dieu fait valoir là encore le respect de sa gloire et des instructions de sa loi, dans la douloureuse leçon donnée en Pérets-Uzza.

Dieu s’étant souvenu de son alliance et ayant contracté une alliance de paix avec David et sa postérité (Psaume 89) , l’arche est placée par Salomon dans le temple comme «l’arche de l’alliance de l’Éternel» aussi bien que «l’arche de sa force». Le roi rappelle à ce moment que l’Éternel avait fait «alliance avec les fils d’Israël lorsqu’ils sortirent du pays d’Égypte» (1 Rois 8:9, 21). Le tabernacle a fait place à la maison bâtie, mais c’est la même arche, celle qui a traversé le désert et coupé les eaux du Jourdain. «Jésus Christ est le même, hier, et aujourd’hui, et éternellement». Mais le désert est passé à jamais, la manne et la verge d’Aaron ne paraissent plus, les barres sont ôtées : il n’est plus besoin, comme quelqu’un l’a écrit, des «emblèmes des ressources déployées par la grâce dans le désert» : tout parle de repos (Ps. 132 ; 1 Rois 8). Il n’y avait «ni adversaires ni événements fâcheux» (1 Rois 5:4). Seules, «les tables de la loi que Moise plaça dans l’arche à Horeb, quand l’Éternel fit alliance avec les fils d’Israël», sont là : l’Éternel a été fidèle. Les chérubins de gloire ne regardent plus vers le propitiatoire mais se tiennent sur leurs pieds, leurs faces regardant vers la maison comme si l’accès était largement ouvert, pour les sacrificateurs dans le sanctuaire, pour le peuple dans les parvis. Vision grandiose, seulement typique encore, figure passagère et imparfaite de ce qui sera accompli dans l’avenir sur la base d’une nouvelle alliance assurant le gouvernement de Dieu en bonté, paix et justice sur une terre enfin bénie.

 

3.4   L’alliance brisée

Car, si l’Éternel a été fidèle, la royauté, pourtant établie en grâce et en gloire, n’a pu tenir plus que n’avait pu la sacrificature : dès la fin du règne de Salomon elle est défaillante. La loi n’a pu être gardée, la première alliance, une fois de plus, est rompue. Et elle le demeurera.

Dans la ruine qui va ensuite se consommant, toute mention de l’arche finit par disparaître. Il est question des holocaustes offerts continuellement dans la maison de l’Éternel sous Jehoïada (2 Chron. 24:14), aussi bien que de la tentative impie d’Ozias pour offrir l’encens dans le temple. Il est parlé des constructions de Jotham (27:3) , et les soins du pieux Ézéchias envers la maison de l’Éternel sont minutieusement rapportés, Dieu y trouvant du plaisir (29:31). Mais ni l’arche, ni les propitiations n’apparaissent. Elle existait encore, et sans doute la faisait-on sortir, indûment, lors des fêtes, puisque Josias doit dire aux Lévites lors de la célébration de la Pâque après le réveil de son règne : «Mettez l’arche sainte dans la maison que Salomon, fils de David roi d’Israël, a bâtie : vous n’avez pas à la porter sur l’épaule» (35:3). Mais c’est là la dernière mention historique. Jérémie, peu après, dut faire entendre que ce réveil n’avait pas atteint le fond des coeurs : les fidèles n’ont dorénavant qu’à regarder vers un avenir lointain, où l’on ne se souviendra plus de l’arche d’autrefois, parce que l’alliance qui s’y rattachait aura fait place à la nouvelle (Jér. 3:16).

Jusque là, pour Juda comme pour Israël, ce sera Lo-Ammi, «pas mon peuple». La maison sera vide de la gloire de l’Éternel (Ézéch. 10:4).

 

4                    Le Temple de Dieu dans le ciel et l’arche de son alliance

Il n’est plus question de l’arche après Josias. Il n’en est pas parlé lors du retour de la transportation, et l’on ne voit pas d’arche dans le temple bâti sous Zorobabel pour un résidu préparé afin d’attendre le Messie. Il n’y en a pas dans le temple dont il est question dans les Évangiles et dans les Actes. Quand l’épître aux Hébreux parle de l’arche ancienne (9:4) , c’est comme d’un élément de la première alliance disparue pour jamais avec le système lévitique qui s’y rattachait (ch. 8). Du reste, son souvenir et sa portée typique sont en rapport avec la traversée du désert et non avec le temple.

Et quand la nouvelle alliance sera établie sur la terre, qu’un roi régnera en justice, que la loi sera écrite sur les coeurs aussi bien que mise dans l’entendement des fidèles du royaume, et que l’obéissance de tous sera acquise, y aura-t-il encore place pour une arche dans le temple nouveau ? Ézéchiel 40-46, si précis en détails sur ce temple, n’en parle pas, comme il ne parle pas du grand jour des propitiations : comment faire propitiation sans propitiatoire, et surtout la propitiation définitive n’a-t-elle pas été faite ? Le trône de Dieu, figuré jadis par l’arche, est maintenant Sion elle-même (Jérémie 3:16) , le lieu de la domination et de la bénédiction terrestre comme du repos de Dieu (Ps. 132:13, 14).

Cela suppose des relations nouvelles entre la terre et le ciel. L’arche confiée à des hommes n’avait pu trouver son repos ici-bas ; le temple terrestre dans le passé ne le lui avait offert que de façon éphémère. Quand est venu sur la terre Celui dont elle n’était qu’une figure, l’homme Christ Jésus, il n’a pas eu un lieu pour reposer sa tête, et il a été retranché, mais pour être ensuite glorifié dans le ciel, où il est caché jusqu’à sa manifestation en gloire. Aussi est-ce dans le ciel que «l’arche de l’alliance de Dieu» apparaît en vision dans l’Apocalypse, au moment où vont s’accomplir les événements de la fin, amenant la délivrance des saints et l’établissement du règne de justice et de paix : «Le temple de Dieu dans le ciel fut ouvert, et l’arche de l’alliance apparut dans son temple».. (Apoc. 11:19). La nouvelle alliance, fondée sur l’oeuvre de Christ à la croix, est gardée par Dieu, dans le ciel, et non confiée à l’homme sur la terre. Elle rejoint l’alliance «antérieurement confirmée» [Gal. 3:17] à Abraham, pour être, en vertu du sang de Christ, «l’alliance éternelle» (Hébreux 13:20). Le temple terrestre, si glorieux qu’il doive être, ne sera qu’un reflet temporel et temporaire de la demeure céleste du Dieu qui est fidèle à ses desseins — des desseins d’éternité.

Est-il besoin d’ajouter que l’Église étant de vocation céleste, non seulement il n’y a pas d’arche mais il n’y a pas de temple en elle lors de sa manifestation en gloire, car «le Seigneur Dieu, le Tout-puissant, et l’Agneau, en sont le temple» (Apoc. 21:22), et elle-même sera «un temple saint dans le Seigneur», l’habitation de Dieu, son «tabernacle» (Éph. 2:21 ; Apoc. 21:3).

 

Dieu veuille que ces quelques remarques, si imparfaites qu’elles soient, incitent nos lecteurs à étudier et à méditer pour eux-mêmes, avec prière, ce riche sujet que nous ne pouvions qu’effleurer.